Rwanda:NON, l’armée rwandaise actuelle ne peut pas être un modèle pour l’Afrique

militaires du FPR / Photo Umuseso sept. 2010
militaires du FPR / Photo Umuseso sept. 2010

militaires du FPR / Photo Umuseso septembre 2010

En mémoire des victimes du carnage de Kibeho survenu le 22 avril 1995, quand plus de 8000 déplacés pour la plupart des vieillards , des femmes et des enfants périrent sous les bombes et les mitrailleuses de l’armée de Paul Kagame qui venait de conquérir le Rwanda, certaines personnes, individuellement ou à travers des associations, ont rappelé via Internet et images à l’appui, cet épisode douloureux de l’histoire récente du Rwanda.

En réplique, et comme à l’accoutumé, le régime s’est empressé de diffuser sur le net des messages louant les faits d’armes de l’armée de Paul Kagame. S’appuyant sur un article publié par le quotidien pro-gouvernemental « The New Times » sous la plume d’Edmond Kagire (Regional defense officials impressed by Rwanda tour) et qui rapportait les impressions laissées par des officiers kenyans en visite au Rwanda en 2010, les propagandistes qui n’ont même pas hésité à l’antidater pour le faire correspondre à ce 22 avril 2011, assènent : « L’Armée rwandaise : un modèle pour l’Afrique » !

Non seulement cette affirmation relève d’une campagne de propagande propre aux régimes totalitaires, mais en particulier cette armée souffre des péchés originels et traîne des boulets encombrants que toute armée africaine devrait au contraire éviter.

Hypertrophie

Proportionnellement à sa superficie et à sa population, le Rwanda est le pays le plus militarisé d’Afrique. Il doit entretenir 100.000 hommes en armes : les loger, les nourrir et surtout les occuper. Pour ce faire, il n’y a que deux solutions : démobiliser ou entretenir l’état de guerre et donc garder des effectifs pléthoriques. Le régime a opté pour la seconde alternative car il se comporte comme en pays conquis et juge que les soldats doivent le protéger contre la population. Mais pour tenir le coup et gérer cette situation ubuesque, les puissances qui ont installé Paul Kagame à Kigali volent à son secours en lui permettant d’envoyer une partie de ses troupes dans des missions de maintien de la paix à travers le monde. Ils sont ainsi rémunérés par l’ONU et ainsi tout le monde y trouve son compte : Kagame peut garder sous les armes ses hommes sans les payer et l’Amérique dispose de troupes à envoyer partout où il doit défendre ses intérêts mais où elle ne voudrait pas envoyer le GI’s surtout en Afrique après l’amère expérience de la Somalie. Le maintien artificiel d’un état de belligérance avec la RDC permet aussi à Kagame d’occuper ses troupes mais en même temps de chercher en RDC même de quoi les entretenir. Est-ce un tel modèle d’une armée que l’Afrique mérite ?

Américanisation

Les observateurs sont abasourdis en constatant comment les officiers rwandais sont « drillés » à l’américaine, que les Américains sont les véritables « patrons » des Etat-majors, que tout l’équipement, du transport aérien jusqu’à au treillis en passant par le matériel de communication, sont fournis par les USA. Bref, l’armée rwandaise actuelle semble plutôt à un bon « Corps d’Armée de l’US Army déployé dans la région des Grands-lacs » qu’à une armée d’un petit pays africain. Bien entendu tout le monde en est fier : les officiers rwandais, les Américains et les observateurs admiratifs. Mais chaque médaille a son revers. En mettant la main sur le commandement de cette armée, les Américains ont acquis en même temps le droit et la possibilité d’influer sur le sort des événements au Rwanda. Moubarak l’a appris à ses dépends, lui dont l’armée était la plus grande alliée des USA au Moyen Orient et dont les officiers étaient tous connus du Pentagone. Quand l’Amérique leur a dit de le lâcher, ils l’ont lâché ! Est-ce un tel modèle d’une armée que l’Afrique mérite ?

