Transition politique rime avec violence au Rwanda. P. Kagame peut-il éviter ce scénario à son pays ?

Caricature - Paul Kagame prêtant serment
Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Caricature - Paul Kagame prêtant serment

Il est un constat au Rwanda : chaque fois qu’il y a un changement politique, celui-ci se fait par la violence. Et cela depuis des temps immémoriaux. Dans les rites de la royauté, aucun monarque ne pouvait être intronisé du vivant de son prédécesseur. Vieux ou empêché de régner, les ritualistes de la cour faisaient ingurgiter du lait au roi, à grand débit, le nez bouché. Il mourrait par suffocation. Par euphémisme, il était dit : « Le roi a bu » pour signifier qu’il a été abreuvé mortellement.

Dans le cas où il y avait des rivalités entre les prétendants au pouvoir, il s’ensuivait une guerre rangée. Le gagnant éliminait physiquement tous les membres de famille de son rival ainsi que tous ses partisans. Si le roi mourrait d’une mort naturelle, il devait être « accompagné ». Il fallait désigner une famille-victime dont les membres devaient servir à venger le défunt. Ceux-ci étaient mis à mort.

Plus près de nous, l’histoire offre des exemples épatants des survivances de cette violence politique qui est devenue comme un mode de gouvernement au Rwanda.

Le roi Kigeri Rwabugiri (1853-1895), ayant appris que Kabare, un de ses chefs militaires, engendrerait un roi, exigea que le malheureux soit castré. A la mort de Rwabugiri, son successeur Rutalindwa sera incendié dans sa hutte avec toute sa famille. Ses chefs militaires et ses courtisans furent tous traqués et mis à mort atrocement par la bande à Kabare. Le nouveau roi fut Musinga. Il s’opposa au christianisme et fut exilé au Congo où il mourut. Son fils Mutara Rudahigwa (1931-1959) lui succéda et mourut à Bujumbura dans des circonstances non éclaircies. Il était un obstacle au changement de l’ordre ancien. Il fut remplacé par Kigeri Ndahindurwa qui fut chassé par la révolution sociale de novembre 1959. Il vit en exil aux USA. Grégoire Kayibanda (1924-1976) remplaça Dominique Mbonyumutwa (1921-1986) qui avait été agressé par des partisans du roi. Kayibanda quitta le pouvoir par un coup d’Etat de Juvénal Habyarimana (1937-1994) en juillet 1973 et mourut des suites de mauvaises conditions dans lesquelles il avait été mis. Plus d’une cinquantaine de ses ministres et hauts cadres moururent en prison. Paul Kagame s’empara du pouvoir en juillet 1994 après l’assassinat de Juvénal Habyarimana.

Que fait Paul Kagame, qui rempile pour un deuxième et dernier mandat de 7 ans, pour que sa succession se fasse sans effusion de sang ? Rien. Normalement, dans des pays démocratiques, le pouvoir est donné par le peuple par des élections libres et transparentes. Le parti qui a gagné dirige le pays et les partis politiques perdants vont dans l’opposition. Au Rwanda, Paul Kagame organise des simulacres d’élections qu’il gagne à plus de 90%. Il s’en suit, comme dans l’ancien temps, la persécution des opposants politiques. Ainsi, après son élection en 2003, son challenger, Faustin Twagiramungu, a vite fait de quitter le pays pour sauver sa vie. Un autre candidat malheureux contre Paul Kagame, Théoneste Niyitegeka, a été mis en prison pour plus d’une dizaine d’années. Le prédécesseur de Paul Kagame, Pasteur Bizimungu, faute de l’éliminer physiquement, a été mis en prison durant des années et libéré après avoir demandé pardon. Il avait commis le crime de lèse-majesté de fonder un parti politique d’opposition.

Après un mandat de 7 ans, Paul Kagame a été réélu en 2010 avec le même score stalinien. Une fois investi, il s’est occupé de ses opposants. Bernard Ntaganda a été mis en prison et condamné à de lourdes peines. Déo Mushayidi, un autre opposant politique a été condamné à perpétuité. Une autre opposante de taille, Victoire Ingabire, et qui voulait se présenter contre Paul Kagame à la magistrature suprême dans les dernières élections présidentielles, a été mise, elle aussi, en prison. Selon des observateurs avertis, elle risque une peine de 30 ans ou la prison à vie car son dossier est dans las mains de la juge Angeline Rutazana, connue pour ses excès de zèle dans de telles affaires. C’est elle, en effet, qui a condamné Déo Mushayidi à perpétuité et a infligé de lourdes peines aux journalistes indépendants que le régime avait mis dans son collimateur.

Comme Paul Kagame ne veut pas d’opposants politiques qui un jour pourraient lui succéder démocratiquement, il va continuer à user de la violence pour se maintenir au pouvoir, en les éliminant par tous les moyens. Quiconque veut le remplacer ne peut que lui aussi recourir à la violence pour l’écarter. Paul Kagame, tant vanté par certains médias internationaux, se rend-il compte de ce qu’il l’attend ? Les opposants, il en a et pas des moindres. Déo Mushayidi est un rescapé du génocide. Ceux qui le soutiennent et qui soutiennent un autre rescapé du génocide, Sebarenzi Kabuye, ancien président du Parlement poussé à l’exil par Paul Kagame, sont aux aguets au Rwanda même. Son ancien conseiller Théogène Rudasingwa et son Procureur général Gerald Gahima, en exil eux aussi, ont des attaches profondes dans le pays. Son ancien chef d’Etat-major, le général Kayumba Nyamwasa et le colonel Patrick Karegeya, sont encore populaire dans l’armée. Son ancien ministre de la défense, le général Emmanuel Habyarimana est actif en politique en Suisse. Il a sans aucun doute des fidèles au Rwanda. Le parti de maître Bernard Ntaganda avait été légalement agréé. Il a ses partisans qui continuent à réclamer son élargissement. Victoire Ingabire, elle aussi, est une icône politique au Rwanda. Ses visites en prison en témoignent. Des gens venus de toutes les régions du pays se bousculent à la porte de la prison, mais seulement une vingtaine de personnes sont autorisées à la voir chaque vendredi. Il y a lieu d’y ajouter les partisans des hommes d’affaires Tribert Rujugiro, Valens Kajeguhakwa et d’autres milliers de militaires et de civils lésés par le régime. Deux anciens premiers ministres en exil, des dizaines de ministres et de parlementaires qui l’ont échappé belle lui gardent une certaine rancœur. Tout ce monde et leurs partisans constituent un volcan prêt à exploser. Si Paul Kagame s’entête et continue à faire l’unanimité contre lui notamment par l’élimination des opposants politiques, il ne peut que céder le pouvoir après un bain de sang.
Suis-je un oiseau de mauvais augure ?

Ghislain Mikeno
EdA Press

 

 

 

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