Vers l’effondrement de la RDC ?

L’article ci-après a été rédigé par Andrew Korybko, un  commentateur politique américain et publié sur le site Katehon.com. Sa traduction en français a été publiée sur lesakerfrancophone.fr. L’idée générale est que la République démocratique du Congo  pourrait à nouveau jouer le rôle de catalyseur d’un conflit régional plus large et d’une autre « guerre mondiale africaine ».


L’effondrement du Congo

 

La RDC est au bord d’une autre période de guerre civile, cette fois provoquée par le report des élections nationales par le Président Kabila et son refus de démissionner pendant l’intervalle. L’auteur a exactement prévu ce scénario il y a plus de 6 mois, dans un article pour le site The Duran intitulé La Chine contre les États-Unis : la lutte pour l’Afrique centrale et le Congo, dans lequel j’explique que la vraie raison derrière cette tourmente tourne autour de la prise de contrôle de l’un des plus grands pays d’Afrique. Plutôt que de n’être que ce que les médias traditionnels tentent de projeter, une autre crise africaine stéréotypée avec un « dictateur refusant d’abandonner le pouvoir », la vérité est que le conflit émergent est en réalité une lutte par procuration entre les États-Unis et la Chine, pour le contrôle du plus grand dépôt de coltan et de cobalt au monde – des minerais irremplaçables, mais nécessaires à l’électronique moderne et aux dispositifs de communication. Comme le prouve l’article mentionné, le pays ayant le plus grand accès à ces réserves va acquérir un avantage stratégique dans l’économie mondiale future. C’est pourquoi les États-Unis envisagent le recours de la guerre hybride pour déloger de manière destructrice la Chine et ses sociétés affiliées de cette industrie, afin qu’elles puissent être remplacées par des entreprises occidentales.

 

La ceinture du Chaos

 

Si une guerre hybride naissante se déclenche au Congo, elle affectera bien plus que les habitants de ce pays. La RDC est située au cœur du continent africain et a déjà servi par deux fois dans le passé à déclencher des crises régionales plus importantes. La Première et la Seconde Guerre du Congo se sont développées pour impliquer une multitude d’États africains, la seconde gagnant même le nom de « guerre mondiale d’Afrique », en raison de la portée géographique étendue de ses participants. Ignominieusement, elle a également le titre de guerre la plus sanglante depuis la Seconde Guerre mondiale, et environ cinq millions de personnes y sont mortes, directement ou indirectement, depuis son éclatement à la fin des années 1990. Compte tenu du fait que la transformation du Congo en un trou noir mortel de chaos régional et continental est déjà bien documenté, il y a des possibilités inquiétantes que le pays puisse à nouveau jouer cet affreux rôle s’il est de nouveau bouleversé par les prévisions susmentionnées.

 

En parlant de cela, l’article de l’auteur dans The Duran énonce également les prévisions de scénarios les plus probables pour ce qui peut, de manière prévisible, se produire dans le cas où le Congo glisserait de nouveau dans le chaos. Toutes les prédictions reviennent, d’une manière ou d’une autre, au dénominateur commun d’un conflit régional, vu que les frontières du pays sont déjà extraordinairement poreuses et qu’une myriade de groupes armés traversent son territoire périphérique au nord-est. Comme c’est expliqué et cité dans l’article, des groupes « rebelles » sud-soudanais, ougandais et rwandais (qualifiés de terroristes par certains acteurs) se baladent en toute impunité dans ce coin peu géré du pays, et rien n’empêche non plus les milices de la République centrafricaine de traverser la frontière du Nord du Congo. L’auteur a accordé plus d’attention à ces scénarios dans le texte d’une conférence sur les Menaces du terrorisme en Afrique : Aspects internes et externes, accueillie par l’Institut des études africaines à l’Académie des sciences de Russie en novembre 2016. La traduction anglaise devrait être publiée sur Katehon au début de l’année prochaine, mais la version russe est accessible à ce lien.

 

L’analyse met en évidence la facilité avec laquelle une crise de type Révolution de couleur au Congo pourrait déclencher une guerre régionale plus large, en mettant l’accent sur la manière dont les acteurs non étatiques du nord-est de la RDC ont exploité les faiblesses de Kinshasa et lancé des attaques transfrontalières contre ses voisins. Ces attaques invitent par conséquent les gouvernements concernés à prendre des mesures de rétorsion, et tout cela alimente le cycle d’un conflit qui s’accélère rapidement. Si un seul des trois États limitrophes de cette région – le Soudan du Sud, l’Ouganda et / ou le Rwanda – intervient au Congo pendant ces périodes tumultueuses, cela pourrait encourager les autres à le faire aussi, en attaquant de façon décisive leurs ennemis non étatiques pour sauvegarder préventivement leur propre souveraineté. Ce qui est le plus dangereux, c’est que, comme le montre l’Histoire, les pays intervenant au Congo ne s’arrêtent pas, une fois leurs objectifs immédiats et publiquement présentés atteints, car ils transforment leur mandat unilatéral en une tentative de changement de régime.

 

Le Soudan du Sud et la République centrafricaine sont beaucoup trop faibles pour le faire, mais l’Ouganda et le Rwanda sont deux pays qui ont déjà fait cela à l’occasion. Si le Congo éclate dans la violence et déclenche une plus grande guerre régionale, il est très probable que le tronçon transocéanique des États africains s’étendant de l’Atlantique à l’océan Indien puisse être impliqué à des degrés divers. Cela transformerait ainsi la région bicostale en une zone chaotique de conflits. Chacun des voisins de la RDC a ses propres faiblesses face à la déstabilisation et, dans le cas de la République du Congo et de l’Angola, ils ont tous deux vécu des conflits sporadiques de type Révolution de couleur, qui pourraient être encouragés par une foule de nouveaux facteurs situationnels (réfugiés, combattants transfrontaliers, etc.) émanant d’un Congo qui s’effondre. La Zambie et la Tanzanie, généralement beaucoup plus stables que les autres voisins de la RDC, pourraient aussi être aspirées par le vortex de la violence.

 

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