Région des Grands Lacs. Mode d’accès au pouvoir : un exemple criminogène aux jeunes désœuvrés et démunis

Kagame-referendumSous d’autres cieux, des jeunes sont conduits à la mort certaine de gré ou de force pour des idéologies ou des croyances religieuses. Dans la région des Grands Lacs en Afrique, depuis près de trois décennies des jeunes sont alléchés par le mode d’accès « facile » au pouvoir et donc à l’avoir qui est devenu une spécialité politique dans ces pays. En effet depuis les années 80, un jeune désœuvré d’ordinaire n’ayant aucune perspective économique et encore moins politique prometteuse, mais qui est enrôlé dans une rébellion armée, peut désormais, à moins de trois ou quatre ans, devenir « général, colonel, major… » et même Président de la République dans ces pays pour autant qu’il ait la baraka de rester vivant pendant ce laps de temps. Entre un jeune djihadiste à qui l’on promet le Paradis avec 70 vierges se relayant dans son lit et le garçon de rue de la région des Grands Lacs qui  a vu ses ainés d’infortune  s’engager dans des rébellions pour ensuite devenir, après quelques mois, « Généraux », la motivation pour aller se faire massacrer est presque la même.

Des cas caractéristiques illustrant ce phénomène :

Ouganda 1982-1986 : Dans ce pays, livré au chaos politique après la chute du Maréchal Idi Amin Dada, une rébellion armée vit le jour. Sous la conduite d’un jeune ougandais apparenté à l’ethnie tutsi du Rwanda, il recruta tous azimut mais principalement dans les camps des réfugiés tutsi rwandais en Ouganda et parmi les jeunes garçons de rue  et vagabonds plus ou moins apatrides de Kampala. Quatre ans plus tard, cette bande disparate s’emparait du pays et les anciens garçons de rue ou fils de réfugiés tutsi rwandais devenaient qui ministre , qui général, qui colonel…bref les vrais maîtres du pays, à l’étonnement et à au regret des jeunes ougandais issus des milieux aisés qui avaient opté pour poursuivre des études universitaires dans la droite tradition bourgeoise. Ils sont devenus désormais des obligés de leurs égaux en âge qui ne sont pas allés perdre leur temps à l’université mais qui ont rejoint la rébellion.

Rwanda : 1990-1994 : Les anciens garçons de rue de Kampala d’origine rwandaise qui avaient participé à la conquête du pouvoir en Ouganda après avoir gouté au pouvoir et aux honneurs au sommet de l’Etat ougandais comme ministres, Généraux, Colonels, Majors…  , ont voulu prolonger cet état dans le Rwanda de leurs ancêtres. C’est ainsi que le 01 octobre 1990, ils envahirent le petit Rwanda beaucoup plus modeste et moins armé que l’Ouganda qu’ils venaient de conquérir. Ce ne sera qu’une question de mois : en juillet 1994, ils défilaient dans Kigali qui comme général, colonel ou major… dans un pays où ils n’avaient jamais mis les pieds et dont ils ignoraient jusqu’à la langue officielle. Un des garçons de rue de Kampala qui, en rejoignant la rébellion, n’avait même pas encore terminé le cycle d’enseignement secondaire, se proclamera « Président de la République » après quand-même un stage de six ans (1994-2000), à la grande admiration des jeunes rwandais non instruits et désœuvrés qui, depuis, ne rêvent que rééditer son exploit si l’occasion leur en était offerte.

