La perdrix, le serpent et le lièvre

 

Un jour d’été, sous le soleil des Tropiques, un feu de brousse s’était déclaré dans la forêt. C’était le sauve-qui-peut. Tous les animaux couraient à l’approche de la catastrophe. Un gros serpent a été doublé par tous les animaux. Il ne savait que faire. Il rampait avec toutes ses forces mais risquait d’être la proie des flammes tellement le feu se répandait à une vitesse vertigineuse. La perdrix allait le dépasser quand il l’interpella :

– Perdrix, chère sœur, ne me laisses pas ici, rends-moi service. Prends-moi avec toi, sinon je suis carbonisé d’ici quelques minutes.

– Qu’est-ce que tu veux que je fasse, lui répondit la perdrix compatissante. Si tu vas sur mon dos, tu ne tarderas pas à tomber car il faut courir pour échapper au feu. Le serpent lui proposa une astuce.

– Laisse-moi me pendre autour de ton cou. Ça va aller.

Sans perdre de temps, la perdrix tendit son cou. Le serpent s’y en roula doucement. La perdrix reprit sa course à grandes enjambées. Elle ne tarda pas à rejoindre les autres animaux à la clairière. Ils se reposaient en attendant de reprendre la fuite à l’approche du feu. Arrivée en toute hâte, la perdrix demanda au serpent de se descendre. La perdrix voulait que les muscles de son coup se reposent. Le serpent ne l’entendit pas de cette oreille :

– Perdrix, lui dit-il, tu sais que d’habitude tu constitues mon meilleur repas. Ce serait dingue que de te laisser partir. Je vais t’étouffer et te manger.

– Tu ne peux quand même pas me faire ça, dit la perdrix. N’est-ce que je viens de te sauver la vie. Si je ne t’avais pas transporté, tu serais maintenant mort par le feu.

Le serpent persista. Il ne voulut pas lâcher la perdrix. Celle-ci s’approcha de l’éléphant pour lui raconter son malheur. D’habitude, il a un esprit conciliant et un sens élevé de la répartie. Mais cette fois-ci, il avait d’autres préoccupations. Il pensait à la prochaine étape de la course car le feu, même s’il était loin, n’allait pas tarder à arriver. L’éléphant ne voulut pas alors s’occuper de ce qu’il considérait comme une baliverne. Son silence renforça la peur de la perdrix qui sentait que son cas était de plus en plus désespéré.

La perdrix s’en remit à son collègue l’autruche qui, elle aussi, ne voulut pas se mêler des affaires qui ne le regardait pas.

– C’est du jamais vu qu’une perdrix se mette un serpent autour du coup ! Mais un contrat est un contrat, dit l’autruche. Il faut le remplir dans toutes ses clauses.

La perdrix, en sanglots, passa à côté du lièvre.

– Perdrix, qu’est-ce qui se passe, demanda le lièvre.

-Mon frère, j’ai sauvé le serpent que voici. Les flammes approchaient quant il m’a supplié de le transporter pour le sauver. J’ai accepté. Il s’est enroulé à mon coup. Il ne veut pas maintenant descendre pour que les muscles de mon cou se reposent. Il me dit qu’il va m’étouffer et ensuite me manger.

– C’est vrai, affirma le serpent. Car depuis que le monde est monde, la perdrix a été toujours un des mets préférés du serpent. Elle aussi le sait. On ne change pas des habitudes séculaires. Les esprits de mes ancêtres ne me verraient pas d’un bon œil si je la laissai partir.

Le lièvre fit le sage et regarda dans l’air comme s’il interrogeait une force surnaturelle :

– Chers amis, j’ai eu à trancher plusieurs procès, fit remarquer le lièvre. Mais chaque fois, les deux parties étaient assises de part et d’autre de ma personne. Venez, serpent, à ma gauche. Perdrix, à ma droite. Chacun va exposer son point de vue, à l’aise.

Le serpent descendit et alla s’installer à côté du lièvre. La perdrix n’a pas attendu une minute. Sitôt que son coup fut libéré, elle prit le large. Le serpent et le lièvre le suivirent des yeux. Le lièvre, pour ne pas subir la colère du serpent, s’éclipsa lui aussi. Le serpent resta seul. Il jura de donner une bonne leçon à la perdrix et au lièvre. Mais le feu ne tarda pas à approcher et le serpent succomba dans les flammes.

Un dicton africain dit : « La gentillesse de la perdrix lui a tordu le cou ». Il se dit de quelqu’un qui fait une action salutaire et qui a des ennuis en retour.

 

 

 

 

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