Burundi, la guerre civile est-elle évitable?

Les présidents Paul Kagame du Rwanda et Pierre Nkurunziza du Burundi

Un observateur avisé, qui vient du Burundi, nous livre ses impressions sur la configuration politique actuelle de ce pays. Les acteurs en présence sont-ils suffisamment responsables pour éviter à ce pays de retomber dans la guerre civile? Wait and see.
EdA Press

Nous sommes ensemble, mon Frère

Je me trouve pour la première fois au Burundi au moment de fêter la commémoration de son indépendance. Depuis deux semaines, j’étudie et je contemple deux processus : un processus à l’intérieur de l’opposition réunie au sein de l’Alliance des Démocrates pour le Changement (ADC-Ikibiri), l’autre à l’intérieur du parti au pouvoir, le CNDD/FDD. Une opposition digne de ce nom, dont une jeune démocratie comme le Burundi a besoin, ne peut venir, à l’heure actuelle, que de l’ADC-Ikibiri ou de ses membres. Au même moment, la rébellion en gestation pour laquelle il y a de nombreux indices inquiétants, elle aussi ne peut avoir d’autres sources que l’ADC-Ikibiri ou de ses membres. Aujourd’hui, l’épine dorsale de cette rébellion est fournie par le FNL d’Agathon Rwasa, mais aussi des leaders d’autres partis dans la coalition qui semblent impliqués dans une mobilisation armée. Leur objectif est que ces différentes mobilisations se cristalliseront, à court terme, dans une nouvelle rébellion qui dépassera les anciens schémas ethniques.

Pendant ce temps, le processus de décantation à l’intérieur du CNDD/FDD n’a pas encore abouti. Il y a une tension palpable entre le bastion militaire au sein du parti et une aile réformatrice dont beaucoup d’observateurs nationaux et internationaux considèrent le deuxième Vice-président de la République, Gervais Rufyikiri, comme inspirateur et leader. Ces derniers mois, l’Honorable Manassé Nzobonimpa a pris beaucoup de visibilité dans ce groupe. Le grand enjeu dans cette tension est la bonne gouvernance et le démantèlement des réseaux affairistes du bastion militaire. Les deux processus vont évidemment s’influencer. Aujourd’hui, le discours des leaders de l’ADC-Ikibiri tend plus vers la lutte armée que vers une opposition politique non violente, dans laquelle seule une partie du Frodebu autour de Léonce Ngendakumana semble s’investir. Si vraiment une rébellion bien structurée se met en place, nous devons craindre des crispations au sein du régime qui renforceront son noyau dur. Si dans les deux camps l’aile dure prend le devant, la marge pour le dialogue, déjà sous grande pression maintenant, risque d’être anéantie entièrement.

Dans ce contexte incertain, la meilleure nouvelle des derniers mois est la nomination du Frère Emmanuel Ntakarutimana comme président de la Commission Nationale Indépendante pour les Droits de l’Homme (CNIDH). Frère Emmanuel n’a jamais cherché la grande visibilité, mais à la base, il est connu comme un visionnaire, une forte personnalité, une grande capacité d’écoute et une âme profondément pacifique. Le fait que le régime nomme un leader de la société civile avec ce profil à la tête de la commission, épaulé entre autre par Jean-Marie Vianney Kavumbagu et David Nahimana (tous les deux ex-présidents de la Ligue Iteka) nous montre qu’il est trop tôt pour désespérer du Burundi, à douze mois du Cinquantenaire de l’indépendance du pays. Nous verrons à cette occasion si le pays pourra consolider les acquis précieux depuis les Accords d’Arusha, ou s’il tombera dans un nouveau cycle de violence. S’il veut avancer, le pays devra capitaliser sa tradition de dialogue. Un bon indicateur sera l’autonomie et les moyens dont disposera la CNIDH pour bien remplir sa tâche. La Commission et son président auront besoin d’être portés par la population burundaise et par le monde extérieur. En tout cas, ils peuvent compter sur notre appui.

Kris Berwouts,
Directeur
EurAc

 

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