Indépendance du Sud-Soudan

Sud-Soudan

Demain 9 juillet se produira un évènement capital pour l’Afrique: l’indépendance du Sud-Soudan sera proclamée. Cet évènement semble être quelque peu ignoré par nos grands médias. C’est dommage. Et ce pour les raisons suivantes:

1. Il est l’aboutissement d’un long processus historique, marqué par deux interminables conflits entre les régimes qui se sont succédé à Khartoum et la partie méridionale du Soudan (1955-72 et 1983-2005).

2. Il constitue une première sur le continent depuis l’époque des indépendances et la fondation de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA), devenue Union Africaine, qui avait inscrit l' »intangibilité des frontières héritées du colonialisme » comme principe fondamental. Le cas de l’Érythrée, qui se sépara de l’Éthiopie en 1991 ne constituait pas, en effet, une violation de ce principe, puisque ce pays constituait autrefois une colonie italienne alors que l’Éthiopie était demeuré un État indépendant. Le Somaliland, qui aurait pu entrer dans la même catégorie que l’Éthiopie, puisqu’il constituait une colonie britannique alors que le reste de la Somalie était italienne, n’est pas parvenu à faire reconnaître son indépendance, proclamée également en 1991. Le précédent sud-soudanais pourrait donc constituer un encouragement pour d’autres régions d’Afrique dans leurs aspirations indépendantistes: la Casamance au Sénégal, le delta du Niger au Nigéria, le Cabinda en Angola et la région sud du Tchad, pour n’en citer que quelques unes.

3. Ce nouveau pays, qui avait été totalement négligé par le pouvoir colonial avant d’être ravagé par deux longues guerres depuis le départ des Britanniques (1956) va devoir faire face à des défis majeurs: absence quasi totale d’infrastructures (aucune route asphaltée, une unique ligne de chemin de fer fort délabrée, reliant la deuxième ville du pays, Wau, au Nord-Soudan, peu ou pas d’écoles et d’hôpitaux, etc.), un énorme taux d’analphabétisme et, par voie de conséquence, une quasi absence de personnel qualifié dans tous les domaines, des conflits inter-ethniques récurrents dans certaines parties du pays et un grave désaccord frontalier avec le Nord-Soudan (Abyei et Nil Bleu principalement).

4. Les questions citées dans le point 3 rendront très difficile la bonne gestion des énormes ressources pétrolières dont dispose le nouvel État ainsi que l’importante aide internationale dont il devrait bénéficier.

Tout cela fait que le monde entier devrait observer et accompagner la naissance de la République du Sud-Soudan, afin d’éviter que ce pays ne replonge dans une crise qui pourrait avoir des conséquences dramatiques tant pour sa population que pour ses voisins.

J’ai longuement abordé les problèmes du Sud-Soudan dans mes trois livres et, dans le dernier, » Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé » (Éditions Persée), paru en décembre dernier, j’ai tenté de tirer la sonnette d’alarme sur les risques majeurs à venir.

Hervé Cheuzeville

(auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale », L’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerre et d’espérance », Éditions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé », Éditions Persée, 2010)

 

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