Appel pour une action immédiate en faveur des migrants africains en Libye

Libye-migrants/photo letemps.ma

La richesse de la Libye, basée sur ses revenus pétroliers, et son sous-peuplement relatif, ont contribué à attirer dans ce pays des centaines de milliers de migrants venus d’Afrique sub-saharienne, et ce, depuis plusieurs décennies. Pourtant, l’histoire de cette migration a souvent été ponctuée de drames sanglants. Car, malgré la rhétorique panafricaine du régime du colonel Kadhafi, les migrants africains ont souvent dû faire face à l’exploitation et au racisme quotidien, et ce dernier  a même parfois dégénéré en véritables pogromes, comme en l’an 2000.

Le déclanchement de l’insurrection libyenne a considérablement aggravé la situation de ces migrants. Si les gouvernements occidentaux, russe et chinois ont rapidement organisé le départ de leurs ressortissants, il n’en a pas été de même pour les citoyens des pays d’Afrique sub-saharienne. Certains sont malgré tout parvenus à gagner la Tunisie ou l’Egypte, d’où l’OIM (Organisation Internationale des Migrations) les rapatrie peu à peu, après de longues semaines d’attente dans les camps de réfugiés. D’autres ont entrepris un périlleux voyage à travers le Sahara, afin d’atteindre les frontières nigériennes ou tchadiennes. Combien sont morts en cours de route, d’épuisement ou victimes de transporteurs peu scrupuleux ? D’autres enfin ont tenté de s’embarquer sur des rafiots délabrés, dans le fol espoir de pouvoir réussir à débarquer en Europe. Des centaines d’entre eux, sans doute des milliers, ont déjà péri dans les flots de la mer Méditerranée, comme ce fut encore le cas hier pour deux cents hommes femmes et enfants, quelque part entre la Tunisie et l’îlot italien de Lampedusa.

Mais l’immense majorité de ces migrants africains est demeurée sur place, en Libye, survivant dans la peur et dans l’angoisse.  Ils n’osent sortir de chez eux, en zone insurgée, de crainte d’être pris pour des mercenaires à la solde de Kadhafi et d’être arrêtés ou tout simplement tués. Ceux qui se trouvent encore en zone gouvernementale craignent quant à eux d’être enrôlés de force dans les milices. Ils ne bénéficient d’aucune protection consulaire de la part de leurs gouvernements, qui ignorent souvent jusqu’à leur existence. Sans travail du fait de la guerre, ils sont pour la plupart sans ressource. C’est cette situation souvent désespérée qui pousse des centaines d’entre eux à tenter de s’embarquer clandestinement pour l’Europe.

Face à ce drame qui génère des tragédies sans nom et peu médiatisées, la communauté internationale devrait réagir de toute urgence.  Une solution immédiate serait l’établissement de centres d’accueil et de protection, tant en zone gouvernementale qu’insurgée.   Ces centres, placés sous la responsabilité de l’OIM, bénéficieraient d’un statut d’extra-territorialité et seraient inviolables pour les belligérants. Si nécessaire, des détachements militaires de l’Union Africaine pourraient en assurer la protection. L’idéal serait que ces centres soient situés à proximité d’aérodromes, dont l’usage serait exclusivement réservé à l’OIM et aux agences humanitaires accréditées.  De ces aérodromes, le retour progressif des migrants pourrait être organisé, toujours par l’OIM, vers leurs pays d’origine. Le tout serait bien sûr financé par la communauté internationale. Le coût d’une telle opération sera-t-il prohibitif ? Peut-être, mais existe-t-il une solution moins onéreuse ? Le coût humain payé par les victimes de cette tragédie n’est-il pas déjà très élevé ? Et surtout, les pays de la rive nord de la Méditerranée sont-ils disposés à recevoir les survivants  sur leurs territoires? Les récentes polémiques franco-italiennes permettent d’en douter.

L’heure n’est plus aux tergiversations. Il convient d’agir, et vite. La poursuite de la guerre et des bombardements occidentaux en Libye risque en effet de rendre cette tragédie encore plus épouvantable qu’elle ne l’est déjà, avec des milliers de morts supplémentaires, tant sur mer que sur terre.

Hervé Cheuzeville
3 juin 2011

 

 

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