Togo : Quelle Afrique pour le centenaire ?

8 mai 2012 23 h 33 min 2 commentaires
Les rideaux sont tombés depuis plus d’un an sur les podiums des pays africains ayant célébré le cinquantenaire de l’indépendance.L’histoire rappelle, contrairement à certains pays où l’indépendance a été octroyée sans attaque et sans riposte, que d’autres l’ont conquise au prix de mille sacrifices.Le désir passionné de liberté et d’indépendance ainsi que le désir de paix parmi les hommes, sont des idéaux qui ont inspiré l’homme au cours des âges.

Les premiers chefs d’Etat qui avaient lutté pour sortir leurs pays du joug colonial, avaient des objectifs précis, même s’il leur arrivait parfois, de voir une situation complètement à l’envers.

Les dirigeants africains s’intéressaient relativement peu aux aspects militaires de l’indépendance. Ils se préoccupaient surtout d’assurer les bases de leur pouvoir interne et de mettre en route des programmes de développement économique.

Malheureusement le continent allait rentrer avec des fortunes diverses, dans un processus de longue durée caractérisé par des coups d’Etat militaires.

La célébration du cinquantenaire pose un problème de conscience. La question pertinente et légitime qui doit interpeller tout africain est relative à la date de célébration de l’événement.

On peut se demander si une telle manifestation est possible dans la mesure où les dates d’indépendance de certains pays ont été mises sous scellés au profit des dates de prise de pouvoir par les armes. La gymnastique arithmétique, entre la date d’indépendance et celle de prise de pouvoir par la force, pour fixer la date du cinquantenaire, constituerait un grand défi pour tout esprit éveillé.

L’exercice exciterait la curiosité des uns et des autres pour la simple raison que les dates d’indépendance ont eu droit à un enterrement. Des historiens d’occasion appuyés par des consciences stipendiées, se sont mis à l’œuvre par des exercices d’affabulation.

Les générations présentes, celles qui ont moins de cinquante ans en 2010 connaissent peu ou pas du tout les événements que rappellent les dates

d’indépendance. Biffer cette partie du curriculum vitea des pays concernés, constitue un crime de lèse majesté historique au premier chef.

En effet, les hommes sont soit des acteurs volontaires ou involontaires, soit des témoins directs ou indirects de l’histoire. L’histoire ne s’écrit pas. Elle s’impose comme étant un ensemble de faits vécus dont les spécialistes ont l’obligation morale d’en rendre compte aux générations présentes et futures en procédant à une analyse honnête et objective.

Les faits étant têtus, le vent de la démocratisation qui a soufflé sur le continent dans les années 90 a remis les pendules à l’heure. C’est ainsi que les dates des indépendances ont fait leur résurrection.

I- LES DIRIGEANTS AFRICAINS DANS L’AMBIANCE DU CINQUANTENAIRE.

Pendant quarante neuf ans, les anniversaires soit d’indépendance soit de prises de pouvoir par les armes étaient célébrés par des défilés militaires et civils ainsi que par d’autres activités accessoires. Le cinquantenaire n’a pas dérogé à la routine. D’énormes sommes d’argent avec d’importantes pertes de temps ont été utilisées dans des manifestations qui n’ont rien apporté au continent.

Les dirigeants africains rivalisaient de défilés militaires et civils. Dans certains pays, ce sont des mouvements d’ensemble importés soit de Chine soit de Corée qui ont agrémenté les manifestations au détriment de la valorisation des diverses richesses culturelles.

Les chefs d’Etat des pays francophones ont eu l’honneur de se retrouver autour de leur maître pour célébrer le 14 juillet. Bon nombre de consciences éveillées avaient trouvé insolite ce rendez-vous de la France-Afrique. Il est intéressant de rappeler que les relations franco-africaines relèvent moins des rapports internationaux d’Etat à Etat que d’un mélange malsain de relations officielles et d’intérêts privés, de liens personnels et de réseaux parallèles, tout étroitement liés. C’est ainsi que par le jeu des mots, une politique du verbe garantit l’indépendance, pendant qu’un faisceau d’accords de coopération mis en œuvre par des réseaux de toute nature et des structures de dépendances construites et entretenues, assurent la présence culturelle, politique, économique et financière de la France.

