Il arrive !

Le président Pau Kagame

Ainsi donc, l’impensable, l’inimaginable, l’incompréhensible, va se produire : en ce dimanche 11 septembre 2011, le plus grand criminel actuellement au pouvoir, le responsable de la mort de millions de personnes, le dictateur Paul Kagame, va fouler le sol du pays qui s’est autoproclamé « patrie des droits de l’Homme », la France !

Les manifestes, les articles, les pétitions qui tous, depuis des semaines, ont clairement exposé les terribles méfaits de cet homme n’ont donc servi à rien. Nicolas Sarkozy est resté inflexible et il ira jusqu’au bout de sa logique kouchnerienne en recevant cet homme qui, depuis 1990, n’a eu de cesse que de s’en prendre à la France, à ses dirigeants passés et présents et à son armée. Les remontrances de députés UMP, le mécontentement du président du Sénat, deuxième personnage de l’Etat (qui s’abstiendra de recevoir le visiteur, contrairement aux usages protocolaires), la grogne des militaires, en particulier celle des anciens de l’Opération Turquoise, l’absence « fortuite » du ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères, Alain Juppé (qui fut lui aussi diffamé par Kagamé), tout cela n’a pas permis à Nicolas Sarkozy de comprendre qu’en recevant Paul Kagame il allait sans doute beaucoup trop loin.

Dans deux de mes précédents articles (« Visite de Kagame en France : faut-il boire le calice jusqu’à la lie ? » du 22 juillet et « Les sept controverses rwandaises » du 1er août) je crois avoir résumé et exposé les différentes raisons pour lesquelles le dictateur rwandais n’aurait jamais dû être invité en France. Je n’y reviendrai donc pas. Je voudrais seulement, aujourd’hui, jour de l’arrivée à Paris de Paul Kagame, exprimer mon profond écœurement ainsi que ma solidarité à l’égard des familles de toutes les victimes de cet hôte encombrant : les membres de l’équipage français de l’avion du président Habyarimana, abattu sur l’ordre de Kagame le 6 avril 1994 ; les gendarmes français René Maier et Alain Didot, Gilda, l’épouse de ce dernier,  assassinés par les hommes de Kagame le 8 avril 1994 à Kigali ; les dizaines de missionnaires et coopérants espagnols, croates et autres tués par les agents de Kagame ; les centaines de milliers de Rwandais massacrés au Rwanda par les soldats de Kagame depuis le 1er octobre 1990 ;  les centaines de milliers de réfugiés rwandais traqués, affamés et éliminés par l’armée de Kagame au Congo en 1996-97 ; les millions de Congolais victimes de massacres, de viols collectifs, de pillages et d’exécutions sommaires depuis que la soldatesque de Kagame est entrée dans leur pays en octobre 1996 ; les milliers d’opposants rwandais qui ont été tués ou emprisonnés depuis la prise de pouvoir de Kagame ; les dizaines de Rwandais qui ont été éliminés à l’étranger par des agents de Kagame. C’est à ces millions de victimes que je penserai durant les 48 heures que durera cette infamante visite.

La visite de Kadhafi en France, en décembre 2007, fut une grave erreur, tout le monde semble aujourd’hui d’accord sur ce point. Je crains fort que la visite du dictateur rwandais ne soit une erreur encore plus grave. Nul doute qu’elle laissera une tâche de déshonneur indélébile dans l’histoire des cinq années du mandat de Nicolas Sarkozy.

Hervé Cheuzeville, 11 septembre 2011

(Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale« , l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance« , Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé« , Editions Persée, 2010)

 

 

 

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