Avec des services de sécurité américanisés, Paul Kagame bafoue les droits de l’homme à sa guise

Préparatifs US Army-Rwanda Defense Forces

Paul Kagame, président du Rwanda, a misé sur le bon cheval en se mettant au service du pays de l’Oncle Sam. Il en récolte des dividendes.

D’une part, ses services de sécurité, qui ont semé la désolation au Rwanda et dans les pays voisins, sont sollicités pour des missions de maintien de la paix à travers le monde : policiers chargés de maintien de l’ordre et de la garde rapprochée du Chef de l’Etat en Centre Afrique, militaires pour s’interposer entre milices rivales catholiques et musulmans de ce pays. Pour ce faire, l’US Air Force y a acheminé, par pont aérien, 1000 tonnes d’équipement et un bataillon de la Rwanda Defence; mission de maintien de la paix au nord et au Sud Soudan ; policiers pour sécuriser les prisons au Haïti, ….

L’expertise de l’armée rwandaise est connue : bombardement des camps de réfugiés à Kibeho avec plus de 8000 morts selon des témoins qui étaient sur les lieux dont les médecins australiens. Terry Pickard, dans son livre, donne un témoignage poignant :

Avant l’embarquement vers la Centrafrique
/http://reseauinternational.net

« Le 22 avril 1995, à Kibeho, les militaires de Paul Kagame tuaient les rescapés des bombardements du camp de réfugiés avec des baïonnettes pour épargner leurs balles. Dans ce massacre, personne n’était épargné. Même des bébés sur le dos de leurs mères étaient tués. D’autres avaient la gorge coupée. C’est la première fois où Terry Pickard, dans sa vie de militaire, a vu des hommes devenir des cibles de tir à l’arme comme dans des exercices militaires. Il a demandé à un soldat zambien ce qu’il pense, comme africain, de ce que l’armée du FPR a fait pour ces réfugiés. Le soldat zambien lui a expliqué que les soldats du FPR ne sont pas des hommes, mais des animaux qui savent se servir des armes à feu »[1].

Débarquement en centrafrique/
http://reseauinternational.net

Après les massacres de Kibeho, une autre « performance » de l’armée de Paul Kagame fut le bombardement des camps de réfugiés de la RDC en 1996-1997. Plus de 300.000 morts. Lerapport Mapping des Nations-Unies parle de génocide si jamais un tribunal se penchait sur le cas. Les rapports parlant des populations civiles massacrées par l’armée du FPR sont légion : rapport Gersony (30.000 morts), Amnesty international, Human Right Watch, des milliers de personnes gazées dans des grottes du Nord du pays, massacres de milliers de personnes dans le stade de Byumba en 1994, …

A l’intérieur du pays, cette armée est utilisée pour mâter la population par des rafles, des exécutions sommaires, des disparitions,… C’est en fait une armée dressée pour tuer des civils, et elle le fait avec perfection.

Sa plus récente action est une rafle et un harcèlement des opposants politiques. Tout a commencé au début de ce mois de septembre quand la résidence familiale de Mademoiselle Diane Rwigara, qui a voulu se présenter aux récentes élections présidentielles contre Paul Kagame, a commis de ce fait un crime de lèse-majesté et qu’elle doit payer cher. La maison fut encerclée par des militaires de la garde rapprochée du président Kagame. Tous les membres de la famille furent séquestrés à l’intérieur, menottes aux poings. Ils furent ensuite trimbalés de station judiciaire en station judiciaire pour être inculpés, au départ, de faux en écriture, de non-dédommagement du fisc et finalement, en dernière minute, d’atteinte à la sureté de l’Etat, accusation qui va les acheminer en prison pour un minimum de 15 ans comme ce fut pour Victoire Ingabire.

La police à l’assaut de la résidence
de la famille Rwigara/umuryango.rw

Le parti FDU-Inkingi de Victoire Ingabire ne fut pas en reste. Plus 6 cadres de ce parti ont été emprisonnés pour soi disant avoir mis sur pied un mouvement visant à attaquer le pays. Un de ces cadres, Théophile Ntirutwa, a été maintenu en un endroit secret pendant 17 jours. Grâce aux nombreux appels des organisations de défense des Droits de l’Homme, la police a fini par le faire apparaître dans une des stations judiciaires de la capitale.

Ce branle-bas s’est passé quand Paul Kagame était à New York dans l’assemblée générale des Nations-Unies. Tout laisse penser qu’avant de partir, il a instruit ses services de sécurité de « nettoyer » le terrain de l’opposition politique.

A New York, c’est avec une arrogance hors du commun que ce « plus grand criminel de guerre encore au pouvoir » selon le professeur Filip Ryntjens, a répondu aux journalistes qui lui posaient la question au sujet de son score électoral stalinien du mois passé. Pour le président, la démocratie à l’occidentale ne peut pas fonctionner dans son pays. « Etre élu à 98%, c’est la démocratie à la rwandaise. C’est le peuple qui le veut ainsi ».

L’assurance et l’arrogance affichées par Paul Kagame lui viennent du soutien américain notamment du Pentagone. Les observateurs sont abasourdis en constatant comment les Américains sont les véritables « patrons » des Etat-majors, que tout l’équipement, du transport aérien jusqu’à au treillis en passant par le matériel de communication, sont fournis par les USA. Bref, l’armée rwandaise actuelle ressemble plutôt à un bon « Corps d’Armée de l’US Army  déployé dans la région des Grands-lacs » qu’à une armée d’un petit pays africain. Bien entendu, tout le monde en est fier : les officiers rwandais, les Américains et les observateurs, tous sont admiratifs.

Puisse l’armée américaine sauver le Rwanda ! Et elle en a les capacités car en mettant la main sur le commandement de l’armée du FPR, elle a acquis en même temps le droit et la possibilité d’influer sur le sort des événements au Rwanda. L’exemple de ce qui s’est passé en Egypte est encore frais dans les mémoires. En effet, le président Moubarak avait une armée, la plus grande alliée des USA au Moyen Orient et dont les officiers étaient tous connus du Pentagone. Pourtant, le moment venu, il a été lâché d’un seul trait. Paul Kagame doit y penser.

Quant aux Rwandais, ils sont dans l’expectative que ce temps va arriver incessamment.

Jean-Jacques Karamira


[1] Terry Pickard, Combat Medic. An Australian’s eyewitness account of the Kibeho Massacre, Big Sky Publishing, 2008, p.76.

 

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