Actualités des Grands-Lacs – Semaine du 24 au 30 septembre 2011

En RDC, alors que la campagne électorale n’est pas encore formellement autorisée, la nervosité continue à marquer la vie politique : une nouvelle manifestation de l’UDPS et du PPRD a eu lieu à Kinshasa, manifestation qui a été dispersée par la police. Tandis qu’un candidat évincé de l’élection présidentielle – illégalement selon lui – annonce le développement d’une situation à l’ivoirienne, la majorité présidentielle déclare que l’audit du fichier électoral, qui a été accepté par la CENI et qui contiendrait un certain nombre de fraudes et de doublons, est une perte de temps : elle accuse aussi « une certaine opposition » d’adopter une approche « insurrectionnelle » pour empêcher la tenue des élections. Pendant ce temps, la CENI, qui a reçu un nouveau lot de matériel électoral et qui a annoncé que le gouvernement allait prendre en charge 80 % des dépenses électorales (au lieu de 60), a publié la liste de près de 20.000 candidats à la députation (soit le double du nombre de candidats aux élections de 2006) dont celle d’un chef de milice accusé de viols massifs. Elle a aussi clôturé la réception des réclamations des candidats aux élections législatives.

Par ailleurs, 500 observateurs nationaux ont été formés pour les élections par une ONG à Kinshasa, tandis qu’un forum rassemblant société civile, opposition et majorité s’est tenu à Addis-Abeba pour définir la « bonne conduite » à tenir durent le processus électoral et que le Conseil supérieur de l’audiovisuel et de la communication, qui a mis en place son bureau, a publié une directive pour éviter les dérapages.

Du côté des positionnements politiques, on notera qu’Etienne Tshisekedi a finalement rencontré Jean-Pierre Bemba dans sa prison à La Haye dans le but évident de collecter les voix de ses sympathisants. Il a aussi eu un contact, au cours sa tournée à l’étranger, avec Kengo Wa Dondo qui a déclaré avoir également rencontré J.P. Bemba : Kengo et Tshisekedi ont prôné une « candidature commune de l’opposition », mais sans qu’aucun des deux ne se désiste à ce stade. Enfin, le ministre de la Santé du Maniema, cadre du RCD, a refusé son soutien à la candidature de Mbusa Nyamwisi, l’ancien ministre de la Décentralisation et ancien membre du RCD.

Dans le domaine de la sécurité, alors que le président Kabila a déclaré à la tribune des Nations unies qu’il y a bien « rupture définitive de la spirale de la violence et de l’instabilité » en RDC et a demandé que la MONUSCO investisse désormais dans le développement, cette même MONUSCO évoque une situation préoccupante dans les deux Kivu. Le conseiller militaire du Secrétaire général des N.U. annonce de son côté que la force de maintien de la paix est prête à assurer la sécurité pendant la période électorale. Au Sud Kivu, des affrontements ont eu lieu cette semaine entre les FARDC, les FDLR et la milice Maï-Maï Yakutumba en territoire de Mwenga où cinq personnes ont été égorgées et où un chef de chefferie a appelé le gouvernement à déployer rapidement les militaires récemment formés. Cette même milice Yakutumba a une nouvelle fois détourné un bateau sur le Lac Tanganyika en provenance d’Uvira. Au Nord Kivu, les gardiens du parc Vitshumbi se sont affrontés à des marins FARDC qui pêchaient illégalement dans ce parc. Par ailleurs, des hommes armés non identifiés ont fait irruption dans plusieurs localités du territoire de Masisi où ils ont tué et torturé leurs victimes.

En Province Orientale, les FARDC mènent actuellement des opérations contre la LRA qui sont appuyées par la MONUC : les autorités militaires sont divisées sur l’appui apporté par les soldats ougandais. Au Katanga, huit officiers des FARDC et un de la police nationale sont aux arrêts : ils sont accusés d’être impliqués dans un projet de sécession au Katanga. Par ailleurs, une opération « ville morte » a eu lieu contre l’insécurité dans la ville de Kalemie.

Dans le domaine de la justice et des droits humains, une évasion spectaculaire a de nouveau eu lieu, cette fois à Tshikapa : le ministre de la Justice incrimine les gouverneurs de province dans ce domaine, ce contre quoi s’inscrit en faux le gouverneur du Katanga qui a lui aussi connu une évasion spectaculaire de détenus. De leur côté, les magistrats du Synamag ont décidé de suspendre leur grève : ils conditionnent leur retour au travail au respect des engagements du gouvernement. Dans le domaine de la justice militaire, un sous-officier a été condamné pour trafic illicite de minerais à la frontière rwando-congolaise. On signalera aussi que, dans son discours à l’AG des Nations unies, le ministre belge des Relations extérieures a déclaré que les progrès sont « indéniables » en matière d’état de droit en RDC.

Dans le domaine économique, des représentants du groupe Malta-Forrest ont rencontré les syndicalistes katangais pour tenter de régler le différend entre le groupe et la Gécamines à propos d’une co-entreprise commune. Pour ce qui concerne toujours le Katanga, l’ambassadeur de Grande-Bretagne en RDC a indiqué que le climat des affaires au Katanga n’incite pas les hommes d’affaires britanniques à investir dans cette province.

Au Burundi, le Haut Commissariat au droit de l’homme demande aux autorités de la « retenue » après l’attaque meurtrière survenue dans un bar la semaine passée : les médias refusent le silence imposé par le gouvernement sur cette affaire. Par ailleurs, les magistrats ont décidé de prolonger leur grève jusqu’à la fin du mois.

En Ouganda, le gouvernement a fait appel d’un jugement libérant un ex-commandant de la LRA.

Au Rwanda, le procès de l’opposante Victoire Ingabire fait une pause ; le parquet a demandé un répit pour examiner les arguments de la défense. Par ailleurs, à Paris, la cour d’appel a rejeté la demande d’extradition de la veuve de l’ex-président Habyarimana : celle-ci reste sujette à une enquête pour complicité de génocide et attend la décision d’un tribunal administratif sur sa demande d’obtenir un titre de séjour qui lui a été jusqu’ici refusé. Enfin, la chambre d’appel du TPIR a confirmé la peine de prison d’un officier de l’ex-armée rwandaise inculpé pour génocide et crimes contre l’humanité.

Kris Berwouts
EurAC

 

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