Génocide ou massacre de masse au Rwanda et au Congo/RDC? Point de vue philosophique de la question
Nous lisons à longueur de textes et entendons prononcer à longueur de jargonophasie le mot « génocide », « génocide des Tutsi », « génocide des Rwandais », « génocide des Tutsi et des Hutu modérés », « double génocide des Tutsi et des Hutu modérés », « génocide des Rwandais et des Congolais », « génocide en miroir »…
Pour rappel, la « Convention de 1948 » distingue le « crime contre l’humanité » visant une population civile en temps de guerre ou non, et le crime de « génocide » qui est la « destruction d’un groupe cible ». L’article 2 fait du génocide « tout acte commis avec l’intention de détruire, totalement ou en partie, un groupe national, ethnique ou religieux »[1]. Il n’est ici question ni de quantité de victime, ni d’intention, ni de planification de génocide, ni de mentalité génocidaire, ni de « divisionnisme, négationnisme, révisionnisme » a priori et a posteriori de la définition stricto sensu du crime de « génocide » qui consiste en la destruction partielle ou totale d’un groupe national, ethnique ou religieux en raison de cette qualification.
En ce qui concerne l’Afrique Centrale des Grands Lacs, on peut parler de « génocide rwandais » car des membres des trois composantes de la société rwandaise, Hutu, Tutsi et Twa, ont été massivement massacrés, non seulement lors de l’apogée destructrice de 1994, mais depuis l’attaque surprise du 1er octobre 1990, et la guerre injuste qui s’en suivit, provoquée par les rebelles du Front Patriotique Rwandais. Dans le chef des initiateurs de cette tragédie, Paul KAGAME et le High Command du Front Patriotique Rwandais (FPR-Inkotanyi)[2], il s’agit exclusivement du « génocide des Tutsi », quoique, pour la galerie occidentale des bien pensants anesthésiés, l’on entend parfois prononcer du bout des lèvres l’expression « génocide des Tutsi et des Hutu modérés », ce qui implique insidieusement et de facto que les « Hutu rescapés » ne sont pas modérés et donc des « Hutu génocidaires ». Il est actuellement évident qu’il y a eu plus de victimes Hutu que Tutsi au cours de ces longues années de conflit injuste et inhumain, qui reflète aussi, toujours dans le chef de Paul KAGAME et du High Command du Front Patriotique Rwandais une volonté manifeste de réduire numériquement certaines populations cibles, non seulement au Rwanda, mais aussi et surtout dans le Congo-RDC, ex Zaïre, voisin, véritable objectif de la guerre en sa qualité de coffre-fort de richesses minières tant convoitées par le Front Patriotique Rwandais et ses alliés stratégiques, principalement anglo-saxons, USA puis Grande Bretagne. Le « Mapping Exercice », publié le 1er octobre 2010 par le Haut Commissaire aux Droits de l’Homme de l’Organisation des Nations Unies (U.N.H.C.H.R.), a révélé, avec la mise en évidence de 617 charniers, la partie émergente de l’iceberg homicide que constitue le « génocide des Congolais » ainsi que la phase congolaise du « génocide rwandais », du « génocide des Hutu », du « génocide en miroir », voire même du « génocide des Bantu ».
Le terme « génocide » est galvaudé et est utilisé par n’importe qui, pour n’importe quoi (bébés phoques, victimes d’un bombardement isolé…) et à n’importe quelle sauce, à telle enseigne qu’il vaudrait mieux dès lors utiliser le terme de « massacre de masse » plutôt que celui de « génocide ».
Lisez à ce propos cet intéressant article, rédigé par une philosophe de l’Université Paris VIII Vincennes – Saint Denis, article qui vous fera réfléchir : « GRANGÉ Ninon : « Les génocides et l’état de guerre » (2009), Astérion, L’ami et l’ennemi, n°6, mars 2009″.
Résumé. « La définition du mot « génocide » relève d’emblée d’ambigüités lexicales et conceptuelles. A l’origine juridique, le terme divise les historiens qui y voient tantôt une spécificité du XXe siècle, tantôt un hapax avec la « solution finale », tantôt un phénomène plus ancien avec le moment fondamental de la colonisation ouverte a l’idée d’extermination. Ainsi, la prudence fera préférer la notion de « massacre de masse ». L’instrumentalisation politique de la référence à l’état de guerre est un parallélisme plutôt qu’une comparaison. Contexte favorable, prétexte, arrière-fond du discours génocidaire, la guerre est faux ami avec le génocide. Huis clos autophage dans une entité politique, le génocide connait une plus grande proximité avec la guerre civile : la désignation d’ennemis intérieurs, la barrière du corps qui tombe, la « brutalisation » des sociétés favorisent la discrimination d’un ennemi qu’il faut rendre visible pour mieux le faire disparaitre. La « bascule » dans le génocide révèle les mécanismes fantasmatiques du politique qui concrétisent l’éventualité destructrice de l’Etat. Aussi faut-il se demander si le génocide appartient en propre a une terrible modernité du XXe siècle ou a la substance de l’Etat. La question de la rationalité folle ou de la logique irrationnelle du génocide repose le problème du mal radical et du mal politique : dans la réinvention du politique a travers les pratiques génocidaires, l’existence et l’identité de l’Etat se redéfinissent hyper-conflictuelles ».
Bonne lecture et à bientôt, en attendant les réactions, commentaires et corrections qui ne manqueront pas de fuser.
Jean-Paul PUTS, MD, chirurgien de maux et de mots, Bruxelles.
[1] BRUNETEAU B. : « Le siècle des génocides » (2004), Paris, Armand Colin, p.10 ; GARAPON A. : « Des crimes qu’on ne peut ni punir ni pardonner. Pour une justice internationale » (2002), Paris, Odile Jacob.
[2] Le terme « Inkotanyi » s’écrit et se prononce « Inkootanyi », forme raccourcie du mot « Inkorootanyi ».
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