RDC : Consolider la démocratie ou approfondir la confusion?

Joseph Kabila, président de la RDC

Pour ceux qui en doutaient, il y aura bientôt des élections en RDC. Sans qu’on sache par quel miracle la CENI va respecter son propre calendrier, il est clair que la fièvre électorale monte.

Les événements de Kinshasa du 5 et 6 septembre ont attiré l’attention du monde entier. Déjà en juin, on sentait le risque qu’au Katanga, la fièvre pré-électorale pourrait réveiller les démons du passé. Du 7 au 11 septembre, toute manifestation politique était interdite à Mbuji Mayi. Au Sud-Kivu, la vie publique est paralysée par une forte tension au sein de l’armée, pendant qu’ailleurs dans la province l’instabilité continue à croître. Le 13 septembre, la société civile du Nord-Kivu dénonce l’insécurité généralisée.

Le potentiel de violence est très palpable. Le lien avec les élections est clair, mais nulle part, je n’ai l’impression qu’on va vers un scénario où la population serait divisée en deux ou plusieurs camps, chacun rangé derrière un leader qui incarne les aspirations d’une partie de la communauté. Je vois le potentiel plutôt dans le sentiment de ras-le-bol des gens, parce que leurs conditions de vie quotidienne ne se sont pas améliorées depuis les dernières élections. Ceci rend beaucoup de gens vulnérable à l’instrumentalisation.

A l’Est, la situation est encore plus compliquée parce qu’il y a un même manque de progrès durable dans la gestion de l’insécurité. Au début 2011, nous avons suivi les efforts pour arriver à une solution négociée avec les FDLR, l’intégration accélérée et superficielle des groupes armés, etc. Le but était de renverser l’impopularité du Président dans les provinces auxquelles il doit son élection de 2006.  Mais le gouvernement se trouve devant la tâche quasi-impossible de gérer différentes boîtes de Pandore à la fois. Pour avancer dans l’enjeu complexe de l’intégration effective du CNDP (qui reste un Etat dans l’Etat, une armée dans l’armée), il est difficile de ne pas accorder les grades que le CNDP exige depuis deux ans. Mais si les autorités accordent des grades aux CNDP, la pression venant des groupes armés congolais augmentera et ils risquent de développer des attentes irréalistes. Plus on fait des efforts pour répondre aux attentes des différents groupes à l’Est, plus on alimente un sentiment d’exclusion qui existe déjà ailleurs dans l’armée et dans la garde républicaine. Et quand on creuse sous la surface, on voit comment des politiciens nationaux et provinciaux essayent d’instrumentaliser les groupes armés pour mieux se positionner sur la scène politique.

Au Congo, tous les grands dossiers sont liés, et ils se cristallisent aujourd’hui autour des élections. Nous craignons que l’Etat congolais et ses instruments soient trop faibles pour faire face à un effet de désintégration accélérée à cause des élections. C’est pour cela que nous souscrivons à l’appel d’AETA aux acteurs politiques de s’engager pour la tolérance et la non-violence dans le processus, en gardant un espace de dialogue interactif entre eux. Nous y ajoutons nos recommandations à l’UE de s’impliquer plus dans le processus électoral pour garantir que le peuple congolais puisse faire son choix et exprimer sa volonté dans un déroulement réellement libre et transparent.

Kris Berwouts
Directeur

 

 

 

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