Rwanda : destruction des plantations pour imposer la monoculture

Champ de maïs-photo Imvaho nshya

Au mois de septembre 2011, plusieurs citoyens rwandais ont contacté le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR), une organisation de défense des droits de l’homme basée en Belgique, pour lui faire part d’une situation très préoccupante : il s’agit de la campagne lancée par les autorités politiques pour détruire les plantations dans le cadre d’imposer la monoculture.

Ainsi le 29/09/2011, à Butare dans la province du Sud, dans l’ancienne commune de Huye, une équipe de plusieurs personnes a débarqué dans la région. Elles ont coupé toute la bananeraie et les arbres fruitiers. Des haricots qui venaient de germer ont été arrachés. La population, qui ne comprend pas la motivation de ces actes de vandalisme, voire de criminalité, est dans le désarroi le plus total. Le CLIIR rapporte que ces milices destructrices reçoivent un per diem substantiel pour leurs forfaits.

Dans le nord du pays, à Ruhengeri, le même scénario a eu lieu le 30/09/2011 dans la région de Nyabihu. La population a été forcée par les autorités politiques locales d’arracher les plants de haricots pour les remplacer par la culture du maïs. Chaque personne, en plus d’arracher ses cultures, a payé une amende de 10.000 francs rwandais. Celui qui n’a pas pu s’acquitter de cette somme a reçu une visite chez lui où ces envoyés du pouvoir ont pris le gros et le petit bétail (vache, chèvre, porc, ou poules) en guise de compensation.

La population considère cette imposition de la culture du maïs comme une façon que le pouvoir a trouvé pour affamer ses citoyens.

Toujours fin septembre 2011, dans la région de Kibuye, province de l’Est, une horde de gens envoyés par les autorités politiques a débarqué dans le secteur Burunga, dans l’ancienne commune de Gitesi. Ils ont coupé tous les plants de bananiers et ont arraché d’autres cultures vivrières.

Dans l’ancienne commune de Karengera, dans la région de Cyangugu, dans les environs de la paroisse catholique de Mwezi, la population a été obligée d’arracher le haricot en voie de floraison. La population concernée se demande de quoi elle va vivre car elle ne pourra rien récolter le moment venu.

Dans la région de Rulindo, province du Nord, la population s’est vue interdire de cultiver la patate douce et le sorgho, les deux principales cultures qui poussaient dans la région. La consigne est de planter le maïs.

Durant la même période, de telles missions destructrices ont sillonné les anciennes communes de Rutare, Buyoga, Kibali, Giti et Rutare. Les champs ont été saccagés et les plantes coupées ou arrachées. La population est terrorisée et invitée à ne cultiver que le maïs.

Depuis bientôt plus 5 ans, la population est victime des politiques improvisées visant à pérenniser les intérêts financiers de l’oligarchie politico-militaire au pouvoir au Rwanda.

Comme le montre toujours le CLIIR, le 26 août 2006, les autorités de l’ancienne province de Gitarama (ville qui dépend du district de Muhanga actuellement), ont fait tenir une réunion publique avec le mot d’ordre de consacrer les travaux communautaires du samedi pour détruire les plantations de bananeraie de la région. Dans une autre réunion tenue dans la même ville de Gitarama (secteur Gahogo) le 10 septembre 2006, l’autorité locale a « sensibilisé » les citoyens à détruire, eux-mêmes, leur bananeraie et de ne laisser que les troncs de bananiers qui portent encore des régimes de bananes. Cette autorité a déclaré qu’il existe d’autres cultures plus rentables comme les fleurs qui vont remplacer la bananeraie.

Après avoir provoqué la pénurie des vivres de première nécessité comme la patate douce, le manioc et le sorgho (le régime rwandais a confisqué les marais et les terres fertiles), le noyau dur des chefs militaires et politiques du FPR (Front Patriotique Rwandais) « a planifié de massacrer la population par la faim », précise le CLIIR. Ils détruisent les plantations de bananeraie qui représentent la dernière source de nourriture et de boissons pour la population et pour le bétail. Face à cette proposition de « suicide forcée », la population désobéit et refuse de détruire son dernier maigre grenier de vivres. Les paysans sont forcés à cultiver des fleurs à la place du bananier, car elles seraient, d’après les autorités, plus rentables que la banane. Exiger que les paysans détruisent leur bananeraie équivaut à les soumettre à la faim qui provoque la mort et la honte, la sous-alimentation sévère et chronique qui détruit et affaiblit le corps, et l’angoisse par ces tracasseries quotidiennes. Signalons que cette contrainte de détruire soi-même sa plantation de bananeraie, c’est-à-dire « se suicider par la faim », est assortie de mesures punitives contre ceux qui refuseraient d’obéir : une amende arbitraire de 50.000 Frw ou un emprisonnement.

Les autorités administratives ont le devoir et la mission d’éduquer et d’orienter la population sur le chemin de son bien-être au lieu de la brutaliser et de la terroriser.

Jane Mugeni
Echos d’Afrique

 

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