Cette situation renforce davantage l’opposition historique entre le bloc francophone et le bloc anglophone, ce qui ne favorise aucunement les efforts de construction de l’unité africaine. C’est pour cette raison qu’il n’est pas superflu de dire qu’il faut décoloniser la mentalité des élites africaines qui croient dur comme fer, que toute possibilité d’évolution ne saurait se faire sans la France. Il appartient donc à ces élites de se débarrasser de certains comportements caricaturaux pour pouvoir s’imposer et obtenir de la France le respect pour les peuples africains.

II- QUEL DOIT ETRE LE SENS DU CINQUANTENAIRE ?

Au lendemain des indépendances, les cadres africains étaient en nombre réduit. Mais en cinquante ans, avec une population galopante dont la moitié est constituée de jeunes, le continent peut être fier d’avoir formé beaucoup de compétences.

L’Afrique, berceau de l’humanité très riche en ressources humaines et en ressources naturelles, est malheureusement devenue un continent « malade de ses dirigeants ».

L’Afrique est confrontée à des rivalités, à des intrigues de tout genre, à des formes d’esclavage et de colonisation.

L’Afrique vit au rythme des conférences. L’Organisation de l’Unité Africaines (OUA) d’abord et l’Union Africaine (UA) ensuite s’illustrent dans des conférences qui auraient dû apporter beaucoup d’espoir et beaucoup de solidarité aux peuples africains.

Pour le cinquantenaire d’indépendance, l’UA avait l’obligation d’organiser une conférence d’inventaire qui devrait permettre aux dirigeants, d’établir, par rapport aux conclusions et aux décisions des conférences antérieures, la ligne de conduite qui assurera la paix et la prospérité à tous les peuples africains.

Les défis auxquels est confronté le continent sont énormes. C’est la raison pour laquelle, la bonne stratégie commande la nécessité d’une réunion aux fins de discuter et de trouver des solutions aux problèmes posés. Il appartient à cet effet, aux dirigeants africains d’épauler leur tâche sans aucune ambition personnelle, mais seulement dans l’intérêt du plus grand bien au plus grand nombre. Il reste entendu qu’il faut formuler des principes de conduite réalistes, rationnels, et apporter une contribution effective à l’éradication progressive des maux qui assaillent les peuples.

Malheureusement les dirigeants africains n’ont pas fait preuve d’imagination. Beaucoup d’argent a été investi dans des divertissements qui n’ont rien apporté aux populations assujetties à la misère alors qu’ils avaient tout ce qu’il faut pour solliciter les différentes compétences aux fins d’interroger le passé.

III- AFRIQUE ET DEMOCRATIE

La démocratie est une affaire des démocrates

Depuis longtemps, le mot démocratie circule comme monnaie dévaluée sur la place du marché politique. Ce vocable éveille des résonances dans l’esprit des peuples et jaillit de leurs lèvres quand ils luttent pour la liberté ou pour l’amélioration de leur condition de vie.

Beaucoup d’intellectuels ont souvent essayé d’évaluer le meilleur système de gouvernement. Tout le monde est d’accord pour dire qu’il n’y a pas encore de système parfait. Ce qui apparait clairement est que la démocratie est le système qui fonctionne mieux dans le long terme, comme on l’a souvent vu, quand des systèmes moins performants, ont montré leurs limites et parfois même, leur incapacité à apporter la prospérité à tous les citoyens ou à répondre aux aspirations de la majorité.

