Rwanda : comment un (malheureux) accident de l’Histoire peut aveugler le monde.

KagameDu garçon de rue ayant raté sa scolarité dans Kampala et Nairobi, en passant par le maquis dans un Ouganda chaotique de l’après Idi Amin , un certain Paul Kagame est devenu à moins d’un quart de siècle l’un des hommes les plus riches et les plus redoutés d’Afrique. Ce phénomène faussement médiatisé en arrive à subjuguer plus d’un observateur de telle manière que certains dirigeants africains, certes les plus naïfs, en arrivent à le singer ou à commanditer son expertise. Comment en est-on arrivé là ?

Concours de circonstances

Issu de la famille régnante, Paul Kagame avait deux ans quand la monarchie féodale tutsi fut renversée par la Révolution populaire de 1959. Il suivit ses parents en exil dans les pays voisins principalement en Ouganda et au Burundi. N’étant pas fils de roi, si la dynastie tutsi-nyiginya avait continué à régner sur le Rwanda, Paul Kagame ne serait jamais devenu roi comme il l’est de fait actuellement. Premier coup de hasard.

Ayant raté sa scolarité, la chute du maréchal Idi Amin Dada d’Ouganda et le chaos qui s’en suivit trouvèrent le jeune Kagame dans les rues de Kampala comme vendeur à la sauvette des œufs à la coque et d’arachides grillés. Il aurait pu finir ainsi, si un certain Yoweri Museveni n’avait pas fondé une rébellion armée mais qui manquait de bras jusqu’à faire appel aux réfugiés tutsi qui erraient dans les villes ou qui étaient entassés dans des camps du HCR. Paul Kagame s’engagea donc dans la NRA (National Resistance Army), la rébellion de Yoweri Museveni lui-même issu de l’une ethnie hima apparentée aux Tutsi.

Après quelques années de guerre, Museveni s’emparait de Kampala en janvier 1986 devenant ainsi le président de l’Ouganda et dont les principaux officiers de sa nouvelle armée étaient des Tutsi rwandais  parmi eux un certain Paul Kagame. Deuxième coup de hasard.

Le mercenaire rwandais se distinguera dans l’armée ougandaise, notamment dans les renseignements militaires dont il fut le patron, par un cynisme et une rare  méchanceté qu’il reçut le sobriquet de « Ponce Pilate ». Peu de temps après l’arrivée au pouvoir de Yoweri Museveni en Ouganda, survint la chute du mur de Berlin suivie de l’effondrement de l’URSS ; ce qui signifiait la fin de la « guerre froide ». Désormais le monde allait être dominé et remodelé par la seule superpuissance qui sortait victorieuse  de cette guerre froide, à savoir les Etats Unis d’Amérique et leurs alliés traditionnels occidentaux. Pour remodeler à leur guise l’Afrique centrale et orientale, les Etats Unis vont s’appuyer sur les nouveaux dirigeants souvent arrivés au pouvoir par les armes et au premier rang l’Ougandais Yoweri Museveni toujours flanqué de « ses » officiers tutsi.

Pouvoir aux Tutsi à tout prix (dégâts collatéraux à assumer)

C’est dans ce contexte que Yoweri Museveni lancera la composante tutsi de son armée à la conquête du Rwanda le 01 octobre 1990. Paul Kagame, qui avait alors le grade de Major, avait été envoyé trois mois auparavant comme un officier ougandais en formation aux Etats Unis dans le fameux «  Command and General Staf  College » de Kansas (USA). Il fut précipitamment rappelé pour prendre le commandement des troupes ougandaises d’invasion qui se présentaient désormais comme « des rebelles rwandais »et dont le commandant en chef désigné par Museveni, le général Fred Rwigyema, venait d’être tué au combat dès le deuxième jour de l’invasion. Encore une fois par un curieux hasard, celui que ses anciens collègues dans l’armée ougandaise qualifiaient de « intellectually and physically unfit » (intellectuellement et physiquement inapte) se retrouvait à la tête d’une armée qui allait à moins d’une décennie, changer la physionomie de toute la région sur ordre et avec l’appui de la superpuissance.

