Actualités des Grands Lacs – Semaine du 3 au 9 septembre 2011

Etienne Tshisekedi en 2000-photo Wikipédia

En RDC, la semaine a été marquée par de nouveaux affrontements politiques violents à Kinshasa, dans la foulée du dépôt officiel de la candidature d’Etienne Tshisekedi et alors que la Voix des Sans Voix dénonce la brutalité policière qui avait marqué la manifestation précédente de l’UDPS. Le siège de ce parti a été cette fois saccagé, un militant a été tué et plusieurs autres blessés, tandis que la radio-télévision de Roger Lumbala, proche de l’UDPS, a été incendiée, ce que l’intéressé dénonce comme un « musellement de l’opposition ». Ces violences, auxquels de jeunes désœuvrés (appelés « pombas ») auraient participé, seraient liées aux actes de vandalisme de militants UDPS contre la permanence du parti présidentiel. L’UDPS et le PPRD veulent tous deux aller en justice, tout en appelant leurs militants au calme.

De son côté, le gouvernement condamne les violences tandis que l’archevêque Monsengwo appelle à la retenue et que les ambassadeurs des Etats-Unis et des Pays-Bas demandent aux leaders politiques de s’engager « dans une campagne politique apaisée » et souhaitent que les évènements violents de cette semaine ne se reproduisent plus. En réaction à ce climat délétère, le gouverneur de Kinshasa a interdit toute manifestation politique jusqu’à la clôture du dépôt des candidatures aux élections, alors que le maire de Mbuji-Mayi a fait de même dans cette ville qui peut être considérée comme un fief du président de l’UDPS.

Dans un but d’apaisement, la CENI, qui vient de recevoir du gouvernement  un nouveau chèque de 20 millions $ pour le processus électoral, annonce l’ouverture d’un forum de concertation avec tous les acteurs politiques pour aplanir les divergences sur la transparence du processus électoral, les partis d’opposition ayant, lors d’une précédente rencontre, quitté la salle de réunion en refusant de signer un code de bonne conduite électorale : en définitive, tous les partis politiques ont signé le code sauf l’UDPS et ses alliés.

Pendant ce temps, Nzanga Mobutu, Vital Kamerhe, qui estime que la présentation d’un candidat unique de l’opposition est toujours possible, de même qu’un avocat inconnu ont déposé formellement leurs candidatures à l’élection présidentielle. Du côté du MLC, on signalera que le secrétaire général du MLC estime qu’il est peu probable que Jean-Pierre Bemba puisse être candidat puisqu’il n’a pas été autorisé par la CPI à se rendre à Kinshasa pour s’inscrire et que le gouvernement congolais refuse d’assurer sa sécurité.

On signalera enfin un rapport de l’ICG sur les résultats de l’enregistrement des électeurs dans les deux Kivu et en Ituri, la société civile et les partis locaux n’ayant pas contesté les résultats du processus d’enregistrement qui n’a toujours pas été audité.

Dans le domaine de la sécurité, l’ancien chef Maï-Maï Zabuloni a empêché l’installation du nouveau commandant de police à Masisi, récemment nommé par la hiérarchie, et l’a contraint à retourner à Goma. Toujours au Nord Kivu, où les autorités ont dénombré environ 800 cas d’assassinats, d’enlèvements, de vols et de pillages entre janvier et juillet 2011, des bandits armés ont attaqué le domicile du ministre provincial des Mines.

Au Nord Katanga, des Maï-Maï Yakutumba et Alléluia ont à nouveau arraisonné un bateau qui se rendait à Kalemie et fait payer 1000 US $. Enfin, à Lubumbashi, un commando armé a attaqué la prison de la Kassapa pour libérer le chef Maï-Maï Gédéon, condamné à mort : à cette occasion, plus de 900 détenus se sont évadés dont 150 ont pu être récupérés.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, deux ONG de défense de journalistes sont préoccupées par les attaques dont deux chaînes de radio-télévision font l’objet.

Par ailleurs, le syndicat des magistrats du Nord Kivu dénonce les propos du bâtonnier qui a fait état de la corruption et de la concussion qui caractérise le fonctionnement de l’appareil judiciaire dans cette province.

Dans le domaine financier, le FMI appelle les autorités à contrôler l’inflation et des dépenses : si des progrès structurels sont réels, il reste encore à « avancer sur les dossiers de la gouvernance et de la transparence dans les industries extractives ».

Dans le domaine économique, la FEC – Nord Kivu menace d’arrêter toute activité économique si les routes ne sont pas réhabilitées par le Fonds d’entretien des routes. Dans le secteur minier, un lot de cassitérite qui devait être acheminé illégalement au Rwanda a été saisi à la frontière. On signalera également qu’une grève a été déclanchée à la MIBA où trois mois d’arriérés n’auraient pas été payés aux travailleurs, tandis qu’une marche de protestation des agents de la Gecamines a eu lieu à Lubumbashi pour protester contre le « bradage » des avoirs de la société au profit du Groupe Malta Forrest.

Au Burundi, le problème de l’insécurité reste présent. Cinq membres du FNL campent devant le siège de la commission nationale des droits de l’homme : ils se disent menacés par des membres de la ligue des jeunes du parti au pouvoir et la police présidentielle. Par ailleurs, des échanges de coups de feu ont eu lieu à Bujumbura entre la police et des hommes armés dont l’un était un ancien garde-corps du président du FNL. La Belgique, comme d’autres acteurs burundais, demande que le président de la République ouvre des négociations avec l’opposition. En attendant, les exécutions extrajudiciaires se poursuivent : selon une ONG des droits de l’homme, il y en aurait eu 125 entre les mois de mai et août.

En Ouganda, une nouvelle grève des enseignants a eu lieu pour réclamer une augmentation de 100 % des salaires.

Au Rwanda, le parquet général a demandé pour la troisième fois un report des audiences dans le procès de l’opposante Victoire Ingabire qui, au deuxième jour de son procès, est accusée d’avoir fomenté la création d’une « armée hostile ». À Paris, un ancien ministre du gouvernement intérimaire de 1994 a été arrêté : son extradition est demandée par Kigali. On signalera enfin que le ministre de la Santé a lancé une campagne (controversée) d’encouragement à la pratique de la vasectomie pour diminuer la pression démographique dans un pays surpeuplé.

Kris Berwouts
EurAC

 

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