La polygamie en Afrique

12 avril 2011 0 h 33 min Commentaires fermés

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Embrassade à l'africaine - ©echosdafrique

La polygamie se subdivise en deux parties, à savoir la polygynie et la polyandrie. La polygynie est l’union d’un homme avec plusieurs femmes. Dans le langage courant, la polygamie est presque confondue avec la polygynie. La polyandrie est l’union d’une femme avec plusieurs hommes. La polyandrie a presque disparu actuellement.

La polygynie

La polygynie est une pratique ancestrale en Afrique. Dans les sociétés africaines, la polygynie a toujours existé. Elle est l’héritage d’une longue tradition tribale. Elle était et reste surtout pratiquée dans des mariages coutumiers. On retrouve la polygynie chez les chefs coutumiers où elle répond à un souci d’affirmation de leur autorité, de leur pouvoir ou de leur puissance Dans certains pays, elle est profondément ancrée dans le principe de vie des habitants qu’elle subsiste même aujourd’hui. C’est une « tradition culturelle qui semblait, au moins au temps des origines, prendre en compte le bien-être des femmes et des enfants. (…) Un temps où la mort pouvait frapper à tout moment le chef de famille, laissant seuls femmes et enfants. La polygamie représentait alors le début d’une garantie de sécurité pour la famille du défunt, celle-ci étant systématiquement prise en charge par le frère, ou par tout autre homme proche de la famille »[1].

La polygynie en Afrique a subi des mutations. Elle a été confrontée entre autres à des facteurs qui sont venus la remettre en cause : système économique avec le travail des femmes, l’instruction, l’exercice du commerce informel, le changement de mentalité vis-à-vis du célibat des femmes, etc.[2].

La polyandrie

En Afrique, on trouvait la polyandrie chez les Bashilélé de la République Démocratique du Congo (RDC). Cette coutume a disparu avec la colonisation et les risques de contracter des maladies sexuellement transmissibles comme le Sida.

Comment était organisée cette polyandrie chez les Bashilélé ?

Un groupe de dix à trente jeunes hommes célibataires de la même tranche d’âge quittait le foyer pour vivre ensemble dans un quartier, le « Kumbu » qui leur était spécialement réservé. Après leur installation, une fille était choisie qui deviendra leur « femme commune ». Ils mettaient ensemble la dot à donner aux parents. Avant le mariage proprement dit, les jeunes se livraient à la compétition pour charmer la fille qui avait le dernier mot car elle pouvait en éliminer l’un ou l’autre qui s’était maladroitement conduit. Les jeunes retenus étaient soumis à la règle de la femme qui en assurait l’organisation. Une telle femme avait un statut privilégié et ses enfants appartenaient au Kumbu. L’arrivée de la religion chrétienne et celle de la colonisation ont considéré cette tradition de barbare et l’ont découragée jusqu’à sa disparition[3].

Dans certaines sociétés africaines anciennes, il y avait une certaine forme de polyandrie dans laquelle les femmes couchaient avec les frères de leur mari. Actuellement, selon des recherches récentes de 2008, la polyandrie se rencontre notamment chez les peuples Bahima de l’Afrique orientale (Ouganda).

Pratique de la polygamie dans certains pays africains

La polygamie est admise dans bon nombre de pays d’Afrique où elle se maintient grâce à la législation, à la religion islamique ou grâce aux coutumes traditionnelles.

En Afrique, avant la colonisation qui a introduit des lois écrites, tout était basé sur la coutume et les traditions ancestrales. Si un grand parent était polygame, ses descendants seront eux aussi polygames car c’était devenu une coutume.

Madagascar

Dans la société malgache[4], la polygamie est basée sur une croyance populaire selon laquelle la femme est « source et porteuse de vie. Par conséquent, plus il y a de sources de vie dans un groupe, plus la vie du groupe peut se développer. Multiplier la source pour élargir la vie du groupe, c’est la philosophie de la polygamie ».

Autrement dit, il faut avoir plusieurs femmes pour augmenter la lignée familiale. Selon la coutume, la première épouse ne peut pas s’opposer à ce que son mari prenne une seconde épouse, pour autant qu’elle continue à garder les avantages liés à son statut de première femme.

Dans ce pays, chaque femme a son foyer. Les enfants des polygames sont éduqués dans un esprit de fraternité et se considèrent tous comme des frères et dans le respect de leur père commun.

