Côte d’Ivoire : Ouattara n’aura pas la tâche facile

 

Alassane Ouattara/Reuters-Luc Gnago

L’arrestation le 11/4/2011 de Laurent Gbagbo par son adversaire Alassane Ouattara va-t-elle permettre d’enterrer la hache de guerre en Côte d’Ivoire? Rien n’est moins sûr. La guerre engagée pour la conquête du pouvoir par Ouattara et le jusqu’auboutisme de Gbabgo ont laissé des rancœurs dans la population ivoirienne, profondément divisée. Les pro-Gbagbo en ont déjà fait les frais car  les forces de Guillaume Soro, son Premier ministre, sont déjà accusées de massacres dans la ville de Douéké. La remise de criminels présumés à la Cour Pénale Internationale est déjà envisagée. Mais cela ne va pas sans conséquence: la grogne sera au rendez-vous chez les militaires fidèles au nouveau président qui au lieu de savourer le  fruit de la victoire, devront répondre de leurs actes devant la justice.

L’équation ivoirienne est à plusieurs inconnus. Il y a l’armée dont les militaires restés fidèles à l’ancien président ne se sont pas tous rendus. Une possibilité de guérilla est à craindre. Surtout que les armes circulent dans le pays sans aucun contrôle. Dans ce scénario, le nouveau pouvoir ne peut que se livrer à la répression pour venir à bout de ces résistants. Ces hommes en armes peuvent également se recruter dans la gendarmerie, la police, les services de sécurité et autres miliciens disparus dans la nature après la capture du palais présidentiel.

Un autre volet non moins problématique est le rôle joué par les forces françaises et les Casques bleus de l’ONU. Ils sont intervenus dans la guerre et leurs actions ont été décisives pour la victoire de Ouattara. Même munie d’un mandat de l’ONU, plus d’un Ivoirien considère cette intervention armée, surtout celle de la France, comme une ingérence dans les affaires intérieures avec des relents néo-colonialistes. Investi président, Ouattara va souffrir de cette image de « pantin » des Occidentaux en général et des Français en particulier. Les « patriotes » ne vont pas manquer de le lui rappeler.

L’appel à la réconciliation nationale par les deux protagonistes  va-t-elle panser les plaies causées par cette guerre fratricide? La mise sur pied d’une Commission Vérité, Justice et Réconciliation peut peut-être faire l’affaire. A condition qu’elle soit réellement indépendante du nouveau pouvoir qui aurait tendance à se donner le bon rôle d’avoir mis fin à la guerre et de faire endosser donc tous les crimes à l’autre belligérant.  C’est du déjà vu ailleurs en Afrique. Ouattara devra se rappeler que la justice du vainqueur ne résout rien.

Puisse en outre Ouattara être suffisamment outillé et au-dessus de la mêlée pour résoudre cette inextricable situation dont il hérite en vue d’être le président de tous les Ivoiriens? Il en va de sa crédibilité et même de sa survie politique.

C. Koffi

 

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