Qu’est-ce que la démocratie peut offrir aux Africains ? Disons qu’elle peut, mieux que les dictatures, offrir de meilleures chances pour la paix et la prospérité.

En général, les démocraties sont mieux disposées à éviter le désastre économique en permettant aux populations de vivre mieux et de choisir des gouvernements plus performants.

Si la démocratie est efficace, pourquoi existe-t-elle peu en Afrique ? La raison semble simple et de nature politique, car ce qui est bon pour les gouvernés, n’est pas forcément bon pour les gouvernants.

Les autocrates de la vieille école embrassent souvent l’idée peu judicieuse, que la démocratie est un luxe des pays riches, que les pauvres sont mieux gouvernés par une main de fer. Malheureusement, de tels politiciens oublient que la démocratie est une valeur universelle à laquelle chaque personne a un droit inaliénable.

Le lancement d’un processus démocratique passe nécessairement par des élections qui constituent le mode par excellence d’accession au pouvoir et de désignation des représentants du peuple. Sur le continent, l’organisation de ces élections est souvent source de violence, et parfois même, une cause de guerre, parce que les institutions intervenant dans le processus électoral, ne jouent pas leur rôle de façon responsable et efficiente car elles sont très souvent aux ordres des candidats sortants qui mettent tout en œuvre y compris tous les moyens de l’Etat (fonctionnaires, véhicules, deniers publics etc) pour truquer les élections et les résultats avec la complicité des réseaux étrangers. Deux catégories de dirigeants, trafiquants d’élections, émergent de cette situation dramatique pour la santé politique du continent à savoir :

• les dictateurs en démocratie de fantaisie qui sont des indigents de la pensée universelle,

• les sprinters de longue course, qui sont des athlètes de l’immortalité politique éphémère.

Mal élus, ils se considèrent comme des souverains providentiels qui n’ont de compte à rendre à personne. Durs à la détente, ils n’acceptent jamais les critiques, fussent- elles constructives.

Ces trafiquants, considèrent le fait de gagner les élections par tous les moyens comme une fin en soi, et non comme un moyen de mettre en application, des programmes visant la stabilité politique et le développement économique. Ce sont des dangers qui constituent des obstacles sérieux à l’émancipation de l’Afrique dans toutes ses dimensions intellectuelle, morale, politique, économique, sociale et environnementale.

IV- AFRIQUE ET DEVELOPPEMENT

Dans plusieurs pays africains, les populations ont de plus en plus faim, de plus en plus peur, et moins de chance d’atteindre une vieillesse saine.

Il y a l’idée générale selon laquelle l’Afrique ne se développe pas encore comme on l’aurait souhaité.

Des spécialistes et des partenaires en développement, débarquent sur le continent, avec des jeux de mots et des sigles, que la plupart des dirigeants, assistés par des élites à l’intelligence peu éveillée consomment régulièrement dans leur langage quotidien.

C’est ainsi que les PAS, PASR, Développement entretenu et autocentré, PPTE, DSRP, partenariat gagnant-gagnant, OMD, développement durable, démocratie apaisée, renforcement des capacités ont plutôt enrichi les prédateurs africains et leurs réseaux au détriment des populations entières en situation permanente de précarité.

La corruption, un mal contemporain, s’est enracinée pendant la période de la guerre froide, époque où la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption étaient absents des discours politiques. Du coup, elle a colonisé les habitudes des dirigeants et des cadres africains. Les institutions financières internationales qui exigent aujourd’hui la lutte contre ce fléau, l’avaient pendant longtemps négligé dans leurs programmes.

La corruption est ce qui est le plus développé sur le continent. Elle est devenue un cancer et a pris des formes diverses. Il y a :

• la corruption alimentaire,

• la corruption d’efficacité,

• la corruption industrielle,

• la corruption pré et post électorale.

Pourtant en 2005, trente cinq (35) pays avaient signé la Convention de l’Union Africaine sur la prévention et la lutte contre la corruption et les infractions assimilées.

