La Côte d’Ivoire a un nouveau Premier ministre:est-ce la fin du cauchemar?
Quel gouvernement pour renforcer la réconciliation ?
14 mars 2012/lepays.bf
C’est fait. L’architecture institutionnelle de la Côte d’Ivoire est désormais achevée, avec la nomination du nouveau Premier ministre, Jeannot Ahoussou Kouadio. Elle intervient seulement un jour après l’installation des députés à Yamoussoukro, dans un climat d’unité. L’esprit qui a prévalu au cours de l’élection du nouveau président du parlement préfigure-t-il une nouvelle ère en Côte d’Ivoire ? En tout cas, le mot d’ordre au sein de l’hémicycle était « rassemblement ». Ce qui a valu au président et à la vice-présidente du parlement d’être élus sans coup férir.
Mais ce beau tableau est quelque peu assombri par l’absence, sur les bancs du parlement, des élus du premier parti de l’opposition, le FPI (Front populaire ivoirien). Ce n’est pas faute d’avoir associé le parti de Laurent Gbagbo à la course pour la législature. Il y a opposé un niet catégorique. Le voilà donc hors de l’institution républicaine par excellence où se débat et se décide la vie de la nation. Au moment où il reste à mettre en place le nouveau gouvernement, le Premier ministre étant désormais connu, on ne peut que se demander si le FPI continuera d’appliquer la politique de la chaise vide.
Dans le premier gouvernement post-crise, on se souvient qu’il avait là aussi décliné l’offre d’occuper des strapontins ministériels, toujours au nom de raisons fallacieuses. Si encore, le parti justifiait son refus d’entrer au gouvernement par sa volonté de jouer strictement son rôle de contre-pouvoir, on l’aurait compris. Mais ce n’est pas le cas. Le FPI n’a jamais digéré la perte du pouvoir et le transfèrement de son leader à la Cour pénale internationale. Son attitude de défiance perpétuelle n’est donc rien moins qu’une volonté de saboter le processus démocratique en cours en Côte d’Ivoire. A ce petit jeu du boycott des institutions de l’ère Ouattara, le FPI pourrait sortir grand perdant. Absent du parlement et peut-être bientôt du gouvernement, il se met en marge des centres de décision où il peut contribuer à faire avancer les choses. Les réformes politiques et institutionnelles qui seront prises, le seront en son absence. Mais le plus grave danger qui menace le FPI, c’est son implosion. Le ton des dissensions avait été donné par Mamadou Koulibaly.
La saignée pourrait se transformer en hémorragie, avec un parti écartelé entre les faucons et les modérés. Les élections législatives ont permis d’entrevoir ce risque d’éclatement. Des militants du FPI ont passé outre la consigne de leur parti pour se présenter en indépendants. Pour le nouveau gouvernement en gestation, on pourrait aussi assister à la même désolidarisation vis-à-vis du parti, si celui-ci continuait de se mettre hors de la République. Emmêlé dans ses propres contradictions, l’ex-parti au pouvoir regarde passer le train de la réconciliation et de la reconstruction de la Côte d’Ivoire. Il a choisi de rester à quai. Mais comme toujours, le train ne l’attendra pas. La vitesse de croisière est quasiment atteinte avec l’installation du parlement. Si la Côte d’Ivoire doit se reconstruire sans le FPI, elle le sera.
Mais l’histoire retiendra la forfaiture de ce parti. Après avoir servi d’allumette pour incendier la Côte d’Ivoire, il refuse non seulement de faire son mea-culpa, mais en plus il continue de défier et de narguer le peuple meurtri. Triste destin pour un parti socialiste qui s’est englué dans des théories extrémistes.
Mahorou KANAZOE
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