Dans le sud de ce pays, seul le roi pouvait être polygame jusqu’à 12 épouses. Ses sujets étaient polygames mais pas officiellement pour ne pas se mettre au dessus du roi. C’est en 1830 que le roi de l’époque donna l’autorisation d’avoir plusieurs épouses sans se cacher.

Au Madagascar, la polygamie « reste une institution traditionnelle encore pratiquée »[5] et menace la cohésion familiale de façon qu’on peut se demander s’il est encore nécessaire de pratiquer la polygamie. L’évolution de la société malgache montre que pour des raisons économiques, la disparition de la polygamie se fera d’elle-même. En effet, se marier à une femme suppose de donner beaucoup de biens au beau-père de façon que la polygamie reste presque l’affaire des riches chefs coutumiers. En outre, avec l’influence du christianisme et de la religion protestante, la polygamie est découragée et  condamnée  à la longue  à disparaître.

Rwanda

geste d'allumage de pipe - ©echosdafrique

geste d'allumage de pipe - ©echosdafrique

Selon l’Abbé Alexis Kagame, écrivain rwandais renommé, « la polygamie était, dans le vieux Rwanda, moins étendue, moins pratiquée, que la monogamie »[6]. Cet auteur distingue la « polygamie simultanée » et la « polygamie successive ». Dans le premier cas, un homme épouse deux femmes ou plus tandis que dans le second cas, un homme épouse une femme, se sépare d’elle et en prend une autre.

La polygamie simultanée était la plus pratiquée et avait des motifs variés : en prenant deux ou trois femmes, l’homme agriculteur avait une main d’œuvre pour défricher les champs. Il avait par conséquent aussi de nombreux enfants qui constituaient une autre force de travail mais également une protection car les garçons pouvaient défendre la famille en cas d’attaques tandis que les filles élargissaient la famille en se mariant.

La polygamie était aussi une solution à la stérilité. Si la première femme était stérile, il fallait à tout prix chercher une femme pour avoir des enfants. Il arrivait également que l’homme épouse une seconde femme pour punir la première qui se montrait acariâtre et peu respectueuse et faisait des scènes de ménages fréquents. L’homme allait alors chercher refuge chez la seconde épouse. Pour des raisons magico-religieuses[7], un homme pouvait prendre une autre femme sur demande des oracles de devins. Il prenait la femme en l’honneur des esprits d’un des membres de la famille décédé[8].

Quant à la polygamie successive, elle se rencontrait dans la famille royale : « Le roi avait cinq ou six femmes à la fois, qu’il abandonnait quelques années plus tard, et en prenait d’autres, de nouvelles recrues. Mais il ne répudiait pas les premières, sauf rarement l’une ou l’autre qui lui déplaisait particulièrement ; il les abandonnait simplement, c’est-à-dire qu’il n’avait plus de relations conjugales avec elles. Quelquefois il faisait cadeau de l’une ou l’autre à l’un de ses chefs favoris. Le dernier roi païen du Ruanda, Yuhi Musinga, a eu successivement 12 femmes, dont il a eu 24 enfants. Mais il n’en avait simultanément que quatre ou cinq »[9].

D’une manière générale, dans le Rwanda ancien, il n’y avait qu’une petite polygamie contrairement aux autres pays de la région des Grands Lacs. On entend par petite polygamie « deux ou trois femmes, au maximum quatre mariées à un même homme ». Tandis que dans la grande polygamie, on compte 10, 20, 30, 50 femmes pour un mari[10].

Parmi les raisons à la base de la polygamie relevées par Alexis Kagame, il y a lieu d’ajouter le fait d’une femme qui ne pouvait pas satisfaire sexuellement son mari pour diverses raisons ou la recherche par celui-ci du plaisir varié ; la mort d’un père polygame entraînait la récupération de ses femmes jeunes par son fils désigné comme son successeur ;  à la mort d’un frère marié, sa femme revenait à la famille et donnée à son autre frère ou lorsqu’un fils unique mourait, le père récupérait sa femme[11].

Ces pratiques anciennes au Rwanda visaient à assurer la sécurité et le bien-être de la femme. Mais elles sont inapplicables aujourd’hui vu les lois en vigueur dans le pays qui protège chaque citoyen et l’évolution de la société qui favorise l’émancipation de la femme.

Aujourd’hui, la polygamie au Rwanda est interdite par la loi. La Constitution en vigueur stipule en son article 26 : « Seul le mariage monogamique civil entre un homme et une femme est reconnu »[12].

