RDC / Ressources naturelles : Pour un multilatéralisme agissant

Batteurs de tam-tam/Maniema-Kibombo/Infor-Congo 1958
Batteurs de tam-tam/Maniema-Kibombo/Infor-Congo 1958

Batteurs de tam-tam/Maniema-Kibombo/Infor-Congo 1958

Le 15 avril 2011, j’ai eu le plaisir et l’honneur de parler sur le lien entre conflit et ressources naturelles pour un public d’une trentaine de diplomates africains. Tous travaillaient pour la dynamique de la Conférence Internationale pour la Région des Grands Lacs (CIRGL), certains dans le Secrétariat, mais la plupart pour un des onze pays membres. Ils étaient venus à La Haye dans le cadre d’un programme de renforcement de capacité de la CIRGL. EurAc, qui a toujours défendu la valeur ajoutée de cette structure régionale, regrettait fortement qu’elle semblait perdre de vitesse et de portée en 2009.

Nous sommes très heureux qu’un travail très ciblé sur les ressources naturelles l’a remise sur la carte, avec la Déclaration de Lusaka de décembre 2010 comme résultat principal. Le lien entre ressources naturelles et conflit était très présent dans mes dernières missions à l’Est du Congo, qui coïncidaient avec l’embargo que le Président Kabila a imposé sur la production minière. Nous craignons que cette mesure ait eu un effet contre-productif, parce que l’embargo se trompait de cible. Il visait en premier lieu les mineurs artisanaux. Leur disparition de la chaîne d’exploitation a renforcé la prise directe des groupes militaires sur l’exploitation minière. Un chercheur proche du terrain, le Père Didier de Failly, Directeur du Bureau d’Etudes Scientifiques et Techniques, le confirme : « L’interdiction de toute forme d’exploitation artisanale des mines dans l’Est de la RDC n’a pas produit les effets escomptés. En l’absence de l’autorité de l’Etat, le Kivu est transformé en Far West. »

La lutte contre l’exploitation illégale des ressources naturelles du Kivu passe tout d’abord par la démilitarisation de l’économie et non par la diabolisation des travailleurs artisanaux. Eux aussi sont des victimes. Nous demandons notamment à l’Union Européenne de renforcer son engagement sur la question des minerais du conflit à l’Est du Congo. Dans un communiqué conjoint, publié le 27 avril 2011, EurAc et Fatal Transactions ne plaident pas pour un embargo, mais pour une incitation à instaurer un commerce légal, formalisé et sous le contrôle des autorités civiles.

Nous pensons qu’il est nécessaire d’intervenir à plusieurs niveaux. A savoir : encourager les entreprises de l’UE qui commercialisent les « minerais du conflit » à adopter des mesures de diligence raisonnable ; soutenir les efforts de certification et de cartographie sur le terrain dans l’Est de la RDC ; renforcer les capacités de l’Etat congolais à réglementer le secteur minier et soutenir également les programmes visant à accroître les avantages socio-économiques de l’exploitation minière au niveau communautaire.

La CIRGL et l’UE ont le devoir d’injecter du multilatéralisme dans la gestion de la problématique des ressources naturelles. L’approche multilatérale, basée sur la vision que les problèmes dans la région sont si interdépendants qu’il est difficile d’imaginer une solution durable pour l’un des pays si elle ne fait pas partie d’une solution régionale plus cohérente, est une condition pour arriver à un arrangement non violent et négocié pour les différents litiges et conflits en Afrique centrale. Mais bien sûr, il faudra développer la volonté politique et la capacité technique pour vraiment faire la différence.

Kris Berwouts
Directeur

 

 

 

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