Dans ce désordre, il y a eu, entre temps quelques initiatives de développement  » Made in Africa » qui s’y sont intercalées sans rien apporter.

Il s’agit notamment du Plan d’Action de Lagos adopté en 1980 et du New Patnership for Africa’s Development (NEPAD) avec son ombre portée, le Mécanisme Africain d’Evaluation par les Pairs (MAEP).

Où en sommes-nous par rapport à ces chantiers ? Au point de départ, puisque la communauté internationale n’a pas encore donné le signal.

Si les pays développés et ceux rangés sous l’appellation contrôlée de pays émergents sont à leurs étapes de développement respectives, c’est grâce à un certain nombre d’exigences notamment :

• la recherche du travail bien fait,

• la nécessité de compter sur ses propres forces,

• le respect de la dignité,

• le sens de la discipline,

• la culture du résultat et de la performance.

Indépendamment de ce qui précède, il convient de souligner que la situation de crise que vit l’Afrique et l’impasse dans laquelle elle se trouve, en termes de développement et d’intégration dans l’économie mondiale, se trouvent aggravées par des malheurs tels que la misère, la pauvreté, la corruption, les guerres, les violences pré et post électorales, les épidémies, l’insécurité alimentaire et les catastrophes naturelles.

En plus de cette situation, il faut malheureusement prendre en compte avec le sérieux que cela requiert, un cancer de type nouveau, qui commence à prendre de l’ampleur et à compliquer le vécu des Africains. Il s’agit bien des conséquences liées aux comportements importés à savoir le terrorisme, la drogue, les enlèvements et actes de piraterie maritime avec demandes de rançons.

Le déficit chronique de compétence dans la gestion de la chose publique, conjugué avec le manque de vision des dirigeants, assure l’entretien de la misère et la promotion de la pauvreté, mettant ainsi les Africains en position de l’âne de Buridan, autrement dit, de quelqu’un qui a tout pour se nourrir mais finit par mourir de faim.

L’Afrique doit surmonter les crises économiques et éliminer les injustices sociales, sources de conflit et de désespoir.  » Sans prospérité économique, sans partage équitable de l’assiette au beurre nationale, la démocratie et la stabilité ne peuvent pas durer »

V- PERPECTIVES D’AVENIR

En Afrique, les peuples aspirent à la démocratie et à l’Etat de droit, parce que indispensables au fonctionnement d’une société moderne et de progrès.

La démocratie est un apprentissage. Elle transmet des valeurs universelles. Elle permet de prévenir les conflits. Elle concourt à la formation, à la légitimité des institutions représentatives ainsi qu’au développement et à la promotion de la compétence dans la gestion de la chose publique.

La notion de l’Etat de droit évoque une organisation collective reposant non pas sur l’arbitraire du prince et la contrainte, mais plutôt sur des règles connues, hiérarchisées, stables et respectées aussi bien par les gouvernés que par les gouvernants.

L’Afrique centenaire doit être différente de l’Afrique cinquantenaire. Cela constitue un défi pour les Africains de bon aloi, et c’est la raison pour laquelle, la bonne dimension de leur intelligence doit permettre, à partir du présent, de faire l’autopsie du passé pour mieux bâtir l’avenir dans la fraternité et dans la solidarité.

L’exercice ne sera pas aisé parce que le continent doit faire face à la fois aux différents malheurs et aux comportements importés ci-dessus relevés.

Au dernier sommet de l’UA à Addis Abeba, des images ont montré des chefs d’Etat et de Gouvernement en train de visiter les locaux de l’imposant immeuble flambant neuf que le père Noel chinois leur a gratuitement donné.

S’agit-il, au-delà des images, d’un présage de nouveaux malheurs pour le continent ? Les Africains se posent des questions car un tel don ne saurait s’inscrire dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant. Pauvre Afrique aux immenses ressources naturelles ! Misérables populations africaines, victimes d’exploitation et de malversations locales et étrangères !

