Le Rwanda de Paul Kagame ou comment bâtir sur du sable

Batiment

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Depuis sa conquête militaire du pays en juillet 1994, le mouvement politico-militaire du Front Patriotique Rwandais (FPR) avec à sa tête le général Paul Kagame a instauré au Rwanda un des régimes les plus répressifs du monde. Cependant les architectes de la conquête ont élaboré une stratégie politique qui est de nature à occulter les méfaits de la dictature, et même à la pérenniser et à la louer en la présentant sous une fausse image. Les stratagèmes déployés peuvent être regroupés en quatre faisceaux : mirage économique, diplomatie agressive, paranoïa sécuritaire et mensonges et dissimulations.

Mirage économique

L’élite tutsi venue d’Ouganda qui détient tous les leviers du pouvoir au Rwanda a opté pour faire de la ville de Kigali un miroir déformant la réalité rwandaise. Avec le pillage de la République Démocratique du Congo, la saisie des biens des Rwandais chassés en 1994, quelques individus autour de Paul Kagame sont vite devenus scandaleusement riches et ont érigé des immeubles futuristes dans Kigali.

En même temps, certaines sociétés occidentales appartenant à ceux qui ont soutenu la conquête du pays ont obtenu des facilités pour acquérir des entreprises étatiques ou pour investir dans des conditions avantageuses. Les conséquences de cette orientation sont vite apparues. D’après un récent rapport de la Banque Mondiale, le Rwanda est l’un des pays inégalitaires du monde. La richesse du pays étant détenue par moins de 10% de la population. Pendant ce temps, l’élite tutsi de Kigali est de jour en jour déconnectée de la réalité du Rwanda profond et se préoccupe de calquer sa mode de vie à celui des quartiers chics de Londres ou de New York.

Tout est fait pour épater les touristes ou les autres visiteurs du Rwanda. Ainsi le pouvoir interdit, par des décrets aussi ridicules que discriminatoires, comme celui de porter des chaussures en cuir dans la ville de Kigali, aux paysans de mettre les pieds dans « leur » capitale. En dehors de la capitale Kigali où l’élite tutsi venue d’Ouganda étale sa richesse, la pauvreté est criante sur les collines.

Les étudiants des universités issus des milieux modestes qui sont obligés d’aller travailler dans les champs environnants ou dans des briqueteries entre deux cours pour avoir à manger s’évanouissent d’inanition pendant les cours. Mais tout cela ne peut émouvoir le régime du FPR de Paul Kagame, car venu de l’extérieur, et constatant que la greffe ne prendra jamais, son leitmotiv est : tout faire pour épater et enfumer les étrangers.

Diplomatie agressive

L’autre axe sur lequel s’appui le régime pour avoir les coudées franches, est sa diplomatie agressive. Ayant obtenu le bénéfice d’être considéré comme ayant arrêté un génocide et non pas avoir conquis militairement le pouvoir, le FPR s’en sert pour asseoir sa dictature.

Sous le prétexte de traquer des génocidaires, Kagame n’a pas hésité à envoyer des commandos tuer ou kidnapper ses opposants dans certains pays (Kenya en 1998 pour assassiner l’ancien ministre Seth Sendashonga, Zambie, pour enlever la ministre Agnes Ntamabyariro, et récemment Afrique du Sud pour tenter d’assassiner le général Kayumba Nyamwasa).

Sans revenir sur son invasion de la RDC à deux reprises sous le même prétexte, le régime brandit régulièrement des menaces sur le vulnérable et inoffensif Burundi voisin. En même temps, le régime déploie des efforts énormes et disproportionnés pour chaque fois apparaître sur la scène internationale. Le moindre poste disponible dans une organisation internationale devient « une affaire d’Etat » et tous les efforts (financiers et diplomatiques) y sont consacrés pour l’obtenir. Le régime compte ainsi avoir chaque fois un œil et un défenseur partout où on pourrait parler du régime rwandais.

