Belgique-Génocide rwandais. L’Etat et la Justice belges entre le marteau et l’enclume !

Avril 1994 Retrait des casques bleus belges : L’Etat et la Justice belges entre le marteau et l’enclume !

Le vendredi 02 mars, devant la cour d’Appel de Bruxelles, a débuté un procès intenté par des survivants du génocide rwandais à l’encontre de l’État belge et de trois officiers du contingent belge de la force onusienne (MINUAR) présente au Rwanda en 1994.

 

Après le déclenchement du génocide par l’attentat contre l’avion transportant le président Juvénal Habyarimana le 06 avril 1994 et la reprise des hostilités sur tous les fronts mais principalement dans la capitale Kigali par la rébellion tutsi du FPR commandée par Paul Kagame, les Nations Unies décidèrent de réduire considérablement les effectifs de leur force déployée au Rwanda depuis novembre 1993.

 

La MINUAR alors commandée par le général canadien Roméo Dallaire comprenait plus de 2.500 hommes dont l’essentiel était constitué par le contingent belge. La décision de ne laisser au général Dallaire qu’un petit élément symbolique de moins de 250 hommes au Rwanda comme pour « observer » la suite des combats, allait donc concerner dès le départ et principalement le contingent belge. C’est donc dans ce cadre que le 11 avril 1994, sur ordre, les soldats belges de la 14ème compagnie de para-commandos de Flawinne quittent l’Ecole Technique Officielle (ETO) située à Kicukiro pour s’occuper de l’évacuation des expatriés à l’aéroport avant de regagner leur garnison en Belgique.

 

L’ordre avait été répercuté sur le terrain par le colonel Luc Marchal, “numéro deux” de la mission onusienne au Rwanda, aux côtés du général canadien Roméo Dallaire (alors son patron hiérarchique et aujourd’hui ‘‘héros national’’ dans son pays et aux Nations Unies pour les mêmes faits !) et des officiers belges : le colonel Joseph Dewez, commandant du bataillon belge à Kigali et feu le capitaine Luc Lemaire qui commandait la compagnie des casques bleus de l’ETO. Ce qui leur vaut depuis des années et aujourd’hui encore d’être jugés pour « non assistance à personnes en danger ».

 

Le 8 décembre 2010, le tribunal de première instance de Bruxelles avait rendu un premier  jugement. La prescription des faits, invoquée par les avocats de l’État belge, a été rejetée. Et le jugement a désavoué Bruxelles sur un point clé : « La décision d’évacuer l’ETO est une décision [qui a été] prise sous l’égide de la Belgique, et non de la MINUAR ».

 

Contre l’Etat belge, en première instance comme en appel, l’accusation joue sur deux cordes sensibles qui font retentir sa plaidoirie et font taire la défense. Tout décideur politique belge et a fortiori ceux qui étaient aux affaires en 1994, sait que la décision de retirer les troupes de l’ONU du Rwanda après le 06 avril répondait à l’exigence de la rébellion tutsi du FPR de Paul Kagame, avec l’aval de la Superpuissance américaine pour ne pas entraver sa conquête militaire du pays et s’assurer de la victoire totale sur les forces gouvernementales.

 

L’Etat belge, et à travers ses représentant de toutes les époques, admettront donc d’être condamnés pour « non assistance » au lieu de se brouiller avec les Etats Unis (ONU) ou encore le régime tutsi de Paul Kagame érigé par eux au Rwanda en révélant (les preuves ne manquent pas) que ce sont ces institutions qui ne voulaient pas de présence militaire étrangère au  Rwanda lors de l’assaut final pour la conquête du pouvoir par le FPR après le 06 avril 1994. L’autre corde sensible est l’émotion soulevée dans l’opinion belge quand les avocats de l’accusation exhibent les « rescapés » du massacre de Kicukiro avec moult détails. Après leur prestation, le sentiment général est de dire : « Ils méritent compensation ! ».

 

L’accusation compte également jouer sur l’amalgame de la jurisprudence pour avoir gain de cause sans être contredit ni par la défense ni par les juges tenus par « l’intérêt supérieur de la Nation ». Le 27 juin 2017, l’État néerlandais a en effet été reconnu pour partie responsable de la mort de 350 musulmans qui avaient été expulsés d’une base néerlandaise sous protection de l’ONU, dont les environs avaient été conquis par les troupes bosno-serbes, en 1995 dans le secteur de Srebrenica.

 

Ce qui ne sera pas dit ou expliqué, c’est que, contrairement aux militaires néerlandais qui avaient en face d’eux à Srebrenica une force armée structurée et identifiable avec un commandement connu et joignable,  les éléments belges de la MINUAR déployés à Kicukiro ne faisaient face à aucune force armée visible et structurée.

 

Aussi étrange que cela puisse donc paraître, l’Etat belge préfère se faire condamner plutôt que  de contrarier son puissant allié (USA-ONU) et/ou  fâcher leur enfant gâté qu’est le régime du FPR de Paul Kagame. De même, la Justice belge, si indépendante et si impartiale soit-elle, aurait facile à se rabattre sur des lampistes et boucs émissaires que sont les officiers belges prêtés aux Nations Unies pour une mission au Rwanda en 1994 plutôt que de se compromettre en dénonçant les magouilles des mêmes Nations Unies qui causent la mort de millions d’êtres humains à travers le monde.

 

Hélas!, ceci ne vaut pas seulement pour la Belgique, mais constitue la trame de la nouvelle donne géo-stratégique depuis la chute du mur de Berlin.

 

Bruxelles, le 04/03/2018
Emmanuel Neretse

 

 

 

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