Dans les faits, il existe toujours des hommes polygames mais c’est rare car ils sont punis par la loi. Par contre, un homme qui veut une autre femme entretient une concubine appelée, dans les milieux urbains, « deuxième bureau ».

Centre-Afrique

Chef Danga et ses femmes-Mangbetu, Rungu, Uélé, Haut-Zaïre/photo général Molitor, 1953

Chef Danga et ses femmes-Mangbetu, Rungu, Uélé, Haut-Zaïre/photo général Molitor, 1953

En République Centrafricaine, la polygamie est légale. Un homme qui va se marier a, selon la loi, la possibilité de choisir entre la monogamie ou la polygamie. Cette coutume tire son origine dans les habitudes séculaires qui admettent que l’homme soit uni à plusieurs femmes à la fois avec l’obligation de consommer chacun des mariages, de procurer aide aux conjointes, de leur prêter assistance et secours, de cohabiter avec elles et de leur rester fidèle. La polygamie est une coutume qui est en train de changer à cause notamment des conditions socio-économiques qui se dégradent. En effet, avoir plusieurs femmes suppose de donner également une multitude de dots, ce qui devient un fardeau lourd à supporter[13].

Le recul de la polygamie tient également au fait que, après « la pénétration des explorateurs et l’implantation consécutives des missionnaires dans le pays, la polygamie, pour la première foi, prêta le flanc à de vives critiques de la part de ceux-ci qui virent dans la monogamie, l’une des vertus cardinales de la foi chrétienne. Quiconque veut accéder à Dieu par la voie de l’Evangile doit s’abstenir d’être polygame. (…) Le succès du catholicisme marqua effectivement une nette régression de la polygamie. Les efforts du clergé catholique, sur ce point, seront ultérieurement rejoints par ceux des luthériens, des calvinistes presbytériens qui, avec des dogmes différents prêchent la même foi »[14].

Malgré ce contact avec la civilisation occidentale qui prêche la monogamie de la famille, la polygamie subsiste quand même. La loi a voulu elle aussi préserver cette réalité sociologique du pays et a laissé le choix aux époux qui peuvent y renoncer lors du mariage civil. Ces mariages polygamiques doivent être légaux et la loi a prévu des peines pour quiconque entretient une concubine ou se livre à la bigamie.

Dans son étude, Mande-Djapou fait remarquer que les mariages monogamiques s’imposent dans les villes plus que dans les campagnes. La raison est que les conditions de vie dans des cités urbaines sont difficiles et y entretenir plus d’une femme devient impossible. Mais dans les campagnes, il y a encore des terres et la polygamie procure une main d’œuvre gratuite. Le recul est également observable chez ceux qui ont un certain degré d’instruction élevé plus que chez les paysans analphabètes[15]. Les jeunes renoncent également à la polygamie plus que les personnes âgées.

Donc, les facteurs socio-économiques, religieux, éducationnel font que la polygamie recule de plus en plus.

Afrique du sud

En Afrique du Sud, l’exemple de la polygamie vient d’en haut. Le président Jacob Zuma, s’est marié en janvier 2010 avec sa troisième épouse. La polygamie est une coutume ancestrale de son ethnie zoulou. Cependant, à l’annonce de ce mariage, certains Sud-Africains ont été choqués, surtout les jeunes chez qui  la polygamie n’est guère populaire.  Selon un sondage publié en janvier 2010, « 74% des personnes interrogées dans les villes sud-africaines estimaient qu’avoir plus d’une femme posait problème »[16].

Sénégal

Au Sénégal, la polygamie est reconnue par la loi. Selon le code de la famille, le mariage peut être célébré selon trois modes : soit sous le régime de la polygamie en raison de quatre épouses maximum ; soit sous le régime de la limitation de la polygamie avec deux ou trois épouses ; soit sous le régime de la monogamie. La loi ajoute qu’une fois signée, l’option monogamique est irrévocable pour toute l’existence de l’intéressé[17].