En cet automne 1990, personne n’aurait parié un kopeck que ces descendants d’anciens féodaux monarchistes dont beaucoup ne connaissaient du Rwanda que de nom et surtout étaient à la fois honnis et redoutés par la majorité de la population,  se rendraient quand-même maîtres de ce pays à peine moins de quatre ans après le début de leur aventure. Mais s’était sans compter avec les commanditaires de cette guerre qui, certes, jugeaient que les pertes en vies humaines seraient énormes, mais que la victoire militaire en valait la peine et que ces « dégâts collatéraux » seraient à assumer.

En effet, après un assaut final particulièrement violent qui dura trois mois, Paul Kagame, qui tuait tout sur son passage, entra dans Kigali le 04 juillet 1994 à la tête des combattants tutsi, en enjambant des milliers de cadavres avant d’étendre l’opération sur le reste du territoire national. Ainsi donc, l’ancien garçon de rue de Kampala devenait, à seulement 37ans, le maître de ce Rwanda qu’il avait quitté à deux ans et qu’il venait de conquérir militairement au prix des milliers de morts et des millions de déplacés et réfugiés. Il n’en avait  cure : ce qui comptait pour lui était de s’installer au trône laissé par ses aïeuls en 1959.

Gestion d’une situation inimaginable

Pour s’imposer à une population qui l’a vu à l’œuvre (en tuant) durant les années de conquête, Paul Kagame n’y ira pas par quatre chemins : une répression aveugle et systématique devient la consigne donnée à son armée. Il est d’autant plus à l’aise dans cette entreprise macabre que ses mentors qui, par ailleurs, suivent ses pas et contrôlent la presse mondiale, lui ont assuré non seulement l’impunité mais aussi l’omerta sur ses crimes. Sa nouvelle conquête sera aussi un champ d’expérimentation des capitaux versés aux ONG pour installer un régime fantoche, comme cela pourrait désormais se rééditer ailleurs. Tous ceux qui voulaient étudier comment remettre en marche un pays volontairement détruit sont venus se pencher sur le laboratoire qu’est le Rwanda tenu par le laborantin Paul Kagame. Les dollars pleuvaient à profusion. Pour le faire paraître comme incontournable,  il sera à plusieurs reprises, utilisé par ces puissances comme supplétif pour réaliser leurs objectifs stratégiques  dans la région. Il fut à l’œuvre en RDC depuis 1996 comme il l’est actuellement au Burundi voisin.

Légitimation par le cynisme

Pour faire passer cette énormité dans l’opinion interne et dans l’opinion internationale, une trouvaille  vint à la rescousse : « le génocide ». Commence-t-on à évoquer les dégâts de la guerre de conquête, que l’on est sommé de se taire pour cause de génocide. Les crimes de guerre et crimes contre l’humanité ne peuvent pas être évoqués surtout s’ils ont été commis par l’armée de Paul Kagame, toujours au nom du « génocide ».

L’exploitation honteuse des victimes de la guerre de conquête est devenue un fond de commerce du régime Kagame. Du véritable nombre de morts aux expositions des restes dans des mémoriaux, en passant par les données du recensement général de la population, tout est trafiqué pour accréditer les thèses et les théories du régime de Kagame. Ainsi, le nombre de Tutsi du Rwanda était généralement estimé à environ 12 % de la population totale, soit environ 840 000 personnes. Si « un million » de Tutsi avaient été assassinés durant les terribles trois mois de 1994, cela signifierait que 14,3% de la population rwandaise aient été exterminés et qu’aucun Tutsi n’aurait survécu. Or, une bonne partie de la communauté tutsi a survécu. Cette froide démonstration mathématique prouve donc que nombre de non-Tutsi furent également victimes des massacres.  Autre incohérence : le mémorial de Gisozi à Kigali est censé abriter les restes de plus de 250.000 victimes tutsi qui habitaient la ville. Or, à l’époque la capitale rwandaise était peuplée par un peu plus de 500.000 habitants, dont environ 15 % de Tutsi, soit environ 75.000 âmes. Sachant qu’il y eut beaucoup de rescapés qui témoignent chaque année, l’on se demande d’où sont venus ces autres restes pour atteindre le nombre de 250.000 à Gisozi.

