Comme pour les pays africains, un programme d’ajustement structurel pour la Grèce

En vue de faire face à la crise financière d’endettement endémique des pays africains, les bailleurs de fonds internationaux ont imaginé, dans les années 80, ce qui est connu sous le nom de « Programme d’Ajustement Structurel » (PAS). Il s’agissait de donner des prêts à ces pays mais assortis des conditions qui avaient pour objet premier de redresser les finances publiques. Des mesures contraignantes d’austérité devaient aider les pays concernés à remettre l’économie sur une voie de croissance. Il fallait fournir de l’argent pour les aider à « s’ajuster ». Ces fonds n’étaient donc accordés que si le gouvernement mettait en place les réformes proposées par les créanciers dont l’adoption d’un programme de stabilisation économique, ainsi que des réformes structurelles en profondeur. Ce qui était demandé aux pays africains hier par les institutions de Bretton Woods, c’est ce qui est demandé à la Grèce aujourd’hui. Lire ci-après une analyse de Hervé Chezeuville à ce sujet.

Gaspard Musabyimana, 09/11/2011

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Vive la Grèce !

Pauvre Grèce ! Quelle accumulation de condescendance, à l’égard de ce pays ! Que d’arrogance, de la part d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy, envers le chef du gouvernement d’un pays ami, que l’on convoque à Cannes comme un proviseur convoquerait un mauvais élève dans son bureau ! Que d’insultes et de contre-vérités, envers cette nation et son peuple, de la part d’une certaine presse, en particulier celle d’outre-Rhin !
Pour ma part, je préfère m’abstenir de hurler avec les loups. Je tends à comprendre le ressentiment et la colère des Grecs vis-à-vis du reste de l’Europe, en particulier celle du nord. Les Hellènes ont conscience de leur Histoire, de leur passé proche et lointain. Ils savent ce que l’Europe (à laquelle ils donnèrent son nom) leur doit. Ils n’ignorent pas que les Germains et les Francs n’étaient encore que des hordes « barbares » lorsque leurs ancêtres construisaient le Parthénon et que leurs philosophes développaient des idées et des concepts qui forgèrent notre civilisation. Surtout, les Grecs trouvent intolérable que ces descendants de barbares viennent leur donner des leçons de démocratie, un système qui fut inventé et mis en pratique pour la première fois par leurs aïeux, il y a plus de 25 siècles. Non, ils n’apprécient vraiment pas l’insupportable condescendance de ces Allemands qui, l’été venu, viennent s’entasser sur leurs plages et qui déferlent sur les sites antiques dont ils sont presque totalement dépourvus.

Les Grecs se souviennent que leurs parents et leurs grands-parents menèrent une lutte héroïque mais ô combien inégale contre la force brutale de cette Allemagne qui avait agressé et envahi leur patrie, sans déclaration de guerre et surtout sans raison aucune. Cette guerre et cette occupation furent destructrices pour la Grèce. Lorsqu’enfin ils furent contraints de quitter le pays, les occupants allemands emportèrent avec eux la réserve d’or grecque. Les Grecs se plaisent d’ailleurs à rappeler qu’après la guerre, la nouvelle Allemagne n’a jamais payé de dommages de guerre à la Grèce dévastée (ni rendu l’or volé).  C’est ce même pays qui, aujourd’hui, trouve que la Grèce lui coûte décidément trop cher. A-t-elle vraiment des leçons à donner, cette Allemagne aux 2000 milliards de dette ? Cette Allemagne où la moyenne annuelle de travail est de 1353 heures, contre 1803 en Grèce (et 1475 en France)?  Il faudrait en finir avec ce mythe des Grecs paresseux ne payant pas d’impôts : les prélèvements obligatoires, hors sécurité sociale, s’élèvent à 20,1% du PIB, contre 20,9% en France et 23,1% en Allemagne (et 19,6% aux États-Unis !) [1]

La Grèce a pourtant beaucoup d’atouts. Elle recèle de sites admirables et d’innombrables merveilles historiques. Son littoral, ses centaines d’îles, ses montagnes, sont d’une beauté incomparable. Son peuple est accueillant et industrieux. Il a donné la preuve, lors des Jeux Olympiques de 2004, qu’il était capable d’accomplir de grandes choses en un temps record.

Les dirigeants grecs devraient être épaulés et soutenus dans leur entreprise de réformes économiques et fiscales ; ils ne devraient pas être humiliés comme cela semble aujourd’hui être le cas. Le peuple grec est un peuple très nationaliste, au patriotisme farouche. Il l’a amplement démontré tout au long de sa longue Histoire : durant l’interminable lutte contre les Ottomans, dont ils subirent le joug des siècles durant, mais aussi lors de la résistance aux envahisseurs fascistes et nazis. Ils surent aussi se débarrasser de la dictature des colonels, que leur « allié » d’outre-Atlantique avait cru bon de leur imposer, sous prétexte de guerre froide. Aujourd’hui, c’est à un terrible programme de rigueur et d’austérité que le peuple grec doit faire face avec courage, désespoir et rage. Un programme que ni les Français, ni les Irlandais et encore moins les Allemands ne pourraient supporter. Il convient donc de soutenir les Grecs et non de les enfoncer. Or, la grande finance internationale et ses agences de notation sont précisément en train d’enfoncer la Grèce, en spéculant contre elle. La Grèce a besoin de compréhension, de soutien et surtout de beaucoup d’investissements de la part des autres pays de la zone Euro. L’humilier et la vassaliser ne peut être que contre-productif car cela renforcera la rage d’une population qui n’en peut plus et qui risque de sombrer dans un anti-européanisme dévastateur, tant pour la Grèce que pour le reste du continent.

N’oublions surtout pas que ce que les Grecs subissent aujourd’hui, les autres pays d’Europe méditerranéenne, y compris la France, pourraient bientôt avoir à le subir. Les agences de notation de la grande finance internationale qui s’acharnent contre la Grèce menacent aussi la France. Qui les a élues, ces agences, pour imposer un tel diktat à des nations souveraines ? Qui leur a donné mandat pour donner ou enlever des « triple A » à tel ou tel pays ? De quel droit les gouvernements devraient-ils ajuster leurs politiques aux notes que ces agences octroient ? Qui a inventé l’odieux qualificatif de PIGS[2] (Portugal, Italy, Greece, Spain) pour désigner l’Europe méridionale ? Nul doute que, pour la grande finance, le « F » de France manque à ce sigle méprisant et insultant. Il me semble qu’il vaut mieux être aux côtés du peuple grec qui subit aujourd’hui ce que l’on ne tardera pas à essayer de nous imposer…

Aujourd’hui, de tout cœur, je me sens Grec.

Hervé Cheuzeville, 8 novembre 2011

(Auteur de trois livres: « Kadogo, Enfants des guerres d’Afrique centrale« , l’Harmattan, 2003; « Chroniques africaines de guerres et d’espérance« , Editions Persée, 2006; « Chroniques d’un ailleurs pas si lointain – Réflexions d’un humanitaire engagé« , Editions Persée, 2010).


[1] Source OCDE (pour tous les chiffres et pourcentages cités dans ce paragraphe)
[2] « cochons », en anglais !

 

 

 

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