Le 04 /07/1994 : « Liberation Day » ou plutôt le « Yawn al-nakba » rwandais ?

Les généraux du FPR Kayonga, Kabarebe et Muhire reconnaissable par sa petite taille

Le drame du Rwanda concrétisé par la prise de Kigali le 4 juillet 1994 par les éléments d’origine rwandaise de l’armée régulière d’Ouganda peut être comparé à ce qui s’est passé au Moyen-Orient en 1948. Le 14 mai 1948 était proclamé l’Etat d’Israël qui devait s’installer sur les territoires alors habités par des Palestiniens. Ces derniers devenaient ipso facto des apatrides. Et jusqu’aujourd’hui, il en est ainsi. Chez les Israéliens, la journée du 14 mai est célébrée comme une fête nationale. Mais chez les Palestiniens, elle est appelée : « Yawn al-nakba », ce qui veut dire « journée de la catastrophe » et c’est une journée de deuil. Au Rwanda les conquérants obligent le peuple conquis à célébrer la « journée de la catastrophe », ce qui constitue le comble de l’humiliation.

Au Rwanda, la journée du 04 juillet est célébrée avec fastes  en mémoire du jour où la capitale Kigali est tombée aux mains des conquérants venus d’Ouganda en 1994 qui, depuis le 01 octobre 1990, avaient entamé leur guerre de conquête. Cette guerre fut l’une des plus meurtrières de l’histoire de l’Afrique car elle a fait des milliers de morts et des millions de déplacés et réfugiés. Les éléments d’origine rwandaise de l’armée régulière ougandaise qui venaient de réaliser leur rêve (conquérir le pays de leurs ancêtres mythiques) ont vite fait d’installer un pouvoir politique au Rwanda conquis et les peuples conquis furent assujettis aux mêmes règles qui prévalaient avant la chute de la féodalité en 1959.

Aujourd’hui, le corps expéditionnaire issu de l’armée ougandaise en 1990 et qui s’est installé comme junte dirigeante du Rwanda sous le sigle de FPR/APR avec à sa tête le général Paul Kagame ancien chef des renseignements militaires de l’armée ougandaise et à ce titre responsable des assassinats politiques et des massacres à grande échelle dans le nord de ce pays entre 1983 et 1989 a entrepris de réécrire l’Histoire du Rwanda.

Sans sourciller, il ose imposer au peuple rwandais que la journée qui symbolise sa conquête doit être considérée comme le « jour de libération : liberation day ». Quel cynisme !

Voici un pays dont la population, qui a vécu pendant des siècles sous le joug d’une féodalité la plus obscurantiste, s’est soulevée pour exiger plus de liberté et de démocratie en 1959. Profitant de la période des indépendances, les leaders politiques issus de ce menu peuple obtiendront que les principes démocratiques soient respectés avant l’indépendance formelle du pays le 01 juillet 1962. Les tenants de la féodalité ne l’entendant pas de cette oreille, choisissent un exil volontaire pour aller préparer la reconquête du pouvoir de l’extérieur. Ils tenteront de déstabiliser la jeune démocratie qui résistera comme elle pouvait. Mais en 1990, ayant déjà conquis l’Ouganda voisin en 1986, ils vont alors envahir le Rwanda dont ils se rendront maîtres le 04 juillet 1994. Et ils ont le « culot » de proclamer au peuple rwandais conquis et soumis de nouveau comme avant 1959 qu’il doit prendre cette date comme une journée de libération « Liberation Day » !

Mais chaque Rwandais, dans son for intérieur, sait que le 04 juillet 1994 est un « Yawn al-nakba », un jour de catastrophe, de Tsunami, etc. et donc qu’il n’y a pas lieu de pavoiser mais de méditer sur son sort.

Jane Mugeni
Echos d’Afrique

 

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