Caractère monoethnique

C’est le « tendon d’Achille » de cette armée. Partout où un régime a cru bon de s’appuyer sur une armée « pure, monoethnique » pour asseoir sa domination, cela n’a pas marché. Ce fut d’autant plus impossible au Rwanda comme au Burundi où la proportion entre les ethnies antagonistes ne permettraient jamais un tel subterfuge. Au Burundi depuis les années 60, les régimes tutsi successifs ont construit une armée monoethnique croyant se prémunir du périr hutu. Ils ont dû se rendre à l’évidence et ont jeté l’éponge après une guerre civile de plus de 10 ans. Au Rwanda, les soldats de l’armée régulière de l’Ouganda d’origine tutsi qui ont conquis le Rwanda en 1994 croient toujours qu’ils pourront maintenir la domination des Tutsi sur les Hutu car leur armée est largement composée de Tutsi. Pour l’instant ça tient encore mais jusqu’à quand ? Est-ce un tel modèle d’une armée que l’Afrique mérite ?

Une armée avec un lourd passé

lieutenant-général Fred Ibingira, le boucher de Kibeho

lieutenant-général Fred Ibingira, le boucher de Kibeho

L’armée rwandaise actuelle a commencé sa conquête du Rwanda en 1990 sous l’appellation de « APR-Inkotanyi » (Armée Partiotique Rwandaise). Tous les Rwandais connaissent sa cruauté partout où elle passait. C’est ainsi que près d’un million de déplacés ont préféré aller vivre dans des camps de fortune quand l’APR venait de conquérir quelques régions jouxtant la frontière ougandaise en 1993.

L’APR restera gravée dans la mémoire de tous les Rwandais, qui sont profondément croyants, comme ayant violé l’interdit en exécutant froidement et publiquement des évêques hutu de l’Eglise Catholique du Rwanda le 5 juin 1994 à Gakurazo près de Kabgayi sous le commandement du major (aujourdh’hui général) Wilson Gumisiriza.

Le carnage de Kibeho restera dans l’histoire comme l’un des crimes de guerre les plus atroces, gratuit et révoltant qui ait jamais été commis par une armée régulière. Dans cette localité du Sud du pays, un camp de déplacés avait été érigé pour accueillir près de 100 000 personnes. Beaucoup venaient des régions voisines, et attendaient que la situation se normalise pour retourner sur leurs collines. Voici qu’un bon matin du 22 avril 1995, une unité armée sous le commandement du colonel (à l’époque et aujourd’hui promu lieutenant-général pour ce haut fait d’armes !) Fred Ibingira, mena une attaque classique en règle sur le camp. D’abord, traitement de l’objectif par l’artillerie : pendant plus d’une heure une pluie d’obus de mortiers et de canons sans recul vont s’abattre sur le camp. Ensuite assaut sur l’objectif : deux bataillons de soldats en tirailleurs vont monter à l’assaut

général Wilson Gumisiriza, l'assassin des Evêques à Gakurazo près de Kabgayi en juin 1994

général Wilson Gumisiriza, l'assassin des Evêques à Gakurazo près de Kabgayi en juin 1994

du camp en hurlant et en tirant sur tout ce qui bouge jusqu’à la traverser. Enfin consolidation de l’objectif : le commandement passa en revue les lieux pour évaluer les « pertes ennemies », soit 8.000 femmes, enfants et vieillards tués, et faire rapport à l’échelon supérieur. La logistique arriva pour dégager l’objectif (enterrer sommairement ou brûler les morts). Tout cela au nez et à la barbe des éléments de la MINUAR dont l’un d’eux, Terry Pickard, a accepté, plusieurs années après,  de témoigner.

L’armée de Paul Kagame, aujourd’hui devenue « armée rwandaise » s’est rendue coupable de massacres commis en RDC dont certains pourraient être qualifiés de génocide selon le rapport de l’ONU rendu public le 01 /10/ 2010 (Mapping report sur la RDC).

Les populations rescapées du Nord du Rwanda (Byumba-Ruhengeri-Gisenyi) n’oublieront pas de si tôt qu’entre 1998 et 2002, elles furent l’objet d’une extermination systématique de la part de l’APR en guise de représailles aux infiltrations des combattants qui venaient du Congo. Ces populations en gardent encore les stigmates. Est-ce un tel modèle d’une armée que l’Afrique mérite ?

En conclusion, nous croyons que ce n’est pas une armée hypertrophiée, monoethnique dans une région sensible avec un lourd bilan de massacres et crimes de guerre qui devrait être présentée comme modèle pour l’Afrique quel que soit le soutien qu’elle reçoit de la superpuissance qui dirige le monde. Ce serait faire honte aux Africains.

Emanuel Neretse
EdA Press


 

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