Actualité des Grands Lacs – Semaine du 17 au 23 décembre 2011

RD Congo/http://unionducongo.blogspot.com

En RDC, la situation reste toujours tendue sur le plan politique. La Cour suprême de justice (CSJ) a entériné, dans la discrétion et à la virgule près, les résultats de l’élection présidentielle : le seul recours déposé, celui de l’opposant V. Kamerhe, a été jugé recevable mais non-fondé faute de preuves. Le président sortant a donc presté son serment au cours d’une cérémonie à laquelle un seul de ses homologues a participé, le très contesté président zimbabwéen : il a critiqué les « promesses chimériques sur fond de discours incendiaires » de certains opposants. Du côté de l’UDPS, qui rejette comme un non-évènement la proclamation de la CSJ, une marche pacifique a été annoncée pour le début de la semaine, mais n’a pas eu lieu : l’opposant Olenga Nkoy a quant à lui lancé la création d’un conseil national de la résistance ». Par la suite, Etienne Tshisekedi, qui se proclame chef de l’Etat, a déclaré vouloir prêter serment au stade des Martyrs le 23 décembre, une manifestation qui a été interdite par les autorités municipales selon le ministre de l’Information. Le chef de l’UDPS a mis à prix la tête de Joseph Kabila et refusé de négocier quoique ce soi, contrairement à Vital Kamerhe, la majorité présidentielle se déclarant quant à elle « ouverte à toutes les forces politiques qui se joindraient à elle ». La « prestation de serment » n’a finalement pas eu lieu, la police déployée en force ayant dispersé et arrêté quelques dizaines de manifestants rassemblés près de son domicile et au stade où il devait prêter serment, tandis que le calme régnait dans la ville.

En ce qui concerne les élections législatives, la CENI a annoncé qu’elle cessait la compilation des résultats du fait de nombreuses accusations de fraude dans le chef d’agents locaux de la CENI en Equateur, au Kivu, au Katanga, à Kisangani et en Ituri : elle attend l’annonce de « renforts extérieurs »  (MONUSCO, Grande-Bretagne et Etats-Unis) pour reprendre le travail et n’annoncera que des résultats qui ne sont pas contestés. Sur fonds de contestations et incidents au Kasaï Oriental, elle a toutefois publié les résultats provisoires de près de 30 territoires (qui laissent entrevoir un très important turn-over de députés lequel n’est pas seulement lié à l’entrée en scène de l’UDPS lequel ne participait pas aux élections de 2006[i] – NDA). Par ailleurs, on assiste aussi à des « batailles rangées » entre militants de partis liés à la majorité présidentielle dans les territoires de Lusambo (Kasaï Oriental) et de Gungu (Bandundu), ainsi qu’à des contestations sur base communautaire entre députés du Kwango.

Pendant ce temps, un calme relatif règne en RDC où les dérives en matière de droits humains et les arrestations restent nombreuses, surtout dans une capitale quadrillée par les forces de sécurité et où le climat des affaires est morose. À Kinshasa, un sit-in a été organisé par des femmes de l’opposition qui se plaignent de violences à leur encontre, tandis qu’à Bukavu, une manifestation des partis d’opposition (UNC, UDPS et MLC) a été dispersée et a donné lieu à des arrestations : le ministère public accuse les prévenus de « participation à une rébellion ». Par contre, à Goma, le tribunal de grande instance a acquitté cinq militants de l’opposition (UDPS et UNC) poursuivis dans le cadre d’une manifestation non-autorisée pour « atteinte à la sûreté de l’Etat », tandis qu’à Mbuji-Mayi, 56 manifestants ont été libérés de prison. Par ailleurs, les ONG des droits de l’homme dénoncent de leur côté de graves dérapages. Ainsi, le RENADHOC déplore les actes d’une rare violence contre des biens et des hommes politiques qui se sont produits au Kasaï Occidental au moment des élections. De son côté, Amnesty International met en évidence les arrestations politiques post-électorales (journalistes, avocats, opposants) par les forces de sécurité, tandis qu’un document révélé par un journal belge indique que l’ANR se serait beaucoup « investie » dans la réélection du président sortant. L’ONG internationale Human Rights Watch dénonce quant à elle la mort de 24 personnes et les arrestations de dizaines d’autres depuis l’annonce de la victoire du président sortant. La justice congolaise a promis d’enquêter sur la teneur de ces différents rapports. On signalera enfin que deux chaînes de radio-TV proches de l’opposition sont toujours réduites au silence.

