Burundi/Makamba : silence autour des viols incestueux
(Syfia/PMB-30-09-2011) Les viols au sein même des familles sont monnaie courante au Burundi mais les mères préfèrent souvent se taire pour ne pas être contraintes de quitter leur foyer. Ce silence gardé pour préserver l’unité de la famille encourage les violeurs et dessert la justice.
Au début du mois de juillet, un homme d’une quarantaine d’années habitant la province de Makamba a été accusé d’avoir violé une fillette de neuf ans, la fille de sa femme. La mère de la fille, une veuve qui avait quatre enfants avant de se marier avec le présumé violeur, a voulu étouffer l’affaire. « Quand la maman est arrivée à la maison, elle a intimé l’ordre à la victime et à tous ses enfants de ne pas divulguer ce qui était arrivé », témoigne une sage femme des environs. En dépit de sa grande douleur, la mère ne voulait pas que les gens sachent que l’auteur du viol était son propre mari, un scandale qui porterait atteinte à l’honneur de la famille. Un de ses fils a cependant fini par tout dire et l’homme a été emprisonné. « La maman est en train de chercher quelqu’un à qui vendre un petit lopin de terre pour graisser la patte au commissaire qui instruit le dossier », avertit la même sage femme.
Fin juin, dans cette même région, c’est un garçon de douze ans qui a violé sa demi-sœur âgée de quatre ans. Les tristes exemples ne manquent pas : fin 2010, un homme a violé sa propre fille de deux ans et demi tandis qu’à Mabanda, un autre a violé une fille de son frère. Ces viols incestieux sont très fréquents mais très rarement dénoncés. Un agent d’une association impliquée dans la lutte pour les droits des enfants parle de malédiction. Pour lui, « on ne sait pas quels mauvais esprits attaquent les hommes ! »
Représailles sur les femmes
Selon Pétronille Ntahiraja, présidente de l’association Abana Makamba qui s’occupe de l’assistance aux orphelins, le silence qui entoure ces viols au sein des familles fait qu’ils sont impunis et par conséquent se répètent. Pour elle, ces mères se taisent pour ne pas subir des représailles de leur mari, frère ou fils violeurs qui les contraindraient à fuir leur ménage. S’il arrive que des associations s’impliquent pour faire arrêter ces coupables, les mamans s’attèlent à les faire libérer par tous les moyens, notamment en payant des pots-de-vin.
Dans les rares cas où elles finissent par se libérer de ces lourds secrets et à porter plainte, elles doivent quitter le toit conjugal et s’installer loin ailleurs. C’est ainsi qu’un mari de la zone Bukeye dans la commune Kibago qui violait ses filles chaque fois qu’elles atteignaient cinq ans n’a été arrêté que la troisième fois. La mère avait décidé de ne plus se taire et de dénoncer son propre mari. « Quand nous avons poussé la mère à porter l’affaire devant la justice, explique une sage femme, son mari a été arrêté et détenu à la prison centrale de Rumonge dans la province Bururi. Mais malheureusement la justice ne nous a pas aidé » car après deux mois il a été libéré et sa femme a fui vers la province de Rutana. »
Face à de tels viols, un avocat de l’Ong Avocat sans frontières oeuvrant à Makamba reconnaît les limites des poursuites judiciaires. Pour lui, les viols entre enfants d’une même famille par exemple, sont doublement difficiles à réprimer : l’auteur est un enfant, il ne peut donc pas être poursuivi en justice ; la famille lésée ne peut pas ensuite porter plainte. Pour les autres cas, l’avocat explique qu’en l’absence d’une plainte des mères des enfants, si ces viols sont connus par l’entourage le ministère public devrait agir et décourager de tels comportements. Il conseille aux associations qui militent pour le bien être familial de se saisir des cas de ce genre pour faire aboutir les procès.
Achel Bayisenge
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