Paul Kagame a fait du « génocide » un outil politique et judiciaire pour faire taire toute opposition. Dans ce cadre, il a fait voter des lois controversées comme celle  sur l’idéologie du génocide ou sur le négationnisme. Enfin, pour assurer ses arrières et stigmatiser à jamais les Hutu, il a décrété que le « génocide des Tutsi »était un péché originel commis par les Hutu : du père au fils jusqu’à des centaines de générations. C’est pourquoi, chaque jeune hutu doit faire « mea culpa » pour ce que ses parents ou arrière grands-parents auraient commis s’il veut vivre tranquille dans le Rwanda de Kagamé.

Le modèle séduit certains leaders africains non clairvoyants ou sous influence :

Aussi paradoxal que cela peut paraître, ce modèle connaît des émules, comme pour confirmer l’adage rwandais qui dit que : « Ntamurozi wabuze umukarabya » [même la personne la plus abhorrée a toujours au moins un admirateur].

Le plus admiratif semble être le président guinéen Alpha Condé.  Il n’a pas hésité à déclarer que son pays avait besoin d’un leadership comme celui de Kagame, froissant au passage ses compatriotes de l’opposition qui n’avaient pas besoin de cette humiliation uniquement pour flatter un des grands criminels d’Afrique sinon du monde encore au pouvoir. Il est vrai que Kagame lui avait été recommandé par un certain…Tony Blair comme il l’a avoué. Est-ce que le président guinéen n’a vraiment pas de moyens pour savoir que Tony Blair est le Conseiller officiel de Paul Kagamé depuis des années ?

Le congolais Denis Sassou Nguessou n’est pas en reste. Depuis que celle qui représentait les réfugiés rwandais à Brazzaville et qui avait ses entrées au palais présidentiel, Madame Séraphine Mukantabana est rentrée à Kigali pour devenir ministre, le président congolais multiplie les gestes pour se faire bien voir de Kagame. Quand Kagame doit visiter le Congo, il est reçu non pas à Brazzaville mais dans le village natal du congolais comme pour marquer le caractère « familial » de leurs relations. D’autres développements sont prévisibles car le flirt continue.

L e gabonais Ali Bongo ne tarit pas d’éloge à Paul Kagame jusqu’à s’extasier face à sa « trouvaille » qu’il qualifie de « coup de génie » à savoir : remplacer le français par l’anglais comme langue d’enseignement au Rwanda. Il ne sait certainement pas que la décision de Kagamé est à classer dans la catégorie des « génocides culturels » car ayant rendu subitement plus de deux générations de Rwandais des « incultes et illettrés» dans leur pays car ne connaissant pas l’anglais alors qu’ils étaient jusque là considérés comme « intellectuels » ou instruits. Tout ce gâchis pour décomplexer l’ancien garçon de rue de Kampala qui n’a pas les aptitudes pour pratiquer la langue de Molière. Même son anglais est approximatif et de la rue. Espérons que pendant son règne, le fils d’Omar Bongo ne soumettra pas les Gabonais à ce « génocide culturel » made in Rwanda de Paul Kagamé.

En conclusion

Paul Kagame est le produit du hasard, du concours de circonstances et reste une créature et un outil des puissances qui dominent le monde. Les Rwandais, sur les têtes desquels le ciel est tombé (ishyano ryagwiriye) avec l’avènement de Paul Kagamé, ne doivent pas prendre ce fait comme une fatalité. Tout effort pour sortir de ce cauchemar est à encourager car quelle que soit la longueur de la nuit, le jour finit toujours à poindre.

Emmanuel Neretse

 

 

 

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