Élections en RDC : Tshisekedi mène un combat perdu d’avance

12 décembre 2011 22 h 28 min 0 commentaires

Museveni, Kagame, Kabila et Bush/photo Le Soft

C’est de notoriété publique que les élections présidentielles en RDC ont été caractérisées par des fraudes massives et autres irrégularités planifiées de longue date pour favoriser la victoire du président sortant, Joseph Kabila. Au terme de son mandat de 5 ans, il vient d’être proclamé vainqueur avec 48,95 % de suffrages contre  32,33 % à Etienne Tshisekedi. Le Centre Carter, une des ONG à avoir envoyé des observateurs sur place, a mis en doute la crédibilité du scrutin présidentiel. Monseigneur Laurent  Monsengwo, Evêque de Kinshasa, est d’avis que Tshisekedi a eu plus de voix que Kabila. Malgré cette contestation, aucune des organisations présentes sur terrain n’a franchi le pas pour demander l’annulation de ces élections, de peur probablement d’aller contre la logique dominante dans la région des Grands Lacs, celle du statut quo voulu par les puissants de ce monde pour leurs intérêts géostratégiques.

Le malléable Kabila est préférable à l’irréductible Tshisekedi

Une rétrospective montre que les chances d’Etienne Tshisekedi pour se hisser à la tête de la RDC sont très minces. Dans la décennie 90, quand les puissances mondiales ont décidé de remodeler la région des Grands Lacs, elles sont passées par Yoweri Kaguta Museveni de l’Ouganda qui a lâché une partie de son armée, constituée notamment d’officiers rwandophones, pour conquérir le Rwanda. Kagame s’empara de Kigali en 1994, après l’assassinat du président Juvénal Habyarimana. Les conséquences de cette guerre sont loin de s’estomper. Le tandem Kagame-Museveni prolongea leur guerre en RDC en 1996. Laurent-Désiré Kabila, sorti du maquis des monts Ruwenzori, prit le pouvoir à Kinshasa. Sitôt chef de l’Etat congolais, il devint vite intraitable. Ancien marxiste, il afficha son nationalisme d’antan et voulut se débarrasser de ses maîtres rwandais et ougandais. Il fut assassiné. Son jeune « fils », Joseph Kabila, fut propulsé à la tête de la RDC. Sorti de nulle part, sans aucune expérience politique, il fut pourtant tout de suite reçu dans bon nombre de capitales occidentales comme nouveau président de la RDC. Contre toute attente, personne ne broncha. Ce fut peut-être l’occasion manquée, pour Etienne Tshisekedi, de dénoncer ce bradage de la souveraineté congolaise comme si ce pays n’avait pas de fils et ni de filles dignes pouvant conduire les affaires publiques de la RDC. Il est vrai que le risque était grand car Kagame et Museveni veillaient et avaient leurs hommes armés qui faisaient alors la loi à Kinshasa. Dans la suite, Kagame et Museveni contrôlèrent l’Est de ce grand pays, pillèrent les ressources minières de cette riche région sous la direction des généraux James Kabarebe et  son homologue ougandais James Kazini et permirent également aux sociétés internationales d’exploiter les gisements d’or et de diament à leur guise. Joseph Kabila s’inscrivit dans cette logique jusqu’aujourd’hui. Si Tshisekedi est président de la RDC, il risque de mettre en question cette situation. Cela n’arrange évidemment pas ces vautours et va à l’encontre des intérêts géostratégiques des grandes puissances.

Eviter d’ouvrir la boîte de Pandore

La conquête de la RDC entre 1996 et 1998 s’est accompagnée de massacres des populations civiles jamais égalés dans l’histoire récente du monde. Certaines ONG parlent de plus de 5 millions de morts sous les bombes des armées ougandaises et rwandaises, mais également victimes de la faim et des maladies. Joseph Kabila était là, et les rares fois où il a évoqué cet épisode, il a épinglé l’armée rwandaise dans cette purge qui avait dans le collimateur des réfugiés hutu, mais également des Congolais considérés comme hutu,… Ces crimes restent impunis et le rapport Mapping publié par le haut commissariat des droits de l’homme de l’ONU, et qui parle d’actes possibles de génocide, a été enterré. Le trio Kaguta-Kagame-Kabila et leurs hommes ont des responsabilités énormes dans la mise à mort de ces millions de gens. Casser ce réseau criminel serait fatal. Permettre à Etienne Tshisekedi d’être à la tête de la RDC serait dangereux car il risque de rouvrir ce dossier qui sent mal pour les 3 présidents et leurs sponsors. Par ailleurs, Joseph Kabila, sans immunité inhérente au pouvoir, fragilisé, serait à la merci de n’importe quelle justice.

Tricher dans des élections, c’est devenu normal dans la région des Grands Lacs

En Ouganda, Yoweri Museveni est au pouvoir depuis 25 ans. Il a changé la Constitution du pays pour pouvoir se représenter aux dernières élections présidentielles. Son principal opposant, Dr Kizza Besigye, a été malmené, frappé et emprisonné. La communauté internationale n’a que timidement condamné ces agissements. Le général Paul Kagame est l’homme fort du Rwanda depuis 1994. Il règne sur ce pays sans partage. Seule sa volonté compte. Il est à son second mandat de 7 ans. En 2003 comme en 2010, il a été chaque fois élu avec des scores staliniens de plus de 90% suite aux bourrages des urnes. Les leaders des véritables partis d’opposition sont tous en prison : Maître Bernard Ntaganda a été condamné à de lourdes peines, Déo Musahyidi a écopé de la perpétuité, Victoire Ingabire bataille fort avec ses avocats mais l’issue du procès ne peut être qu’une condamnation à plusieurs années de prison. Dr Théoneste Niyitegeka, qui était le challenger du général Paul Kagame dans les élections présidentielles de 2003, a été mis en taule pour plus de 15 ans. La formule est rôdée : quiconque manifeste une voix discordante avec les vues du régime rwandais est arrêté, mis en prison et des témoins sont fabriqués pour l’accuser d’atteinte à la sécurité du pays,…

Dans cette logique, il ne peut y avoir d’exception à ce qui a été permis à Museveni et à Kagame par la communauté internationale. Quelles que soient les conditions dans lesquelles les élections congolaises se sont déroulées, Joseph Kabila ne peut être lâché. N’a-t-il pas lui aussi changé la Constitution avant les élections présidentielles pour faire un scrutin à un tour ?

La solution : donner la parole au peuple

Devant ce sort non enviable d’Etienne Tshisekedi, la solution serait de mobiliser le peuple qui pourrait se lever et dire non à cette politique infantilisant les Congolais. Mais ce scénario ne serait que catastrophique. Kabila a les forces de sécurité de son côté, les armées rwandaises et ougandaises sont aux aguets pour mâter toute velléité de rébellion. Dans ces conditions, l’instauration d’une vraie démocratie en RD Congo demande beaucoup de sacrifices. A la population congolaise de relever le défi là où les citoyens ougandais et rwandais n’ont rien pu faire car quadrillés, de façon étouffante, par des tontons macoutes des présidents Kaguta et Kagame.

Zédoc Bigega
12/12/2011

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