Joseph Kabila : Président par accident ?

Joseph Kabila

Kabila Kabange Joseph est à la tête de la République Démocratique du Congo depuis le mois de janvier 2001, soit depuis plus de 11 ans aujourd’hui. La RDC, vous le savez sans doute, le troisième plus grand Etat d’Afrique en termes de superficie, l’un des pays du monde les plus riches en ressources naturelles, et en même temps l’un des pays les plus économiquement pauvres.

Kabila a succédé à son père, Laurent-Désiré Kabila, lâchement abattu dans son bureau présidentiel le 16 janvier 2001 par son garde du corps, dans des circonstances non encore élucidées à ce jour. (Certains ont pu penser qu’il était lui-même impliqué dans cet horrible assassinat, ce qui me semble être la plus extrême des hypothèses !)

A l’époque (2001), le pays était confronté à deux grandes rébellions (le MLC de Jean-Pierre Bemba Gombo à l’Ouest, et le RCD à l’Est), qui occupaient à elles deux plus de la moitié du territoire national.

A la faveur de l’Accord global et inclusif signé en 2002 entre tous les belligérants, le jeune président (à l’époque il n’est âgé que de trente ans) va diriger la transition politique, à la tête d’un gouvernement atypique composé de quatre vice-présidents (issus des trois courants politiques majeurs et de la société civile). C’est ce gouvernement d’union nationale qui réussit à doter le pays d’une nouvelle constitution et à organiser, en 2006, les premières élections présidentielles et législatives plus ou moins libres et transparentes que la RDC ait jamais connues depuis son indépendance ; élections que Kabila remporte haut la main, à l’issue d’un second tour particulièrement tendu.

Son élection de 2006 était tout à fait logique : il s’est présenté comme l’unificateur ; celui qui avait osé ouvrir la porte de dialogue avec les rebelles, ce que son défunt père de président avait toujours refusé de faire. Pour les populations de l’Est, où il fut massivement plébiscité, Kabila représentait à la fois le salut après la longue expérience de la guerre et de l’occupation (le mot n’est pas trop fort) étrangère, et la confiance en sa jeunesse et son charisme présumé. Mais surtout, Kabila incarnait, aux yeux de beaucoup de Congolais, la poursuite de la révolution engagée par son père après trois longues décennies  de règne sans partage du Maréchal Mobutu Sese Seko.

Permettez-moi de dire déjà à ce niveau qu’il semble que Kabila n’ait jamais vraiment ambitionné de devenir président, au regard des circonstances de sa première accession à cette haute fonction, à moins de donner raison à ceux qui voient sa main derrière l’assassinat de son père… (ce qui n’est nullement ma conviction). Il s’est réveillé un bon matin, et on lui a dit : « toi là, tu deviens Président ! » Qu’est-ce qu’être Président ? Quelles responsabilités cette fonction implique-t-elle ? A quoi ça sert, un Président ? Tout cela, il a dû l’apprendre coup pour coup, après qu’il ait été installé dans le fauteuil présidentiel, peut-être bien malgré lui… Et, « l’appétit est venu en mangeant », comme on dit. Il s’est accommodé petit à petit, et il a fini par prendre goût à être (et demeurer ?) Président.

Pourtant, dans ce que j’ai pu retenir de l’histoire de la république, l’accession à la fonction de Président de la République – et au-delà d’elle, l’accession à toute fonction politique importante – a toujours été le résultat d’une ambition, souvent nourrie depuis la tendre jeunesse. Les plus grands révolutionnaires du monde ne sont pas des « parvenus », des gens juste parachutés du jour au lendemain à des hautes fonctions, sans savoir ce qu’on en fait. Ce qui est normal et logique, parce que l’ambition suppose que l’on se fait une certaine idée du bien-être social ou de l’Etat, et que l’on voudrait la réaliser ; que l’on a un certain idéal, et que l’on se propose de l’atteindre. Alors  on s’engage, on lutte, on franchit des échelons, on a le temps d’apprendre de ses échecs ; on a un ou des modèles, des maîtres ou des mentors, et lorsqu’on arrive au sommet, on est suffisamment préparé. On ne tâtonne pas, on a une idée nette de ce que l’on veut accomplir. Ce peut être un bel idéal ou une folie (voyez Staline), mais au moins on en a un. Mais dites, Kabila, a-t-il jamais eu quelque ambition pour le Congo ? Laquelle ? Les « Cinq Chantiers » ? La « révolution de la modernité » ? Oh ! de grâce, ne me faites pas rire…

Même à supposer qu’il ait désormais un rêve pour le Congo – ce que je ne crois pas – ce rêve doit lui être venu avant-hier, lorsqu’il a songé (par lui-même ?) à modifier la constitution pour préparer sa victoire certaine au dernier simulacre d’élections de novembre 2011. Sauf qu’un tel rêve, en plus d’apparaître dans la tête d’un faux brave, serait trop artificiel pour être réalisable.

Bon ! Continuons le récit (que vous connaissez). L’élection de 2006 est venu légitimer le pouvoir de Kabila, et de bonne manière, parce qu’à mon avis, ces élections-là étaient acceptables (ça ne signifie pas parfaites) à tous égards. S’il avait la vaine d’un leader à la taille de la RDC et de ses défis, il était bien parti pour tirer le pays de la boue dans laquelle il se trouvait déjà à l’époque. Il vous souviendra que la RDC venait en plus de se doter d’une constitution, à mon avis la meilleure qu’elle ait jamais eue, et l’une des meilleures d’Afrique. Mais au lieu de cela, il a tourné les pouces, s’est marié, s’est entouré de dinosaures, a encouragé (c’est comme ça que j’appelle tolérer l’intolérable) la corruption, les détournements, la concussion, il a ignoré la constitution, … Il en a même grossi, et tant mieux pour lui !

Cela surprend certains, à ce qu’il paraît. Je n’en suis pas ! On ne peut donner que ce qu’on a. Or, en termes d’ambition politique et d’idéal pour la RDC, je suis convaincu que mon charmant Président n’a (encore) rien !

 

 

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