Rwanda : la gabegie comme modèle de gouvernance ?

Pollution atmosphérique par l'incinérateur obsolète de l'hôpital Roi Fayçal à Kigali. Photo oag.gov.rw

Pollution atmosphérique par l’incinérateur obsolète de l’hôpital Roi Fayçal à Kigali/oag.gov.rw

Dans leur dernier ouvrage, « Rwanda. Vingt de pouvoir du FPR. Quel bilan ? » (Editions Scribe, 2014) les écrivains rwandais Gaspard Musabyimana et Emmanuel Neretse avaient démontré que les « extraordinaires performances économiques » prêtées au régime rwandais n’étaient qu’un des leitmotiv de la propagande mensongère que le régime installé en 1994 a érigé en mode de gouvernement et qui est relayé par les médias à sa solde.
Malgré les moyens gigantesques alloués à la propagande pour vendre l’image idyllique d’un des régimes les plus dictatoriaux et les plus corrompus et corrupteurs de la région, malgré le silence imposé aux acteurs internes, l’incendie est tellement gigantesque que quelques fumeroles s’échappent du sarcophage qui enserre le Rwanda depuis 1994.C’est dans ce cadre qu’il faut lire le récent rapport de l’Auditeur Général qui vient d’être présenté devant le Parlement et qui a examiné les comptes des administrations et des établissements publics pour la période de juin 2013 à avril 2014.

Tout en restant prudent et dans les limites du tolérable, l’Auditeur Général Monsieur Obadiah Biraro, qui a le privilège d’appartenir au petit cercle qui détient le pouvoir au Rwanda, pointe du doigt la gabegie qui sévit dans certains établissements et administrations publics. Ainsi, il indique qu’en moins d’une année, plus d’un milliard et demi de francs rwandais se sont volatilisés. Certains établissements décrochent la palme d’or de la mauvaise gestion, comme EWSA (Rwanda Energy Water and Sanitation Limited), la société d’électricité et du gaz (Electrogaz), la société des Transports en commun (ONATRACOM), les anciens établissements d’enseignement supérieur KIST et UNR, etc.

Certains programmes, qui avaient été annoncés à grand renfort de publicité il y a quatre ans, n’ont tout simplement pas vu le jour alors qu’ils avaient été entièrement financés. C’est le cas du programme dit « Oracle » destiné à fournir des ordinateurs, qui avait coûté 1,1 million USD (648.958.517 Frw) en 2010 mais qui, jusqu’à ce jour, n’est toujours pas opérationnel. De même, aucun des sept barrages hydroélectriques qui étaient programmés et qui ont coûté la bagatelle de 27 millions de dollars US n’a encore été construit. Le plus curieux est que ces établissements mal gérés et devenus des gouffres financiers pour le trésor public et les aides internationales qui continuent d’être versées à profusion, sont gérés par les caciques du régime qui, de ce fait, sont intouchables ou inamovibles sauf quand ils permutent entre eux.

Dans ces conditions, les auditeurs généraux successifs auront bon de produire des rapports, rien ne changera car c’est la nature même d’un régime mafieux composé d’une clique venue d’Ouganda qui considère le pays conquis comme un coffre à vider.

La cerise sur le gâteau est fournie dans un chapitre relatif au secteur de l’éducation. Il apparaît que le fameux programme tant vanté et qui avait reçu le nom pompeux de « A Laptop per Child » (un ordinateur portable par enfant) n’a été qu’un leurre médiatique. Sur  2,334 écoles qui devaient être servis, seules 407 ont pu recevoir ces fameux ordinateurs portables. D’autres sont restés dans leurs emballages d’origine pendant 4 ans, quand ils ne disparaissaient pas. Le rapport révèle outre que les ordinateurs livrés ont atterri  dans des établissements qui ne disposaient même pas d’électricité et quelques années après, quand ces établissements furent branchés sur le secteur, les logiciels de ces ordinateurs étaient déjà obsolètes.

De même, des manuels scolaires furent commandés en quantité industrielle et à leur livraison, ils ne correspondaient pas du tout aux cursus des établissements auxquels ils étaient destinés. Entretemps, les caciques du cercle restreint du pouvoir qui avaient obtenus ces marchés s’étaient mis plein les poches en toute impunité.

Les chantres du régime en place à Kigali, par intérêt ou par illusion, découvriront petit à petit la vraie nature du FPR qui règne sur le Rwanda depuis 1994. Les premiers à le constater auront été les journalistes venus couvrir l’assemblée générale annuelle de la Banque Africaine de Développement (BAD) qui s’est tenue à Kigali du 19 au 25 mai 2014. Ils ont en effet été amenés manu militari à une soixantaine de kilomètres de Kigali pour loger dans une gîte appartenant à un membre influent du pouvoir qui exigeait lui aussi avoir sa part sur les retombées de la réunion de la BAD.

De même, le jeune député et très naïf Edouard Bamporiki qui a cru bon de demander que les « mauvais gestionnaires » soient sanctionnés, ne sait pas à quoi il s’attaque. Sauf que son souhait sera accueilli par un mépris poli de la part du cercle restreint du régime. Après tout, n’est-ce pas le même jeune hutu Bamporiki qui a été mandaté pour sensibiliser d’autres enfants hutu de demander pardon aux Tutsi pour les crimes qu’auraient commis leurs ancêtres dans ce diabolique programme baptisé « Ndi Umunyarwanda » ?

Ghislain Mikeno
31/05/2014

 

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