Les partis au pouvoir, protecteurs et opposants des présidents africains
Les présidents africains sont-ils inoxydables comme s’en est convaincue l’imagerie populaire ? Les développements de ces derniers mois prouvent que derrière la toute-puissance présumée de certains chefs d’Etat africains, se cachent la suprématie des partis politiques qui les ont propulsés au pouvoir.
Les présidents africains sont-ils inoxydables comme s’en est convaincue l’imagerie populaire ? Les développements de ces derniers mois prouvent que derrière la toute-puissance présumée de certains chefs d’Etat africains, se cachent la suprématie des partis politiques qui les ont propulsés au pouvoir.
Hailemariam Desalegn, le Premier ministre éthiopien en aurait fait l’expérience. Jeudi, à la surprise générale, il a rendu sa démission et évoqué son probable départ du Front démocratique révolutionnaire populaire éthiopien, le parti au pouvoir. Officiellement, l’ancien homme fort d’Addis-Abeba part pour donner « une chance » à une « paix durable » en Ethiopie alors que le pays est submergé par une violente vague de contestations anti-gouvernementales depuis plusieurs mois.
Mais dans les coulisses, une autre version de cette démission est avancée. La crise de ces derniers mois a fait naître de graves dissensions entre les membres de la coalition au pouvoir. Pris au cou par le mécontentement grandissant et par ces différends, le gouvernement aurait dès lors décidé de sacrifier le Premier ministre, issu d’une ethnie minoritaire.
« Il n’y a pas d’unité au sein du gouvernement. De plus, le mouvement de masse des gens a rendu le parti impuissant et opposait un fonctionnaire à l’autre », croit savoir Yilikal Getnet, un politicien de l’opposition. « Les luttes politiques entre les membres du parti au pouvoir ont provoqué une grave fracture dans l’establishment politique », a-t-il ajouté.
« Ôte-toi de là que je m’y mette »
Le successeur d’Hailemariam Desalegn sera connu d’ici peu. On parle déjà de Lemma Megerssa, chef de la région éthiopienne d’Oromia, le plus grand Etat fédéral.
En Afrique du Sud, les démissions aux forceps de deux leaders successifs sont l’illustration parfaite de la force que représente une partocratie, un régime où le parti au pouvoir a la mainmise sur la société. Après des mois de résistance, Jacob Zuma a fini par chuter, comme son prédécesseur en 2007, sur pression de l’ANC.
Il y a onze ans en arrière, ce même Congrès national africain chantait les louanges de Zuma et en faisait le successeur anticipé de Thabo Mbeki, contraint à se retirer après neuf années de présidence. Thabo Mbeki payait ainsi sa détermination à limoger Jacob Zuma, son ancien bras droit, mêlé à une affaire de corruption en 2005 et accusé de viol l’année suivante.
C’est cette question de corruption qui a coûté sa tête à Jacob Zuma, remplacé à la tête de l’ANC en décembre dernier par Cyril Ramaphosa, qui était jusque-là son vice-président.
Au Zimbabwe, le scénario a été tout autre. Les mauvais calculs de Robert Mugabe qui a voulu propulser son épouse Grace aux dépens de son compagnon de longue date Emmerson Mnangagwa, lui ont rappelé la puissance politique de la machine Zanu-PF.
Quelque trois semaines après avoir évincé Emmerson Mnangagwa, le vieux leader a dû faire face à la pression de l’armée, puis de son parti. Les négociations ont duré à peine une semaine pour que Robert Mugabe accepte de lâcher le pouvoir, 38 ans après y avoir accédé. Sur « son » fauteuil, un visage qu’il connaît bien : Emmerson Mnangagwa.
Leader éphémère, parti éphémère
Le retrait surprenant d’Eduardo dos Santos, l’ancien président angolais, a également fait mûrir des soupçons de pressions qu’il aurait subies de son parti. Si au départ la fragile santé du dirigeant a été évoquée comme raison de son départ, le démantèlement de son empire politico-financier qu’effectue son successeur João Lourenço remet tout en cause. Eduardo dos Santos qui avait confié certains centres de pouvoir à ses enfants, aurait été écarté pour donner la chance à d’autres voix du MPLA, le parti au pouvoir.
Ailleurs, cependant, les partis au pouvoir ne sont que de simples institutions à la solde d’un seul homme qui en trace les lignes. Conséquence, le parti n’arrive pas à pérenniser son pouvoir à la disparition ou à l’effondrement de son principal leader ou fondateur. En Côte d’Ivoire, le Front populaire ivoirien (FPI) a encore du mal à se relever après l’incarcération à la CPI de son leader historique Laurent Gbagbo.
Il en est de même pour le Congrès pour la démocratie et le progrès de l’ancien président burkinabè Blaise Compaoré, en exil en Côte d’Ivoire après la révolution de 2014 qui l’a chassé du pouvoir.
Carole KOUASSI
Source : http://www.cameroonvoice.com
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