Tout est-il perdu pour autant ? La réponse dépend de ce que les Africains veulent faire de leur continent.

L’espoir reste cependant permis, car l’Afrique dispose de tous les atouts nécessaires pour relever les défis.

Les Etats africains individuellement et collectivement doivent pouvoir établir un nouveau système de comportement politique, basé sur des principes démocratiques qui permettront d’établir une nouvelle structure sociale consacrée à la paix et à la prospérité de tous les peuples.

Dans cette dynamique, l’Afrique a besoin de leadership. C’est pour cette raison, que déjà, à la conférence de Monrovia, du 8 au 12 mai 1961, le président du Libéria, William TUBMAN déclarait en substance

« … dans le même ordre d’idées, j’ai observé qu’il semble exister trois écoles de pensée à ce sujet. Il y a ceux qui pensent que le Libéria devait assurer le leadership parce qu’ils estiment qu’il est la plus ancienne République Africaine et a une grande expérience politique ; mais il faut plus que l’âge et l’expérience politique pour assurer le leadership de l’Afrique. Il existe d’autres qui soutiennent que le Ghana pourrait remplir ce rôle parce qu’il est physiquement plus développé et embrasse des territoires plus étendus. Il faut plus que le développement et un plus grand territoire pour assurer la paternité de l’Afrique. Il y a enfin ceux qui pensent que l’Egypte avec ses riches traditions datant de l’antiquité la plus reculée, pourrait le faire. Il faut plus que les riches traditions de l’Antiquité. Il faut à mon avis, l’ensemble de tout cela et même plus. Il faut l’ensemble de ce qu’il y a de mieux dans nous tous réunis de telle sorte qu’il représente la divisibilité d’une Afrique indivisible. »

L’Afrique centenaire doit être prouvée, par l’usage productif des forces dont elle dispose, pour résoudre les grands problèmes de notre époque, et assurer un nouvel ordre dans les présentes incertitudes. L’œuvre est immense, mais elle commande d’aller par priorités et par étapes.

Pour ce faire, cette noble entreprise doit pouvoir compter sur la valeur et les efforts conjugués des acteurs suivants :

• Les populations. C’est le capital humain par excellence. Les dirigeants et cadres africains doivent mettre les populations au centre de leurs préoccupations quotidiennes. Ils ont l’obligation de promouvoir leur dignité par l’alphabétisation et par l’éducation.

• Les gouvernants. Le continent a besoin de vrais hommes et femmes d’Etat qui respectent la vie humaine et qui sont soucieux du bien être des peuples. L’homme est une histoire sacrée.

• Les élites. Elles doivent utiliser la bonne dimension de leur intelligence pour permettre aux dirigeants d’opérer des choix qui puissent assurer le bonheur des peuples.

• Les responsables politiques. Ils doivent se former et former leurs militants à la citoyenneté. Ils doivent s’efforcer d’avoir une culture politique qui leur permet d’avoir des stratégies et des tactiques par rapport à leurs visions.

• Les membres des organisations de la société civile. Ils ont l’obligation de se former, de former leurs membres à la citoyenneté, et de créer une synergie aux fins d’établir des réseaux africains des organisations de la société civile.

 » L’existence d’une société civile vibrante, créatrice et libre, est essentielle pour parvenir à un gouvernement ouvert et démocratique du peuple par le peuple »

La société civile est par essence l’éveilleur de conscience qui doit faire, non seulement la contre politique mais également l’écho des souffrances silencieuses des populations auxquelles les gouvernants tournent le dos au nom d’intérêts personnels.

• Les autorités des confessions religieuses. La bible et le coran doivent servir non seulement à évangéliser mais également à éduquer les fidèles et les croyants au respect de la vie humaine, à la vérité, à la tolérance et à la solidarité.

