Rwanda : les statistiques du génocide, un enjeu politique ?

mémorial de Gisozi

mémorial de Gisozi

Depuis sa prise du pouvoir en juillet 1994, Paul Kagamé et sa rébellion du FPR ont imposé au monde entier des statistiques concernant le « génocide » qui ne doivent ni être discutées et encore moins contestées, sous peine d’être accusé de « négationnisme » ou encore de « divisionnisme », accusations graves qui ont valu aux opposants comme la présidente du parti FDU-Inkingi Madame Victoire Ingabire, de lourdes peines de prison. Ainsi, les Rwandais doivent d’abord accepter et chanter partout que le génocide de 1994 a fait un million de victimes parmi les Tutsi, que le seul mémorial de Gisozi abrite les restes de 250.000 Tutsi qui habitaient la capitale et qui ont péri pendant le génocide. La Communauté internationale,à travers les organes de presse les plus influents, a donné son « Imprimatur » à cette « Evangile selon Saint Kagame ». Seulement, avec le temps, certains esprits critiques osent, au risque de leur carrière et même de leur vie, revenir sur cette supercherie et montrent que ces statistiques ne peuvent pas tenir le coup face à une simple analyse objective.

Ce fut récemment le cas la chaîne de télévision BBC TWO qui a diffusé un documentaire dans lequel entre autres, les statistiques officielles sur le nombre de victimes du génocide sont contestées.

Ce fut alors le tollé : le régime de Paul Kagame accuse le réalisateur de ce documentaire et la BBC elle-même de « négationnistes », de «  minimiser le génocide », de « blesser les rescapés,… ». Bref, tous les crimes les plus graves qui existent en ce 21° siècle. Les plus modérés dans la défense du dictateur Paul Kagame et de son fond de commerce qu’est le génocide dont il a fait le fondement de son régime et d’où il tire le semblant de légitimité, parlent de cynisme et d’indécence le fait de scruter les statistiques officielles du génocide que nous a servies Paul Kagame depuis 20 ans. Pourtant rien n’est plus légitime ni intellectuellement honnête que d’analyser les chiffres rendus publics même quand ils indiquent, hélas, le nombre de morts. Il n’y a aucune indécence ni aucun cynisme à contester par exemple le chiffre donné de Tutsi qui habitaient la capitale Kigali en 1994 et qui furent victimes du génocide et dont les restes reposent au mémorial de Gisozi.

En effet, les statistiques officielles et le Rapport de l’USAID en 1990 (pour ne pas parler du dernier recensement général de la population de 1992 dont le plus tordus peuvent contester la fiabilité car opéré par un régime hutu !) estimaient la population de Kigali à 350 000 âmes. Si nous rapportons le pourcentage des Tutsi de la capitale à 20% (surestimation), leur nombre était à l’époque de 70 000 dont peut-être 50 000 ont été assassinés par les Interahamwe. En soulignant qu’il y eut des rescapés qui, aujourd’hui, témoignent et militent au sein des organisations comme Ibuka ou Avega…! Pour atteindre le chiffre de 250.000 corps qui reposent au Mémorial de Gisozi, il a fallu trouver d’autres corps ailleurs. C’est-à-dire tous les cadavres hutu et tutsi confondus. Dans ce pays, il est connu qu’il n’est pas facile de déterminer l’ethnie de chacun, sauf si on connaît sa généalogie. On s’imagine les difficultés qu’aurait eu le FPR s’il s’était mis à trier parmi les cadavres les corps des Tutsis !

Alors, d’où proviennent les corps des victimes de ce mémorial ?

D’après les informations recueillies auprès des rescapés et voisins de ce mémorial, les corps qui y reposent sont ceux des victimes tutsis et hutus tués entre avril et juillet 1994 par les Interahamwe dans la capitale de Kigali, et des hutus assassinés par le FPR après sa prise du pouvoir. Etant donné que ces corps ne suffisaient pas pour remplir les espaces prévus à cet effet, le FPR a fait transporter en camions des corps en provenance de l’ancienne préfecture de Byumba. Les statistiques prouvent qu’il y a plus de cadavres hutu que tutsi, car ces massacres ont concerné doublement les Hutus.

En effet, après avril 1994, certains Hutus ont été tués par les leurs et ensuite massacrés par le FPR  dans le cadre de son plan de  modifier le paysage démographique du Rwanda.

Dire que le nombre de Tutsi tués en 1994 est beaucoup moins inférieur à celui du million avancé par le régime et répercuté par l’ONU ne constitue en rien un délit et n’enlève rien à l’horreur et l’abomination du génocide. Le régime tutsi de Paul Kagame qui entend jouer sur les émotions soulevées par le nombre de Tutsi tués en 1994 ne doit pas entraîner le presse mondiale, les historiens, les chercheurs… dans ses thèses de propagande souvent fantaisistes car dictées par son instinct de survie et de légitimation d’un régime issu d’une conquête militaire initiée à partir de l’Ouganda et soutenue par ce pays et les puissances anglo-saxonnes qui voulaient redessiner la carte de l’Afrique centrale et orientale.

Espérons que la diffusion courageuse du documentaire par la BBC libérera quelques énergies chez ceux qui, dans les médias, connaissent la vérité mais qui, jusqu’aujourd’hui, étaient pétrifiés par les perspectives de se voir accusés par le dictateur Paul Kagame et surtout de subir des représailles venant de ses puissants soutiens qui, souvent, se trouvent être les grands patrons de presse ou les grands décideurs politiques du monde.

Emmanuel Neretse
27/10/2014

 

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