Rwanda : un décret présidentiel consacre l’octroi d’un salaire de misère aux enseignants

photo www.bnep.org

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Depuis la prise du pouvoir par les rebelles du Front patriotique Rwandais (FPR) en provenance de l’Ouganda, l’enseignement a été l’un des secteurs de la vie nationale qui a subi le plus de chambardements par des réformes intempestives.

La plus catastrophique de ces « réformes » fut l’imposition brusque de l’anglais comme langue d’enseignement. Dans un pays jusque là francophone, dont les enseignants ne parlent pas anglais, on ne s’y prendrait pas mieux pour faire reculer le niveau d’enseignement en quelques mois. Les conséquences de cette mesure brutale, absurde et injuste se font sentir sur tous les plans.

Le régime a en outre introduit ce qu’il appelle « le contrat de performance ». Dans le domaine de l’enseignement, l’évaluation des objectifs se base sur le taux de réussite réalisé par un enseignant. Pour mettre toutes les chances de son côté, il n’hésite pas à pousser les élèves à tricher lors des examens pour pouvoir atteindre le taux de réussite auquel il s’est engagé dans le contrat signé avec le district. La fraude est ainsi tolérée dans les examens. Il est évident que la qualité de l’enseignement en subit un coup car les enseignants privilégient le gonflement des chiffres de réussite à exhiber et donc évitent ainsi leur renvoi.

A côté de cela, le régime du FPR a installé un enseignement à deux vitesses. Alors que les enfants des pauvres se contentent des enseignants « analphabètes »car ne pouvant pas dispenser leurs leçons en anglais comme cela a été décrété, ils passent des journées à languir, muets comme des carpes, devant des enfants tout autant désabusés.

Dans l’entre-temps, les enfants des dignitaires, eux, fréquentent des écoles privées, bien équipés avec des enseignants bien formés, en français comme en anglais. Cette politique machiavélique du FPR fait qu’au Rwanda, il y a d’un côté des citoyens mal formés et donc incompétents, complexés et pauvres et d’un autre côté des élites, des descendants de ceux qui ont conquis le pays en 1994, bien formés dans les meilleures universités du monde et qui sont ou seront donc riches, compétents et naturellement des leaders bien désignés. Ces manœuvres mises en place par les stratèges du FPR pour une baisse drastique du niveau d’enseignement au Rwanda vise donc la monopolisation du pouvoir. C’est une politique délibérée qui est en train de créer une caste qui sera « naturellement » appelée à garder, sans partage et pour des siècles, le pouvoir politique et économique du pays.

Le pouvoir du FPR vient d’empirer la situation. Alors que les salaires des dignitaires du régime sont régulièrement augmentés jusqu’à atteindre des proportions scandaleuses dans un pays sous-développé dont 40% de son budget ordinaire provient des aides étrangères, l’enseignant, lui, reçoit un salaire de misère. A l’école primaire, ce salaire oscille autour de 40 € par mois, une somme dérisoire car elle n’équivaut même pas le prix d’un loyer d’une petite bicoque dans les milieux urbains.

Au lieu de remédier à cette situation, un arrêté présidentiel datant du 18 juin 2014, vient d’en rajouter une couche. Il  accorde à ces dirigeants un salaire de base qui se situe entre trois millions(3.000.000) et six millions de francs rwandais (6.000.000 frw) par mois plus des frais de logement de cinq cents mille francs rwandais (500.000), des centaines de milliers de frais de communication, de déplacement, etc. Un ministre reçoit, dès son entrée en fonction, la coquette somme de cinq millions de francs rwandais pour l’achat des équipements de son domicile ! L’arrêté prévoit en outre une augmentation de 10% du salaire de chaque dirigeant tous les trois ans. Par contre, le salaire de l’enseignant reste à la traîne. Un enseignant A2 a un salaire net de 44.032 francs rwandais, comprenant 3.327 frw de frais de transport et 5.324 frw de frais de logement. Dans cette catégorie de ceux qui ont le diplôme A2, les écarts salariaux sont énormes et injustifiés pour des gens qui sont tous sous le même statut de la Fonction publique. Ainsi un secrétaire exécutif de Cellule A2 a 120.000 frw par mois, un agent de la Santé A2 reçoit un salaire net de 156.815 frw par mois, un agent de la Justice A2 a 232.000 frw par mois, etc.

Ces inégalités sont encore plus criantes quant on se penche sur les différentes rubriques composant le salaire de l’enseignant : dans les 44.032 frw que reçoit un enseignant A2, il y a  une indemnité de logement de 5.324 frw et une indemnité de transport de 3.327 frw. Or actuellement au Rwanda, avec 5.324 frw, il est quasi impossible de trouver un logement décent avec eau et électricité. La prime de logement accordée à un ministre est 100 fois supérieure à celle que reçoit un enseignant.

Il en est de même pour l’indemnité de transport de l’enseignant qui s’élève de 3.327 frw par mois, ce qui équivaut à 119 frw par jour, soit 59,5 frw pour l’aller et 59,5 frw pour le retour. Or la législation en la matière a fixé le coût du parcours de base à 200 frw.

Les salaires de certains hauts dignitaires de l’Etat plus des indemnités diverses, ont des salaires oscillant autour de 12.000.000 frw, soit près de 300 fois le salaire de l’enseignant.

Le traitement réservé à l’enseignant ne peut que le démotiver et c’est la jeunesse rwandaise qui en subit les conséquences. Le FPR continue donc sur sa lancée de maintenir les enfants des couches pauvres de la population dans l’ignorance la plus abjecte et de les écarter ainsi de la gestion future de leur pays.

Ghislain Mikeno
21/08/2014

 

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