Le pétrole : enjeu de la balkanisation de la RDC?

drapeau du sud-Soudan

Avec le pétrole du Soudan et du lac Albert, la RDCongo pourra-t-elle résister à la balkanisation ?

Un Etat qui couvre trois marchés naturels, peut-il  subsister à la crise financière internationale ? Mieux, confronté à la convoitise des voisins peut-il résister pendant longtemps dans ses frontières héritées de la colonisation ?

Cette question me posée par un diplomate occidental me remit dans la réalité d’une éventuelle balkanisation toujours envisagée et possible de la RDCongo.

La symbiose économique d’une nation exige un Etat fort. Or, les voisins (Rwanda et Ouganda) n’aident pas le Congo à avoir cet Etat fort. Et le Congo lui-même ne s’en soucie pas.

Au menu de notre discussion, c’était l’exploitation et le transport du pétrole congolais vers les lieux de raffinage. Le président Museveni avait annoncé, le jour de son investiture, que son pays va transporter le pétrole du lac Albert et du Sud Soudan par des pipe- lines jusqu’à Mombasa (Kenya). D’autre part, la venue de Joseph Kabila à Kampala répondait à la discussion à trois (avec Mwai Kibaki) sur les modalités et la faisabilité de faire passer le pétrole via les pipe-lines ougandaises. Joseph Kabila était confronté à cette réalité car personne ne peut nier qu’économiquement, un pipe-line qui partirait de l’Ituri vers Matadi (près de 4 mille km) n’a pas de sens.

La RDCongo possède trois marchés naturels, le marché de l’ouest avec Kinshasa tourne vers l’océan Atlantique, le marché du Sud avec le Katanga donnant à la Zambie et à l’Afrique du Sud et le marché de l’Est dont les échanges commerciaux et la mobilité des personnes sont plus intenses avec l’Ouganda et le Rwanda, tourné vers l’océan Indien.

Un climat propice à la balkanisation !

L’Est de la RDCongo est resté plus attaché aux pays voisins qu’au reste du pays. Pour beaucoup de raisons, au delà des raisons interculturelles avec certaines populations transfrontalières.

Primo, l’état du système de transport ne peut pas favoriser l’éclosion d’une relance économique. 79% des routes du Nord-Kivu sont en très mauvais état.

Secundo, les infrastructures sociaux tels hôpitaux, écoles, marchés sont en dégradation très avancée, vétustes et non compétitives. Les Congolais vont se faire soigner en Ouganda, au Rwanda et/ou au Kenya. Les enfants congolais fréquentent des universités (anglophones) desdits pays.

Tertio, la fraude douanière, les prix non rémunérateurs des produits agricoles à cause de l’impraticabilité des routes de desserte agricole, l’absence des statistiques fiables sur la production et l’exportation des minerais entraînant le non rapatriement des produits de l’exportation notamment le bois, le café, les minerais

Quarto, la perte et la non compétitivité de la monnaie nationale (élément de la souveraineté) dans le commerce transfrontalier (il n’existe aucune banque congolaise à nos frontières de l’Est).

Quinto, la conséquence est que les hommes d’affaires congolais s’intègrent dans la sphère de l’influence du Rwanda et de l’Ouganda, du Kenya et de la Tanzanie grâce a une planification économique régionale qu’offrent les voisins. A Goma, les opérations économiques et les ONG gardent leur argent dans les banques rwandaises.

Enfin, les voisins exercent le droit de préemption sur certaines richesses agricoles et minières de l’Est du Congo, créent des rébellions provoquant des situations de non Etat au Congo qui leur permettent de tirer profit d’une économie de prébendes et des pillages. Selon le rapport Doing Business 2010, la RDC est 45e sur les 46 pays en Afrique subsaharienne dans la facilité de faire des affaires. Ce qui prouve, si besoin en est, combien il est difficile pour améliorer le climat des affaires avec le coût et procédures complexes pour l’import et l’export.

Refaire l’unité du pays

La RDCongo, un pays à la dimension d’un sous continent, ingouvernable qui menace la stabilité de la région. Parce que sanctuaire attitré des groupes armés et jungle végétale et politique, raconte-on dans les chancelleries occidentales. C’est pourquoi quand les voisins visitent le Congo, faute de nous apporter un cadeau sinon, la guerre, ils reçoivent des cadeaux de notre générosité et de nos faiblesses.

Heureusement qu’il faut compter avec le rejet de la population congolaise, qui défend la fierté d’être congolais et de résider au Congo, elle qui n’est pas prête à céder la souveraineté du pays.

Enfin, la question que tout Congolais doit se poser est : la partition du Soudan est-elle une catastrophe régionale ? Quelles en sont les conséquences pour l’avenir de ce pays tant convoité ?

Autrement, la RDCongo devra s’apprêter à refaire son unité dans le sang et les larmes.

Nicaise Kibel’Bel Oka

 

 

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