Elections en RDC: Pas que des présidentielles.
La révision de la constitution congolaise en janvier dernier a pris de cours tous les acteurs et observateurs congolais et internationaux. Néanmoins, on ne peut pas surestimer son importance. Elle empêchera les partis politiques d’utiliser le premier tour comme un premier tri pour pouvoir s’organiser autour de l’ultime challenger dans le deuxième tour. Si l’opposition ne s’organise pas autour d’un seul challenger, il sera très improbable de battre Kabila. La communauté internationale aura des difficultés à trouver un ton et un contenu à ses éventuels messages critiques sur le processus, n’ayant pas réagi à la révision constitutionnelle.
Les nouveaux enjeux deviendront le fonctionnement (autonome ou pas) de la Commission électorale nationale indépendante (CENI), la loi électorale (qui définira ou pas un cadre encore plus restrictif) ; l’installation et le fonctionnement du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel. Les enjeux seront aussi la sécurisation du processus (y compris la question si l’opposition sera capable de s’adresser à l’électorat dans une campagne normale) ; l’indépendance de la Cour constitutionnelle, qui traitera tous les litiges électoraux. Il est probable que le gouvernement avancera sur ces terrains de la même manière que la constitution a été revue, avec des irrégularités formelles, mais pas assez pour pouvoir parler d’une démarche illégale. Aujourd’hui, on ne peut pas exclure que la CENI décidera de découpler les élections présidentielles des élections législatives, afin d’accélérer le processus des présidentielles pour que le Président prête serment avant que son mandat actuel n’expire. Dans ce scénario, les élections législatives pourraient être organisées au plus tôt en mars-avril 2012.
Le premier souci est que des législatives organisées par un Président déjà réélu et installé pourront avoir un résultat entièrement différent que des législatives organisées comme étape dans un nouveau cycle électoral où tout est encore ouvert. Le deuxième souci est que les législatives pourraient être considérées comme beaucoup moins prioritaires. Certains n’excluent pas que les législatives seront reportées sine die, pour des raisons de sécurité, financières ou autres. Surtout quand on se rend compte que le cadre légal doit être mis en place par un Parlement dont beaucoup d’élus sont quasi sûrs de ne pas être réélus. C’est pourquoi l’opposition a un focus presque exclusif sur les élections présidentielles, et en fait une question « maintenant ou jamais, tout ou rien. » Ceci augmente let potentiel violent du processus. Leurs leaders font référence à leur capacité de mobiliser la rue au cas où ils ne se reconnaissent pas dans le résultat des élections.
Le manque d’importance qu’on attribue aux législatives est inquiétant. La croissance d’une démocratie est un processus à long terme, et la qualité de son Parlement est un indicateur important de son évolution. C’est dommage qu’on n’en parle pas beaucoup au Congo, ces jours-ci. Et ce qui est carrément triste est que les élections locales ne semblent exciter absolument personne. Sauf nous bien sûr, à EurAc, on continue à croire qu’une démocratie qui commence à haut sans arriver en bas est un édifice qui a un toit imposant mais pas de murs. Il s’écroulera.
Kris Berwouts
EurAc
Directeur
Vous pourriez être intéressé(e)

Conflit à l’Est de la RDC. Vers un retrait total et effectif des troupes de Paul Kagame de RDC?
Emmanuel Neretse - 11 juin 2026Depuis ce 03 Juin, ceux qui sont concernés par le conflit de l'Est de la RDC ont désormais les yeux tournés vers l'échéance de mi-Juillet 2026 .…

France-Rwanda : pourquoi Emmanuel Macron s’accroche-t-il à Paul Kagame ?
Emmanuel Neretse - 6 juin 2026Entre revers diplomatiques, recomposition de l'opposition rwandaise et rapprochement mémoriel franco-rwandais, analyse de quinze jours qui éclairent les intérêts respectifs de Kigali et de Paris. Washington,…

Kagame réhabilité ? Quand pétrole, diplomatie et guerre rebattent les cartes dans les Grands Lacs
Emmanuel Neretse - 27 mai 2026Le retour diplomatique de Paul Kagame sur la scène internationale interroge. Alors que des sanctions visant l’armée rwandaise semblaient fragiliser Kigali, des intérêts énergétiques, sécuritaires et stratégiques…
Les plus populaires de cette catégorie

Même en exil, ils restent traqués : l’affaire Placide Hinga et l’ombre de la répression transnationale
Vestine Mukanoheri - 27 mai 2026

La mort de Félicien Kabuga : la justice internationale face à ses contradictions
Emmanuel Neretse - 22 mai 2026




















![Paul Kagame a fait main basse sur le commerce juteux de la friperie et sur la culture et la vente du cannabis [Série 8]](http://www.echosdafrique.com/wp-content/uploads/2021/07/cannabis-Kagme_Marijuana-250x161.jpg)











