Génocides rwandais : quelle bizarrerie de vérités ?

Logo de la Commission nationale de lutte contre le génocide
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Quand on parle du mot « vérité », à mon sens, on veut signifier cet assemblage de faits, dits, et ou observations qui ne peuvent pas être présentés d’une manière opposée sans perdre l’essence. Par exemple si un accident a eu lieu, dire que l’accident n’a pas eu lieu devient le contraire de la vérité car il ne peut pas exister deux vérités opposées parlant d’un même sujet. L’accident ne peut pas avoir lieu et ne pas avoir lieu à la fois. Du jour au lendemain, le monde adopte de méthodologies pour tester ce qui est dit avant de se prononcer sur une universelle vérité. Dans ce sens, par exemple, certains chercheurs pourraient penser que même dans une société africaine, une révolution doit suivre les étapes de la révolution américaine ou française avant d’être nommée ainsi. Cette pratique de vouloir créer de similarités entre les évènements au niveau global tend à devenir biaisée dans le postmodernisme, où l’agrégat de philosophies nourries de rationalité souvent mêlées de l’idéologie est voué à l’échec surtout parce que et la psychologie qui gouverne les comportements, et la tradition qui relie le passé au futur via le présent, et la culture des auteurs des faits, et l’environnement qui loge la scène, rien ne peut être parfaitement universel. Le présent travail constitue un appel à toute personne assoiffée d’être bien informé sur le Rwanda de ne pas se laisser avoir par de démagogiques sources d’informations tant fanatiques que politico-idéologiques, car, la vérité restera toujours unique.

Donnez-moi l’impression que, après avoir lu mon introduction, vous n’allez pas sauter à la fin pour voir mon identité, et le mettre dans le www.google.com/search pour juger prématurément la vérité que je vous apporte. Si vous faites ça, vous voulez savoir si je suis Hutu, si j’ai commis le génocide, si je suis Tutsi rescapé ou ex-combattant du FPR, si je suis titulaire d’un diplôme ou je suis lauréat d’une grande université,… Pourquoi ? Parce qu’à propos du Rwanda, il y a quelque chose que vous attendez de la plume d’un Hutu, contraire à la plume d’un Tutsi, et s’il s’agit d’un académicien, vous vous hâterez de savoir quel côté il supporte. Et pourtant le monde intellectuel aussi peut quelque fois échouer à se détromper. A la recherche de la vérité, le positivisme fait l’analyse scientifique, c’est-à-dire, tester expérimentalement les données avant de prendre la conclusion. Les données dont il est question ici, doivent être collectées soit directement du terrain, ou d’une source sûre et digne de confiance. Celui qui fournit l’information doit être véridique, un point très important si on veut avoir une conclusion qui reflète la réalité. Pourtant, pour certains, la lecture d’un journal même à caractère politique de manière reconnue, est plus valeureuse que le témoignage oculaire. C’est horrible.

Tout au long de ma dissertation, je souligne génocides au pluriel car après le génocide contre les Tutsis en 1994, le projet Mapping a récemment montré qu’il y aurait eu un autre génocide contre les Hutus les années suivantes au Congo. Au jour qu’il est, le monde est divisé en deux quant à la vérité sur le Rwanda et ses génocides. Il vient d’abord la vérité plus admirée car véhiculée par l’ange anti-génocidaire qu’est Kagame Paul. Celle-ci est basée sur la négligence faite contre le peuple Tutsi depuis la chute du royaume dans les années 60, le génocide contre les Tutsi préparé, perpétré et orchestré par le régime des Hutus (qui sans jugement devront être éternellement baptisés génocidaires). Cette vérité FPRiènne base sa légitimité sur la projection de contrer toute personne qui aurait l’intention de venir achever « le plan » génocidaire, selon lequel les forces stigmatisées de négatives viendraient, mutatis mutandis, faire ratissage des Tutsi encore en vie (unfinished business). A écouter le discours du FPR, tout ce qu’il a pu réaliser notamment chasser une grande force qui a commis le génocide, remettre de l’ordre et reformer les institutions nationales, lutter contre le génocide, etc, en gardant silence sur ce qu’il détruit et tous les prix y subséquents aussi économiques que sociaux, il est très difficile de ne pas tomber amoureux de ces gens-ci qui ont vécu une jeunesse misérable et qui, malgré tout, veulent réconcilier les tués et les tueurs. Pour les très émotionnels comme Pasteur Warren, ils aimeraient être naturalisés Rwandais pour contribuer à cette reconstruction nationale. Pasteur Warren et ses semblables sont trop aveugles et trop muets pour réaliser que Ingabire Victoire n’a aucune liaison avec les FDLR, que GACACA est un système de réglage de compte, que le dialogue franc interrwandais demandé par Faustin Twagiramungu aurait un positif impact sur la vraie réconciliation, et que Gahima, Karegeya, Kayumba et Rudasingwa ne sont pas des fugitifs recherchés par la justice rwandaise.