Burundi : 1993- 2003 : Lorsque en octobre 1993, l’armée monoethnique tutsi du Burundi mit fin à l’expérience démocratique dans ce pays en assassinant le président hutu Melchior Ndadaye trois mois à peine après son élection, des jeunes burundais qui avaient placé leurs espoirs dans l’avènement de la démocratie dans leur pays se sont retrouvés désemparés. Même ceux qui avaient réussi à passer entre les mailles du filet et atteindre l’université en étaient alors chassés s’ils n’y étaient pas assassinés.  Beaucoup d’entre eux, sans autres alternatives, regagnèrent alors le maquis et se joignirent aux rebellions naissantes. Après dix ans de guerre  civile, grâce à la médiation de Nelson Mandela, un accord de paix fut enfin signé, accord qui consacrait le partage des postes de responsabilités à tous les niveaux du pouvoir  et dans tous les domaines entre Hutu et Tutsi. Dans l’armée, ceci se traduisit par le fait que des jeunes hutu qui ne pouvaient auparavant rêver de devenir même  ‘sergent’ dans l’armée se sont retrouvés bombardés « généraux, colonels, majors … » sans devoir passer par les fameuses académies militaires d’où ils étaient d’office exclus ou ne remplissant pas les critères académique pour y accéder. Ce constat restera une référence aux jeunes désœuvrés et moins instruits auxquels il sera inculqué qu’eux aussi peuvent accéder aux plus hauts sommets de l’État et de la hiérarchie militaire pourvu qu’ils s’enrôlent dans une quelconque rébellion.

RDC : 1996- à nos jours : Pour chasser le Maréchal Mobutu du pouvoir au Zaire, les armées rwandaise, ougandaise et burundaise ont comme couverture utilisé une rébellion formée de toutes pièces dite des « Banyamulenge » avec l’acronyme AFDL. En mai 1997, ils installèrent un certain Laurent Désiré Kabila dans le fauteuil présidentiel à Kinshasa. L’officier tutsi rwandais qui commandait ce corps expéditionnaire James Kabarebe deviendra alors Chef d’Etat-major de l’Armée congolaise et les rares jeunes combattants congolais enrôlés en cours de conquête seront élevés aux plus hauts grades de l’armée, parmi eux le propre fils de Laurent Désiré Kabila qui, à 26 ans fut bombardé « Général » ! Lorsqu’en 1998, Laurent Désiré Kabila manifestera les velléités pour s’émanciper de ses tutelles rwandaises, une nouvelle guerre éclatera mettant aux prises plusieurs rébellions créées par le Rwanda et l’Ouganda  à une armée congolaise inexistante ou sans structure opérationnelle. Le Mzee LD Kabila tiendra quand-même le coup grâce  à l’intervention de certains pays de la région qui jugeaient trop injuste cette agression du Rwanda et de l’Ouganda. Mais ce n’était que partie remise. Ne pouvant plus le chasser du pouvoir mais ayant toujours des éléments dans son entourage, ces anciens protecteurs décidèrent de l’assassiner, ce qui fut fait en janvier 2001. Son fils Joseph Kabila le remplaça immédiatement à la présidence de la RDC. Mais pour survivre politiquement et physiquement le jeune Kabila dut accepter de reconnaître la dizaine de rébellions qui sévissaient en RDC comme des partis politiques, mais surtout d’intégrer leurs combattants dans l’armée nationale aux grades de leur choix. C’est ainsi que l’on a vu des rebellions formées à la hâte et qui comptaient une centaine de combattants voir le jour et quelques mois plus tard leurs deux ou trois leaders politiques devenir ministres tandis que la moitié de combattants devenaient « généraux ou colonels… »  dans l’armée régulière.

Le phénomène a tellement fait recette que jusqu’à ce jour il naît au moins une rébellion tous les six moins en RDC.  Avec les incessantes intégrations des rebelles dans l’armée régulière, beaucoup de jeunes congolais croient de plus en plus qu’il n’y a que la voie qui passe par la rébellion qui conduit vers le sommet de la hiérarchie militaire. Pour eux, un jeune qui a l’ambition de devenir officier ne doit pas passer son temps à l’école secondaire et encore moins à l’université avant d’aller dans une académie militaire comme partout ailleurs, mais doit rejoindre une rébellion qui existe ou fonder la sienne. Voilà pourquoi on compte actuellement plus d’une vingtaine de rébellions opérant toujours dans ce pays alors que l’ONU y a déployé une force de plus de 20 milles hommes et que chaque année des centaines de combattants souvent analphabètes, sont intégrés dans l’armée régulière avec des grades qui feraient rougir tous les majors de promotion de Saint-Cyr, de Frounze ou de West Point !