Paranoïa sécuritaire

Le Rwanda, 26 336 km2 avec environ 10 millions d’habitants, est l’un des pays les plus militarisés du monde. En comptant toutes les forces de l’ordre (Armée, Police, Local Defense Force,…) le pays ne comptent pas moins de 100.000 hommes ou femmes en armes. Pour illustrer cette énormité, le Rwanda compte le même nombre de généraux en exercice que le Nigéria qui compte plus de cent millions d’habitants et couvre 923.773 km2 ! Les conséquences sont évidentes : d’après un rapport de la CIA, 12% de l’aide est consacrée à la défense tandis que seulement 1% est laissée à l’agriculture.

Dans cette situation où il y a un soldat sur chaque hectare, la population vit dans la peur d’autant plus que ces soldats et leurs chefs sont venus d’Ouganda ou des pays voisins et se comportent naturellement comme en pays conquis. Parallèlement, la stratégie du régime consiste à brandir la menace d’attaques provenant de ceux qu’il qualifie de « terroristes », qualificatif qu’il affuble tout opposant à sa dictature. Tout est permis au nom de la « lutte contre le terrorisme ». Ceci vaut surtout pour ceux qui ne peuvent pas être accusés de « génocide » par exemple des opposants tutsi ou des hutu qui n’étaient pas au pays en 1994. Avec de telles accusations, le régime croit être immunisé à jamais du virus de l’opposition politique.

Mensonges et dissimulations

Depuis le début de son aventure guerrière en octobre 1990, le FPR s’est caractérisé par son génie dans le mensonge et dans la dissimulation. L’attaque des éléments de l’armée régulière ougandaise fut savamment présentée comme un « retour légitime » des réfugiés dans leur pays (des généraux, colonels et majors de l’armée ougandaise « réfugiés ») ! Feignant de négocier le partage du pouvoir lors des négociations d’Arusha, le même FPR préparait l’assaut final pour s’emparer du pouvoir politique au Rwanda. Ce qui fut fait en 1994 après l’assassinat du président Habyarimana par le même FPR.

Le monde apprendra petit à petit que ce mouvement politico-militaire est rompu à l’art de mentir et de dissimuler en découvrant que sa gestion du Rwanda cette fois-ci en tant que parti politique n’est qu’une suite de mensonges plus ingénieux les uns que les autres. En 1994, Paul Kagame n’est pas président, mais il dirige de fait le pays. En 2000, il met en prison le « hutu de service » Pasteur Bizimungu et se proclame « Président ». En 2003, il se fait élire à 95% en bourrant les urnes et en intimidant ceux qui oseraient voter pour son ancien premier ministre Faustin Twagiramungu. Il ne lui concèdera même pas 1% dans sa préfecture d’origine Cyangugu. En 2010, il se fait encore élire avec le même score stalinien après avoir empêché les opposants Victoire Ingabire du Parti FDU-Inkingi et Bernad Ntaganda de PS-Imberakuri de se présenter contre lui. Il les mettra quelques jours après en prison où ils croupissent jusqu’à ce jour.

Voilà le fondement et les modes d’action du régime qui dirige actuellement le Rwanda. Contrairement à certains observateurs naïfs qui s’extasient du « miracle rwandais de Kagame » en débarquant à Kigali, les Rwandais et les amis du Rwanda devraient plutôt s’inquiéter de l’avenir car tout ce qui semble être debout dans ce pays martyr est bâti sur du sable et risque de s’effondrer à la moindre secousse.

Pour sauver le Rwanda, il faudrait affronter le dictateur Paul Kagame et lui montrer l’impasse dans laquelle il conduit le Rwanda et dénoncer l’obscurantisme de son entourage afin de les amener à ouvrir l’espace politique dans le pays avant qu’il n’implose à nouveau.

Emmanue Neretse
Echos d’Afrique

 

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