Attentat contre l’avion du président Habyarimana : le harcèlement de la France va-il-payer ?

Le juge Trévidic/phto RFI

Le juge Trévidic/phto RFI

Depuis que le juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière s’est saisi du dossier de l’attentat contre l’avion du président rwandais Juvénal Habyarimana dans lequel ont péri également des citoyens français, le Rwanda a sorti son artillerie lourde quand le juge a lancé des mandats d’arrêts internationaux contre Kagame et ses plus proches collaborateurs comme les commanditaires de cet attentat.

Paul Kagame a compris que la meilleure défense, c’est l’attaque. Sa ligne de défense : la France est impliquée dans le génocide rwandais. Il a alors ameuté ses lobbies et a littéralement harcelé la France chaque fois que l’occasion lui en était donnée. Tout ce qui avait trait à la France a été écartée de son chemin.

Enchaînements de provocations !

Il y a une semaine, une photo A La Une des journaux rwandais montrait une pelleteuse en train de démolir le Centre culturel franco rwandais à Kigali. Ce complexe moderne abritait non seulement une bibliothèque publique, une salle de cinéma, mais également une grande salle de spectacle, la seule au pays qui pouvait accueillir des concerts des artistes internationaux.

Au fil des années, Kigali a été constant dans ses réactions envers tout ce qui peut toucher  à la France.

Le 07/04/2004, le secrétaire d’Etat français Renaud Muselier, délégué pour représenter son pays, fut “chassé“ des cérémonies de commémoration du 10èanniversaire du  génocide par le discours d’une rare violence contre la France par le président Paul Kagame.

Durant les cérémonies du 07/04/2007, le président Paul Kagame revint à la charge et accusa les militaires français de l’Opération Turquoise d’avoir participé aux tueries pendant le génocide en 1994.

Le 7/4/2008, le président Paul Kagame lança des insultes au juge français J-L Bruguière en le traitant de « vagabond » ou de « prostitué ».

En août 2008, la commission Mucyo bricola, de toutes pièces et se basant sur de faux documents, un rapport qui mettait en cause 13 personnalités politiques françaises et 20 officiers français dans le génocide de 1994.

En novembre de la même année, le français fut supprimé comme langue d’enseignement au Rwanda.

Lors de la commémoration du génocide en avril 2011, Laurent Contini, ambassadeur de France au Rwanda, prononça un discours fustigeant officiellement l’action de l’armée française au Rwanda en 1994, se mettant ainsi en porte-à-faux avec la position de son ministre des Affaires étrangères Alain Juppé pour qui les soldats français avaient fait leur devoir et qu’en aucun cas leur honneur ne pouvait être sali.

En mars 2012, le Rwanda chassa de son territoire une commission rogatoire française qui venait poursuivre ses enquêtes en rapport avec le génocide rwandais de 1994.

Le 4 février 2014, à la veille de la commémoration du vingtième anniversaire du génocide, les autorités rwandaises, par le biais du sénateur Jean Damascène Bizimana, mirent encore la pression sur la France en rendant public les noms des militaires qui, selon Kigali, devraient être poursuivis pour « génocide et complicité de génocide ».

Des soutiens de Paul Kagame en France !

Dans cette offensive contre la France, Paul Kagame n’a pas lésiné sur des moyens. Des sociétés de lobbying ont recruté des Français pour s’indigner du fait que leur pays a été impliqué dans lé génocide rwandais : des parlementaires, des groupes de jeunes, des artistes, … descendirent au Rwanda. A leur retour, des médias grassement payés leur tendaient des micros pour relayer le fameux slogan : « la France a été impliquée dans le génocide rwandais ». Des associations comme « Survie » ou le « Collectif des parties civiles » ont fait leur cheval de bataille. Elles n’en sont pas restées là car tout intellectuel hutu sur le territoire français est dans leur collimateur. Des centaines de dossiers sont montés de toutes pièces « pour participation au génocide ».

Vers un non-lieu ?

Pour se dédouaner, la France a cédé, souvent d’une façon rocambolesque. Qui ne se souvient pas de la mise en scène dans laquelle le major Rose Kabuye, l’une des inculpées du juge Bruguière, s’est faite arrêter en Allemagne, transférée en France, puis relâchée ?

Voulant faire taire le reproche fait à son prédécesseur qui ne s’était pas rendu sur les lieux de l’attentat, le juge Trévidic avec son équipe s’est rendu au Rwanda. Le rapport des experts balistiques et géomètres de son équipe tendait à désigner le  lieu du départ des missiles à la colline de Masaka comme l’avaient affirmé plusieurs témoins. Mais comme par magie, le juge eut alors  recours à un acousticien qui, n’étant pas allé au Rwanda, aurait fait une simulation à partir d’un champ de tir dans une base militaire au centre de la France et qui a conclu que les missiles étaient partis du camp militaire de Kanombe alors tenu par les Forces Armées Rwandaises( FAR). Il n’en fallait pas plus pour que les défenseurs de Kigali crient à la victoire et relayés par la presse à la solde de Paul Kagame très puissante en France, affirment désormais détenir « la »  preuve que Habyarimana a été tué par les siens. Ils n’hésitèrent pas à demander au juge Trévidic de prononcer immédiatement un « non-lieu » en faveur de leurs clients.

Le 8  juillet 2014, les avocats de Paul Kagame, annoncent que les juges français Marc Trévidic et Nathalie Poux ont mis fin à leur instruction dans le cadre de l’attentat contre l’avion du président rwandais Habyarimana, en 1994. Ils espèrent que le juge prononcera prochainement un non lieu.

Des questions se posent pourtant comme le soulignent des spécialistes :

1) Le juge Trévidic pourra-t-il prononcer un non-lieu alors que sont connus  le lieu du tir des missiles, les noms des deux tireurs, la marque et la couleur des véhicules utilisés pour transporter les missiles depuis l’Ouganda jusqu’au casernement des militaires du FPR situé au centre de Kigali?

2) Le dossier contient la preuve que l’avion présidentiel rwandais a été descendu par deux missiles dont la traçabilité a été établie. Une commission rogatoire envoyée en Russie a établi que les deux missiles étaient de fabrication soviétique livrés à l’armée ougandaise qui les a rétrocédés au FPR.

3) Devant le TPIR, il a été démontré que l’armée rwandaise ne disposait pas de tels missiles et que l’arme du crime était en revanche entre les mains du FPR.

4) Tous les anciens collaborateurs de Paul Kagme ont montré, avec force détails que c’est Kagame qui a commandité l’attentat contre l’avion du président Habyarimana : il suffit de penser aux déclarations de Jean-Pierre Mugabe, Abdul Ruzibiza, Aloys Ruyenzi, Patrick Karegeya, Dr Théogène Rudasingwa, le général Nyamwasa. L’avocat des parties civiles, Me Philippe Meilhac estime d’ailleurs qu’il y a, dans le dossier « un manque » : car le général Nyamwasa, qui se trouve réfugié en Afrique du Sud, n’a pas été auditionné alors qu’il est visé par les mandats d’arrêt du juge Bruguière. Pour les parties civiles, c’est une incompréhension.

Jane Mugeni
10/07/2014

 

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