L’autre « vérité » est moins connue car réfutée par le pouvoir de Kigali et ses acolytes : selon celle-ci, le génocide rwandais a beaucoup d’implications dans l’histoire de la cohabitation Hutu-Tutsi et ce serait trop naïf d’ignorer l’histoire, la guerre du FPR, les tueries commises par le FPR,…, si on voulait arriver à une vrai réconciliation. Elle parle du génocide des Hutu contre les Tutsis, mais aussi sans perdre de vue sur celui commis contre les Hutu. Elle condamne le comportement du FPR qui au lieu de voir le génocide comme un mal qui a endeuillé le pays, le voit comme une vache à lait et une arme contre tout opposant politique. A voir cette version, elle vient soulager ceux qui sont laissés de côté ou ceux qui se voient criminalisés tout court parce qu’ils contredisent le FPR. Si on compare les deux camps, sans doute que la vérité est unique : le génocide contre les Tutsi et le génocide contre les Hutu. Le FPR nie le génocide qu’il a commis contre les Hutus mais croit en génocide fait contre les Tutsi. Le FPR va loin jusqu’à dire que celui qui ose prononcer le génocide contre les Hutus est un négationniste avec l’idéologie génocidaire. Le peuple rwandais libre reconnait les deux génocides et appelle à tout le monde de se libérer contre Paul Kagame qui handicape la réconciliation nationale.

Et qu’en dit le reste du monde ?

Au moment où le peuple rwandais connait tout (même si des fois il est contraint à rester silencieux), ceux qui peuvent critiquer Kagame sont à l’extérieur du pays, ou en prison. Immédiatement après la prise de pouvoir par le FPR, il y a eu la recherche d’un nom à donner à ce qui venait de se passer au Rwanda. Toujours dans la tendance à tracer des similarités qui régneraient entre les événements, la communauté Internationale s’est basée sur une partie de la vérité de l’horreur rwandaise et a prononcé génocide, considérant entre autres que les Juifs étaient stigmatisés de noms d’animaux,…, les Tutsis aussi étaient surnommés cafards (INYENZI)!? Ici, personne n’osera dire que ce sont quelques Tutsi eux-mêmes qui s’étaient choisis INYENZI comme un nom de leur groupe guerrier dans les années 60s ? Par coïncidence, INYENZI, qui est une abréviation « Ingangurarugo ziyemeje kuba Ingenzi », ressemble le vocable signifiant cafard … ce qui s’est passé contre les Tutsis est un génocide. Quand le mot génocide apparaît, notre chère communauté internationale doit d’abord donner la bénédiction pour que l’assistance apportée aux rescapés du génocide contre les Juifs soit aussi canalisée vers les rescapés d’autres génocides. Le FPR le savait, raison pour laquelle il est prêt à se battre corps et âme contre toute personne qui dirait que ce n‘était pas un génocide. Même quand nous disons que ce mot n’est pas du Kinyarwanda, qu’il fallait créer un vocabulaire en langue nationale, le FPR choisit « rwandiser » le mot génocide (jenoside) et créer « génocidaire » avant de le « rwandiser » aussi(jenosideri). Autre raison qui pousse le FPR à traiter génocide come il le fait, est qu’il veut l’utiliser pour éloigner tout opposant car le crime de génocide n’a pas terme, une fois accusé de génocide, tu es mis hors combat n’importe où tu te trouves, n’importe quand on te trouve. Dans ce cas, un Hutu qui devient populaire ou gagne un gros lot d’argent, ou trouve un boulot bien payant,…, celui-ci doit être appelé génocidaire s’il ne s’agenouille pas pour le FPR. La communauté internationale et les ONG activistes des droits de l’Homme, tout le monde sait maintenant. La question qu’il y a est de s’ingérer dans les affaires du Rwanda qui risque un troisième génocide. Ils regardent Kagame qui s’auto-proclame vainqueur des élections, un homme qui a tué des millions d’Ougandais, Burundais, Congolais, Rwandais et un homme dont la conversion de cœur est à enterrer. Même si les observateurs n’ont pas été satisfaits du déroulement des élections de 2003 et 2010, le peuple rwandais n’a pas protesté contre les résultats lus comme les Ivoiriens l’ont fait récemment.

