Rwanda : A.P. Ndengera, gourou politique ou illuminé?

Alain-Patrick Ndengera/facebook

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Rwanda : Le conditionnement et le lavage des cerveaux effectués depuis plusieurs années seraient-ils en train de produire leurs effets ?

C’est avec intérêt d’abord, puis avec stupéfaction, que nous avons lu sur le forum de discussions rwandais DHR, l’analyse qu’un certain « Tito Kayijamahe », de son vrai nom Alain Patrick Ndengera, y a posté le 9 juin 2014. Nous l’avons lu avec intérêt d’autant plus que cet Alain Patrick Ndengera, après avoir claqué la porte du parti RDI de l’ancien premier ministre Faustin Twagiramungu, s’était empressé d’aller à Kigali offrir ses services et y était revenu avec le statut de « Animateur d’un groupe de réflexion », fonction moins voyante que celle obtenue par son camarade d’escapade le juriste volubile Evode Uwizeyimana . Ce dernier ayant pourtant suivi le même parcours que Ndengera, restera à Kigali comme « Conseiller au ministère de la justice ».

Dans cette analyse publiée sur DHR le 09 juin sous le titre de «  U RWANDA MU MAYIRA ABIRI MURI 2017 »,  ce qui peut se traduire en français comme : « Le Rwanda à la croisée des chemins en 2017 », Alain Patrick Ndengera y expose en quelques lignes une théorie qui, si elle était plus développée et présentée par un professeur reconnu, lui vaudrait certainement un « Doctorat en Sciences politiques ». En effet, notre analyste politique qui se présente lui-même comme  de la nouvelle génération et qui n’hésite pas au passage de vouer aux gémonies les vieux politiciens, croit avoir découvert les étapes incontournables par lesquelles doit passer tout pays ou toute nation pour arriver à la démocratie, l’étape ultime de l’évolution politique. Patrick Ndengera décrète ainsi que ces étapes doivent se suivre rigoureusement dans l’ordre qu’il trace à savoir :

Etape 1 : établir la sécurité dans le pays et écarter toute menace,
Etape 2 : assurer le bien-être de la population en éradiquant la pauvreté,
Etape 3 :  mise en place des institutions étatiques fortes, et alors ce n’est qu’après ce parcours qu’un pays, une nation donnée, devrait songer à accéder à la Démocratie !
Comme si cela ne suffisait pas, le désormais « gourou politique des temps modernes » qu’est devenu Alain Patrick Ndengera, assène des conditions qui selon lui doivent être remplies au préalable pour qu’un citoyen « lambda » puisse se présenter à la magistrature de son pays. La première condition qui devrait être remplie serait que le candidat puisse démontrer qu’il a le contrôle sur toutes les forces de sécurité du pays (armée, police, services des renseignements…).

Donc selon cette théorie de A.P. Ndengera, un Barack Obama qui est actuellement le Commandant Suprême de la plus puissante armée du monde, ne pouvait pas briguer la présidence des Etats Unis en 2008 car à ce moment rien n’indiquait qu’il avait le contrôle total sur l’armée et les services de sécurité de cette puissance avant qu’il ne soit Président. De même, François Hollande, Commandant Suprême et incontesté des Armées françaises, n’aurait en 2007, été autorisé à se présenter car à cette époque il ne pouvait pas prouver qu’il  avait le contrôle total sur l’armée et les services de renseignements.

Paradoxalement, notre « maître à penser en matière politique » A. P. Ndengera ne cherche pas à  comprendre pourquoi les présidents Barack Obama et François Hollande n’ont pas subi le triste sort de Melchior Ndadaye du Burundi qui, pourtant, avait été élu dans les mêmes conditions que ces présidents, c’est-à-dire sans avoir prouvé au préalable qu’ils possédaient un contrôle sur toutes les forces de sécurité avant d’être candidats. Melchior Ndadaye  fut non seulement contesté comme Commandant Suprême des Forces Armées mais  aussi il fut publiquement lynché par « ses » soldats, contrairement à ce que stipulent les constitutions que ce soit celle des Etats Unis, de la France, ou celle du Burundi  comme quoi « le Président de la République élu devient d’office  le Commandant Suprême des Forces armées ».

On peut s’inquiéter et se poser des questions sur ce dévoiement. Alain Patrick Ndengera nous dit qu’en ce qui concerne le Rwanda, seul Paul Kagame remplit les conditions pour se présenter à la Magistrature suprême, notamment la première : celle d’exercer un contrôle total sur les forces de défense et de sécurité. Paul Kagame dont il fait la promotion comme le seul homme capable d’être président du Rwanda car selon toujours notre illuminé politique A. P. Ndengera, il serait le plus à même d’assurer la sécurité du Rwanda et le même homme qui a semé cette insécurité depuis 1990 et qui, depuis  lors, maintient artificiellement ce climat d’insécurité en agitant des épouvantails. La nature dictatoriale que Paul Kagame a installée au Rwanda depuis 20 ans, les crimes innommables qui sont répertoriés à son compte, … tout cela ne dissuade pas A. P. Ndengera de cesser de se ridiculiser aux yeux des Rwandais jusqu’à déclarer que Paul Kagame est irremplaçable au Rwanda.

Comment A.P. Ndengera est-il tombé si bas ? L’avenir nous le dira, mais notre « politicien de la nouvelle génération » aura entretemps  perdu toute crédibilité et ne s’en relèvera pas de si tôt !

Jane Mugeni
10/06/2014

 

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