Le résultat de l’élection présidentielle continue à provoquer des remous à l’extérieur. Non seulement, les manifestations parfois violentes continuent à se produire en Belgique où elles sont désormais interdites dans deux communes bruxelloises, mais les diplomaties font valoir leur insatisfaction (alors même que les missions d’observation n’ont pas encore remis leurs conclusions définitives et qu’elles ne se sont guère inquiétées auparavant du défi politique et logistique énorme que représentaient ces élections – NDA). Le ministre belge des Affaires Etrangères a déclaré regretter les « irrégularités » et l’examen insuffisamment approfondi des résultats par la CSJ (qui n’est pas une Cour constitutionnelle habilitée à agir à cet effet NDA)  : il a décidé de renoncer à assister à la prestation de serment du président à laquelle assistera l’ambassadeur belge à Kinshasa et a postposé son voyage jusqu’à l’installation de l’Assemblée nationale congolaise. La France a elle aussi déploré les « irrégularités » et n’a délégué aussi que son ambassadeur à la prestation de serment. L’Union européenne menace quant à elle de « réévaluer son soutien » à la RDC s’il n’y a pas de progrès dans le dépouillement des législatives, tandis que les Etats-Unis eux aussi se déclarent « déçus » de la validation des résultats par la CSJ malgré les nombreuses irrégularités.

L’insécurité qui se poursuit dans l’est du pays continue à ne pas être liée à la tenue des élections. Au Nord Kivu, une attaque des FDLR a fait sept morts en territoire de Walikale où des milliers d’habitants ont fui des affrontements entre une nouvelle milice locale et les combattants FDLR. Au Sud Kivu, ces combattants ont enlevé plusieurs villageois et pillés leurs biens en territoire de Kabare : ils ont aussi sévi dans plusieurs autres localités à la limite des territoires de Mwenga et de Walungu. En Province Orientale, des hommes armés pillent des commerçants sur la route de Dungu à Faradje, tandis que cinq femmes ont été prises en otage et violées par la milice FPJC au sud-ouest de Bunia. Au Katanga, un nouveau mouvement indépendantiste a distribué des tracts à Lubumbashi et est peut-être à l’origine de diverses attaques qui se sont produites dans cette province avant les élections. Signalons enfin qu’à Kinshasa, une trentaine de militaires en uniforme ont enlevé deux personnes et pillé leurs biens dans la commune de Bandalungwa.

Dans le domaine de la justice, en plus des procès relatifs aux élections, on signalera que la Banque centrale et un ami du président de la République, ex-ministre congolais, doivent comparaître devant un tribunal de Bruxelles pour détournement et blanchiment d’argent.

Au Burundi, la représentante spéciale du Secrétaire général des N.U.  déplore les 57 cas d’exécutions extra-judiciaires commises dans le pays.

Au Rwanda, la CPI ne confirme pas les charges contre le chef des FDLR, Callixte Mbarushimana, qui demande de revenir en France où il résidait, et rejette la demande du procureur de suspendre l’ordonnance de sa remise en liberté. Par ailleurs, le TPIR a condamné deux hauts anciens dignitaires du parti MRND à la prison à vie.

Kris Berwouts
Eurac, 23/12/2001

 



[i] Selon nos calculs, dix anciens députés ont été réélus sur les cinquante répertoriés par la CENI jusqu’ici.

 

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