Deux génocides en corrélation.

Un ami des miens me rappelle que à toute action, il correspond toujours une réaction. Et les Latins de dire que « Historia magistra vitae »(l’histoire, maîtresse de la vie). Ceci pour vous dire que quand l’histoire nous parle de ce qui s’est passé, la question devient : « Et puis ? ». Parce qu’après une action on s’attend à une réaction. Quand Kigali parle du génocide en tant qu’une réaction, plus qu’ambigüité est mise sur l’action. Tantôt on parle de Habyarimana en tant que planificateur du génocide, tantôt de la révolution des Hutus et du président Kayibanda comme si Kayibanda et Habyarimana partageaient la même idéologie ! Mais alors, pourquoi Habyarimana et son prédécesseur devaient tuer les Tutsis comme cru par les uns ? Étaient-ils acteurs ou réacteurs ? Où est l’action, où est la réaction ? La réponse sur le génocide des Tutsi peut se retrouver dans le commencement de la guerre d’octobre 1990. Que cette guerre soit action (à laquelle Habyarimana doit réagir), qu’elle soit une réaction du FPR au régime de Habyarimana, toujours le FPR est impliqué dans le génocide et sans son existence, démontrez comment le génocide aurait été possible. 800.000 Tutsi et Hutu immolés dont Habyarimana lui-même et son chef d’Etat major, le FPR chante la victoire (à vaincre sans périr on triomphe sans gloire) et se lance à chasser les Hutu. A faire ceci, le FPR commet un autre génocide. Finalement, nous reconnaîtrons que le FPR a été au cœur de tous les génocides qui ont secoué notre patrie.

De quoi souffre le FPR?

En fait, à en juger de près, la vérité est très minime dans les discours du FPR : ils te diront que des Hutu ont tué des Tutsi mais nulle part ne figure que des Tutsi ont tué des Hutu. Ils affirment que le génocide a été possible et rapide parce que Habyarimana est mort dans l’attentat contre son avion, mais ils ne te diront pas que les massacres de Kibeho et des camps des réfugiés étaient la mise en application d’un plan bien raffiné de décimer ce peuple hutu … ; ce qui est sans moindre doute un génocide. Quand il arrive à la politique de réconciliation nationale, le FPR semble faire de « jokes » ! C’est le FPR qui intronise la ségrégation en refusant les bourses d’études aux enfants hutu au moment où les parents de ces enfants doivent payer les taxes pour payer les bourses des enfants tutsi. Est-ce comme ça qu’on lutte contre le génocide ? Si les premiers génocides ont résulté de la mauvaise gouvernance, manque d’équité, népotisme … (allégations du FPR contre le régime du MRND de Habyarimana), de quel bois se chaufferait le FPR pour être capable d’empêcher les mêmes causes de produire les mêmes effets ?

La vérité reste la seule. Une fois elle change de sens, elle n’est plus ce qu’elle était. Tuer égale tuer. Nous savons beaucoup de gens qui ont impressionné le monde comme par exemple Fred Ibingira, le premier personnage dans l’histoire de l’humanité à être gradé général étant illettré. Pourtant, ceci ne transforme pas son acte de « tuer » en acte de « sauver ». C’est ça la vérité. La vérité n’est pas celle que Kagame veut que je dise, la vérité est ce qu’elle est. Un garçon adolescent est tombé amoureux d’une jeune fille de son âge. Notre gars aurait voulu entendre la fille prononcer qu’elle l’aime. Il demanda à la fille : « Dis-moi la vérité, est-ce que tu m’aimes ? ». La fille ne dit mot avant que le garçon insistât : « S’il vous plaît dis-moi la vérité ». Et la fille de finir l’affaire : « Si tu veux la vérité, je ne t’aime pas ». Et le garçon déçu dit : « Mais je t’ai demandé de me dire la vérité… ». Pour le garçon, la vérité était : « Je t’aime». Je pense que ce garçon est un membre du FPR. Je rêve …voir un jour le fils du colonel Bagosora et le fils de général Kagame assis ensemble et prononcer unanimement la vérité en entier.

Enock B.SAFARI
busenock@yahoo.fr

 

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Y’a-t-il eu un ou deux génocides au Rwanda ?

 

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