• Les spécialistes des médias. Ils ont besoin de formation et ont aussi un grand rôle à jouer dans la formation des populations. Ce sont eux qui informent et pour qu’ils puissent faire œuvre utile, ils ont l’obligation d’accomplir leurs missions selon les règles de l’art.

• Les artistes de divers ordres. Leurs œuvres indépendamment des objectifs qu’ils poursuivent, peuvent véhiculer des messages qui concourent à l’éveil des consciences

• Les paysans. Ils ont besoin d’être assistés et soutenus dans leurs efforts quotidiens. Après cinquante ans d’indépendance, très peu sont ceux-là qui ont accès à l’eau potable qui pourtant fait partie des droits de l’homme. Les dirigeants africains doivent comprendre qu’ils ont l’obligation de tout mettre en œuvre pour créer des cadres qui permettent aux populations paysannes de travailler, dans de bonnes conditions et gagner ce qui leur est nécessaire pour vivre dans la dignité. Il est temps qu’ils comprennent qu’il faut utiliser l’agriculture comme moyen de développement pour assurer la sécurité alimentaire de leurs populations.

• Les jeunes. Ils représentent pratiquement 50% de la population africaine. Nombreux sont ceux qui sont diplômés et sans emploi. Les dirigeants doivent se pencher sérieusement sur la situation des jeunes qui n’ont ni repère ni référence.

- Relève de demain, certainement, à condition qu’ils soient encadrés et organisés.

- Bombes humaines du présent et du futur, assurément, s’ils ne sont pas pris en compte dans les programmes de développement.

• Les anciens chefs d’Etat. Ce sont les intimes de la démocratie. Dés lors qu’ils sont encore actifs, leur compétence et leur expérience peuvent accompagner tous les efforts allant dans le sens de l’amélioration des conditions de vie des populations africaines.

• La communauté internationale. L’Afrique est probablement le plus grand terrain de manœuvre dans la concurrence mondiale. La communauté internationale s’y intéresse et très active pour ses propres intérêts. Longtemps à l’écoute des dirigeants et des dictateurs, elle a été surprise par le printemps arabe. Il est intéressant de noter, depuis cette intempérie politique, qu’elle invite les dirigeants à écouter leurs peuples.

En privilégiant les aspirations légitimes des populations africaines, la communauté internationale pourrait mettre en mouvement une autre façon de penser qui alimente des actions permettant de réduire ou de maîtriser les injustices, les inégalités et les rancœurs, souvent sources incontestables et incontestées de surprises désagréables et d’instabilité politique.

L’Afrique n’est pas viable avec ses micros Etats. Son avenir réside dans la construction des espaces regroupés. C’est pour cette raison, que les regroupements sous régionaux qui existent sur le continent doivent être soutenus tout en évitant la duplication de certaines structures qui risquent de déstabiliser les mouvements d’intégration régionale.

Il doit être évident que l’idée de primus inter pares, le premier entre ses égaux, est nuisible à l’unité, à l’entente et à la tolérance, lesquelles permettent de créer un climat dans lequel les grands et les petits Etats pourront participer, sur un pied d’égalité à la construction de l’Afrique centenaire.

Par devoir de mémoire, le GRAD ne saurait conclure le présent article, sans saluer le courage et la détermination de toutes celles et de tous ceux qui, à des degrés divers, ont participé vaillamment à la lutte pour l’émancipation du continent, et sans avoir une pensée pour toutes celles et pour tous ceux qui, connus comme inconnus, ont sacrifié leur vie pour l’indépendance.

Le GRAD rend hommage aux anciens chefs d’Etat et de gouvernement, qui sont les intimes de la démocratie. Ils méritent d’être des références politiques pour avoir créé les conditions d’alternance. Acquis aux principes démocratiques, ils peuvent, grâce à leur compétence et à leur expérience, participer à l’évolution du continent. Source : letogolais.com

Lomé le 18 avril 2012

 

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