Gérard Ntashamaje : retour d’exil ou exfiltration ?

Gérard Ntashamaje

Depuis quelques temps quelques personnalités qui s’étaient exilées du Rwanda et qui jouaient un rôle apparent dans l’opposition politique au régime de Paul Kagame sont rentrées d’exil. Parmi eux le fameux major Ntashamaje qui est arrivé à Kigali le 2/8/2011. Ces personnes déclarent dès leur arrivée à Kigali qu’elles s’étaient fourvoyées et donc qu’elles demandent pardon au président Kagame pour avoir songé à s’opposer à lui. L’événèment est surmédiatisé par la presse étatique (Radio, Tv, journaux écrits,…) ainsi que la presse privée pro-FPR en mettant l’accent sur la réussite du gouvernement dans tous les domaines dont « la résolution définitive et de façon irréversible du problème des réfugiés. »

Le cas de Gérard Ntashamaje est intéressant à plus d’un titre. Gérard Ntashamaje est le fils d’un ancien ministre et conseiller du président Juvénal Habyarimana, Antoine Ntashamaje. Il avait déserté son poste juteux à la Bralirwa en 1991 pour rejoindre le FPR qui venait d’envahir le Rwanda à partir de l’Ouganda le 01/10 1990. Il rentrera dans Kigali triomphalement en juillet 1994 en servant de guide aux éléments de l’armée régulière ougandaise commandé par Paul Kagame qui prenait ainsi le pouvoir d’Etat au Rwanda. Nommé major, les conquérants mettront sa formation de juriste à profit puisqu’il sera nommé à la tête du service juridique du ministère de la Défense et en même temps juge à la Cour militaire. On le retrouvera en 2001 en Belgique en se déclarant réfugié politique. Comme tel il participera à la création de plusieurs partis d’opposition et à plusieurs coalitions des partis dont certains sont morts-nés. On le retrouvera ainsi dans : Imbaga y’inyabutatu, ADR-Isangano, Igihango, et le dernier en date le RPR dont il était le leader et qui, avec RUD-Urunana, forment une Alliance ayant selon ses déclarations, une branche militaire en RDC.

D’aucuns pourraient voir dans ces retours –surprise le résultat de la campagne de Kigali visant à rapatrier tous les réfugiés et en même temps d’affaiblir l’opposition extérieure dont ceux qui rentrent étaient des ténors. Mais d’autres pourraient y voir les effets visibles « d’une opération d’exfiltration » dans jargon des services de renseignement.

L’on constatera en effet que les « taupes »,  les « agents dormants » et autres « honorables correspondants » en activité actuellement ont pour la plupart certainement été déployés pendant la période où le colonel Patrick Karegeye était le patron des services secrets extérieurs du Rwanda. Il en connaissait donc un certain nombre d’entre eux. Depuis la date où il a fui le Rwanda, ces agents étaient donc ipso facto « brûlés » et devaient dans la logique des services « être neutralisés ». Pour les neutraliser, il n’existe que deux moyens sûrs : les éliminer physiquement ou les « exflitrer ».

Certains retours auxquels nous assistons ne seraient donc que des opérations d’exfiltration des agents « brûlés » consécutivement à la chute du Colonel Karegeya de la tête des services secrets extérieurs. Mais que l’on ne se fasse pas d’illusion. D’autres agents sont systématiquement redéployés au même rythme sinon plus vite à chaque opération d’exfiltration. La vigilance doit donc être de mise.

Emmanuel Neretse

 

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