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, la polygamie au Sénégal ne résulte pas d’un excédent de femmes par rapport aux hommes. C’est le constat de Corinne Deriot, après son séjour à Dakar en octobre 1998. Pour elle, les facteurs explicatifs de la polygamie sont : que tout d’abord, les filles se marient précocement entre 18 et 20 ans et les jeunes hommes se marient tardivement soit entre 25 et 28ans, car ils doivent d’abord réunir des ressources financières suffisantes pour organiser les noces. Cette situation crée ainsi un décalage entre les jeunes filles à marier et les hommes qui cherchent des épouses. En outre, le Sénégal est un pays musulman à 90 % et la foi islamique ne favorise pas le célibat des filles. A cela il faut ajouter d’autres facteurs d’ordre économique considérant la femme et les enfants comme une valeur surtout dans les campagnes. Certains pensent ainsi que ce pays compte la proportion de polygames la plus élevée du continent africain[18].

Les jeunes sénégalais se marient sous le régime polygamique mais restent avec une seule une femme. Avec des difficultés économiques, « l’aspiration à une famille de taille élevée diminue. La solidarité familiale étant la clé de voûte de la famille sénégalaise, plus la taille en est grande, plus ceux qui réussissent à s’en sortir ont des contraintes et des obligations envers ses membres » [19]. Mais d’un autre côté, le constat est que la polygamie séduit de plus en plus les filles, surtout pour des raisons matérielles. Certaines filles préfèrent aller chez les polygames car ils ont beaucoup de biens. Ainsi : «  Peu acceptée autrefois, la polygamie est de plus en plus prisée par les jeunes filles. Celles-ci ne rechignent plus à être coépouses. Ce que certaines considèrent comme une place de choix, car elles feraient l’objet de toutes les attentions du mari » [20].

 


[1] Frédérique Jouval, Histoires de Polygamie Africaine
(http://www.picturetank.com/___/series/2d345867380de86fe406ca7222367486/
Histoires_de_Polygamie_Africaine.html).
[2]Fatoumata Haïdara, La polygamie en Afrique moderne : Incarne-t-elle les mêmes valeurs et objectifs que dans le passé?
(http://www.bamanet.net/index.php/magazine/societe/1161–la-polygamie-en-afrique-moderne–incarne-t-elle-les-memes-valeurs-et-objectifs-que-dans-le-passe-.html)
[3] D’après une étude de Séraphin Ngondo A Pitshandenge, La polyandrie chez les Bashilélé du Kasaï occidental (Zaïre) fonctionnement et rôles, commenté sur : http://www.afrik.com/article7226.html
[4] http://imahaka.wordpress.com/2009/11/02/la-polygamie/
[5] http://imahaka.wordpress.com/2009/11/02/la-polygamie/
[6] Alexis Kagame, Les organisations socio-familiales dans l’ancien Rwanda, Bruxelles, Institut royal colonial belge, Bruxelles, 1954, pp.292-294.
[7] La magie avait une grande importance dans le Rwanda ancien. Les Rwandais y faisait recours pour intercéder auprès des esprits pour le bien de la famille.
[8] Alexis Kagame, Les organisations socio-familiales dans l’ancien Rwanda, Bruxelles, Institut royal colonial belge, Bruxelles, 1954, pp.292-294.
[9]Stanislas Bushayija, Le mariage coutumier au Rwanda, Namur, Pontifica Unversitas Gregorina, 1966, p.134.
[10] Idem, p.132.
[11] Gaspard Musabyimana, Sexualité, rites et mœurs sexuels de l’ancien Rwanda, Bruxelles, 1999, pp.170-171.
[12] Constitution du Rwanda, Kigali, 4 juin 2003.
[13] Joseph Mande-Djapou, La polygamie et le droit pénal centrafricain, Pénant : revue de droit des pays d’Afrique, Editions Ediéna, Paris 1978, p.69.
[14] Joseph Mande-Djapou, op. cit, p.70.
[15] idem, p.72.
[16] http://www.jeuneafrique.com/Article/DEPAFP20100204T103904Z/afsud-politique-sida-preservatifpolemique-sur-la-polygamie-apres-la-naissance-du-20e-enfant-de-zuma.html
[17] Corinne Deriot, Monogamie et polygamie au Sénégal. Le choix de l’époux, septembre 2000,

http://www.senegalaisement.com/senegal/polygamie.html

[18]Un fait de société: la polygamie.

http://pagesperso-orange.fr/jeunecontinent/tourisme/senegal/Socio.htm

[19] http://fr.altermedia.info/general/senegal-la-polygamie-seduit-de-plus-en-plus-les-filles_9655.html.
[20] http://fr.altermedia.info/general/senegal-la-polygamie-seduit-de-plus-en-plus-les-filles_9655.html.

 

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