Rwanda/Belgique:une coopération qui provoque des remous des contribuables belges

Olivier Chastel
Olivier Chastel

Olivier Chastel/photo chastel.be

Le ministre belge de la coopération,  Olivier Chastel,  était censé aller à Kigali  le 18 mai 2011. Une aide de  200 millions d’euros devait être débloquée pour aider le Rwanda dans les domaines de la justice, de l’éducation et de la santé. Echos  d’Afrique avait réagi en attirant l’attention du ministre sur le fait que le régime dictatorial du FPR de Paul Kagame est passé maître pour travestir les concepts et que les étrangers entendent de travers le discours du régime. Et que donc cet argent n’allait pas servir ce à quoi il était destiné. Des réactions similaires ont fusé. Echos d’Afrique a pu se procurer une copie de la lettre adressée à Olivier Chastel le 27 mai 2011 par deux citoyens belges, le colonel Luc Marchal, ancien commandant des Casques Bleus dans le secteur Kigali au Rwanda en 1994 et Jean Verstappen, ancien sénateur et Secrétaire des Rencontres pour la Paix. Ci-après de larges extraits de la lettre. Ils sont très parlants [Eda Press].

« Interpellés par la situation dramatique dans laquelle les populations de la région des Grands Lacs sont maintenues depuis de nombreuses années, nous ne pouvons que vous exprimer nos plus vives interrogations quant au nouvel accord de coopération intervenu entre le Rwanda et notre pays.

Alors que différents pays européens ont réduit le niveau de leur coopération avec le gouvernement rwandais, suite à la publication, le 1er octobre 2010, du Rapport Mapping du Haut Commissariat de l’ONU aux Droits de l’Homme, notre pays semble fort peu sensible aux terribles allégations de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité (voire de génocide) contenues dans ledit rapport et ce, à l’encontre des actuels dirigeants du Rwanda. Vous n’êtes pas sans ignorer que les agressions répétées de l’Armée patriotique rwandaise (APR) et de ses milices politico-militaires sont responsables, sur le territoire du Congo uniquement, de la mort de près de 4 millions de personnes. Ce chiffre est le résultat de différentes estimations réalisées par des sources jugées fiables.

Précisément, à propos de cette APR, nous souhaitons attirer votre attention sur le fait que ses effectifs dépassent les 70.000 hommes. Comment expliquer que la Belgique qui comprime de façon drastique ses effectifs et ses moyens militaires, depuis des années, soutienne financièrement un pays entretenant des forces armées pléthoriques, en totale inadéquation avec ses besoins réels en matière de défense. A titre de comparaison, lorsque le régime dit «dictatorial» du président Habyarimana fut attaqué par le FPR en octobre 1990, l’effectif total des Forces armées rwandaises atteignait 6.000 militaires et 2.000 gendarmes. Ne pensez-vous pas que si le gouvernement rwandais consacrait moins de moyens financiers à l’entretien d’un «outil de défense» mono ethnique surdimensionné, il pourrait lui-même faire face à ses besoins en matière de santé, d’énergie et de décentralisation ? Alors qu’une frange non négligeable de la population belge se paupérise de plus en plus, n’est-il pas paradoxal qu’une partie de l’argent des contribuables soit allouée, même sous conditions, à un gouvernement qui, au quotidien, démontre sa profonde aversion pour les valeurs de démocratie qui sont les nôtres.

En conséquence, nous éprouvons le plus grand doute que les garde-fous démocratiques que notre pays pourrait mettre en place soient effectivement respectés. L’histoire récente de l’Afrique des Grands Lacs démontre qu’on ne dicte pas au président Kagame la conduite à suivre. Celui-ci a toujours défini ses propres objectifs et mis en oeuvre les moyens nécessaires pour les atteindre. Dans ce domaine, il est vrai, il bénéficie de l’aide inconditionnelle de certains pays anglo-saxons que vous connaissez aussi bien que nous. Il est sans doute utile de rappeler, dans ce contexte, le récent témoignage du Dr Théogène Rudasingwa (ancien directeur de cabinet de Paul Kagame, ancien secrétaire général du FPR et ancien ambassadeur du Rwanda à Washington) relatif à la stratégie mise en place par le régime de Kigali pour mystifier la communauté internationale.

Nous ne reviendrons pas sur les méthodes utilisées par Kigali :
– pour museler toute opposition démocratique au Rwanda ;
– pour éliminer physiquement les opposants notoires se trouvant à l’étranger ;
– pour exclure un pourcentage important de sa jeunesse de l’accès à l’enseignement ;
– pour forcer les paysans à cultiver des produits d’exportation, plutôt que ceux indispensables à leur propre survie ;
-pour freiner le taux de croissance des Hutu en appliquant un vaste programme de stérilisation ;
– pour empêcher les représentants de cette même communauté à accéder à des postes de responsabilité au sein des structures de l’Etat.

Nous savons que vous n’en ignorez rien. Tout comme vous êtes conscient également que malgré deux rapports de l’ONU, relatifs au pillage des richesses minières du Congo, le Rwanda n’a en rien mis fin à la mise à sac des provinces orientales congolaises.

Etant donné que vous avez exprimé le souci de privilégier de véritables avancées en matière de démocratie et de respect des droits de l’homme, nous plaidons avec force afin que notre pays soutienne concrètement le dialogue inter-Rwandais que l’Espagne est le seul pays à soutenir pour le moment. En effet, grâce à l’appui espagnol, diverses associations, représentatives de la société civile rwandaise, bénéficient d’un forum au sein duquel les représentants qu’elles mandatent tirent les leçons du passé troublé et douloureux de leur pays et tentent de définir un avenir commun à tous les Rwandais, quelle que soit leur classe sociale ou leur appartenance ethnique. Les progrès déjà réalisés, suite à cette réflexion, méritent incontestablement que notre pays soutienne aussi, de façon active et concrète, cette initiative intrinsèquement pluraliste et démocrate. Faute de quoi, le totalitarisme aura encore de très beaux jours devant lui au Rwanda.

Finalement, si notre pays soutien sans réserve l’aspiration à plus de liberté des populations d’Afrique du Nord et du Proche-Orient, force nous est de constater que cette démarche présente une antinomie certaine par rapport à notre soutien affiché au régime liberticide de Paul Kagame ».

 

 

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