Prime pour crime de guerre et crime contre l’humanité: cas de la RDC

Le cas de la RDC est une illustration claire de comment un système peut devenir une machine à recycler les criminels et même à leur attribuer des primes. En effet pour autant qu’il soit parvenu à faire parler de sa « rébellion » tout criminel de guerre en RDC peut exiger et obtenir l’amnistie totale et son intégration dans les rouages politiques  quand ses combattants intègrent l’armée nationale avec les grades qu’il leur avait donnés. On ne peut rêver  mieux comme investissement,  je veux dire : créer une rébellion en RDC !

Comprendre la facilité d’enrôlement de ces jeunes : cas du Burundi

Depuis avril 2015, des jeunes de certains quartiers de la capitale du Burundi, Bujumbura s’attaquent aux forces de l’ordre souvent dans des actions qui apparaissent comme suicidaires. Alors, d’aucuns se demandent comment ces jeunes peuvent être fanatisés ou si stupides d’accepter de servir de chair à canon quand leurs commanditaires avec leurs enfants de même âge que ces pauvres kamikazes mènent une vie normale propre à tout adolescent ou jeune adulte. Ceci est le fait des politiciens sans aucune assise populaire mais qui ne peuvent pas envisager la vie hors des structures dirigeantes du pays. Ceux-ci instrumentalisent la situation de pauvreté vécue par la population, la jeunesse en particulier. Désespérée, cette dernière se laisse alors entraîner dans les groupes armés par ces politiciens sur base de fausses promesses. Ils leur promettent de devenir dans quelques mois « généraux, colonels ou majors », dans l’armée sans passer par l’ISCAM. Ainsi ces politiciens n’ont aucune peine à doper ces jeunes et à les envoyer se faire massacrer en attaquant des objectifs militaires fortement défendus.

Face à ce triste constat, un citoyen burundais vient de lancer un coup de gueule  suivant : « Avec consternation, un cœur brisé et les larmes aux yeux, je ne peux plus m’abstenir. Ainsi, je viens  auprès de nos lecteurs de la communauté burundaise et étrangère, vivant au Burundi et à l’étranger, pour partager cette petite réflexion sur la manipulation  dont les nôtres sont victimes. Nos cousins, nos frères et nos neveux sont victimes de certains politiciens animés de mauvaises intentions et assoiffés du pouvoir. Ils cherchent à prendre le pouvoir à tout prix. Ils usent de leur influence sur les jeunes des quartiers pauvres, les conduisent dans un chemin sans issu et sans retour comme s’ils étaient  des animaux de boucherie,  précipités  dans le couloir qui mène à l’abattoir! Or, tout animal qui y entre n’y sort pas vivant! ». (N.T Pacifique, BURUNDI-24.com, 17 déc 2015)

Entretemps, les mêmes politiciens s’activent à crier aux violations massives des droits de l’homme, aux exécutions extra-judicaires pour exiger le partage du pouvoir avec le régime en place à défaut de le renverser militairement.

Honte à la Communauté Internationale

En criant aux « massacres délibérés » voire au « génocide » chaque fois que ces jeunes kamikazes manipulés et drogués par les politiciens véreux sont neutralisés par  les forces de l’ordre, ce qui est appelé pompeusement «  Communauté Internationale », en fait quelques puissances qui font la pluie et le beau temps dans le région, et  qui est parfaitement au courant de comment ils sont entrainés et armés puis envoyés à la mort, montre encore une fois sa mauvaise foi et son hypocrisie. Au lieu de condamner vigoureusement le régime de Paul Kagame qui abrite l’état-major opérationnel de ces politiciens, qui recrute ouvertement ces jeunes dans les camps des réfugiés, qui déverse des armes de tous calibres dans les quartiers contestataires de Bujumbura…cette hypocrite « Communauté Internationale » verse des larmes de crocodile chaque fois que les attaques armées de ces jeunes aventuriers manipulés par les politiciens et armés et entraînés par Kigali sont repoussées.

Honte à cette « Communauté Internationale »  qui reste muette quand le potentat du Rwanda Paul Kagame modifie la Constitution afin de devenir « président à vie » et même vise à instaurer la monarchie féodale de triste mémoire dans ce pays, mais qui pousse au renversement d’un régime démocratiquement élu et ceci conformément à la Constitution du Burundi telle qu’interprétée par la Cour constitutionnelle de ce pays.

Emmanuel Neretse
20/12/2015

 

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