Le bras de fer Paul Kagame/Diane Rwigara : qui sera le gagnant ?

L’acquittement de Diane Rwigara et de sa mère Adeline Mukangemanyi n’est pas vraiment une surprise. C’est une suite logique des demandes des parlementaires américains à surseoir à la condamnation de ces deux dames. Cet appel ne pouvait pas être balayé du revers de la main par Paul Kagame. Il avait en effet tout à perdre en l’ignorant. De ce fait agir autrement aurait entravé gravement le train de vie de Paul Kagame : il suffit de compter le nombre de fois qu’il se rend en Amérique pour des raisons diverses. Ne pas obtempérer aux demandes des sénateurs américains risquaient de lui fermer la porte au nez pour ses nombreuses pérégrinations dans ce pays de l’oncle Sam sans parler du fait que les Etats-Unis d’Amérique comptent beaucoup pour lui non seulement pour l’aide bilatérale que le Rwanda reçoit mais également cette puissance mondiale, pour ses intérêts économiques et géostratégiques, s’est rangée derrière Paul Kagame jusqu’à la compromission, depuis le début de son aventure guerrière avec des crimes qui l’ont accompagnée, jusqu’aujourd’hui où il bafoue les droits de l’Homme sans être inquiété.

 

Dans un récent discours, Paul Kagame s’était targué de ne subir aucune pression d’où qu’elle vienne. Il faisait allusion à la libération de Victoire Ingabire, présidente du parti FDU-Inkingi et de Diane et d’Adéline Rwigara. Il s’insurgeait alors aux commentaires désobligeants selon lesquels il aurait procédé à ces libérations, sous pressions.

 

Malgré ces dénégations de Paul Kagame, les faits sont là. Outre l’acquittement de Diane et d’Adéline survenu sur pression américaine, le soutien de la France et du Canada de la candidature de Louise Mushikiwabo au poste de secrétaire générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie ne pouvait se faire sans contrepartie. Le deal saute aux yeux : ces deux pays influents de la Francophonie ont conditionné leur soutien aux libérations précitées. Comme Paul Kagame avait investi tous ses efforts pour avoir cette place, il ne pouvait qu’accéder à cette demande. La Grande Bretagne n’est pas en reste sur ces pressions qui s’exercent de toutes parts sur le président Paul Kagame. Le Rwanda   accueillera la prochaine réunion des Chefs de Gouvernement du Commonwealth en 2020. Il doit donc bien se tenir pour ne pas gâcher cette occasion en or de réconforter sa mégalomanie.

 

Sur ce, Diane Rwigara vient de gagner le premier round d’un match qui sera long et tourmenté car tout compte fait les Rwigara, à entendre leurs déclarations courageuses, voire osées, sont prêts à en découdre avec Paul Kagame quoi qu’il leur en coûte.

 

La fronde des rescapés de l’intérieur

 

Toute analyse faite, il se voit que le conflit des clans Rwigara et Kagame a un fond de rente de guerre et surtout du génocide. Les Tutsi de l’intérieur sont d’avis qu’ils ont payé un lourd tribut de la guerre déclenchée par le FPR et qu’ils n’en ont pas reçu des retombées à la hauteur des dommages subis. Les retournees, surtout ceux venus d’Ouganda, se sont taillés la part du lion dans l’armée et occupent la presque totalité des postes les plus juteux du secteur public et privé.

 

Ce partage inégal du gâteau fait des remous depuis des années dans les milieux concernés et nul n’ose élever la voix sur ce sujet de peur de s’attirer les foudres du président Paul Kagame et de son système coercitif. Cependant, quelques personnes ont pris leur courage à deux mains : il s’agit des Tutsi de Kibuye qui ont mis sur pied une association connue sous le nom de « Solidarité Kibuye » et dont les ténors n’étaient autres qu’Assiel Kabera et Assinapol Rwigara. Le premier a été criblé de balles, en plein jour, dans la capitale Kigali. Le second a été assassiné dans une simulation d’accident. D’après son épouse qui est arrivée rapidement sur les lieux, son mari respirait encore mais la police s’est empressée de le mettre dans un sac mortuaire en plastic malgré qu’elle demandait avec insistance que son mari soit conduit dans un hôpital le plus proche. Les déclarations d’Adeline Mukangemanyi font froid au dos surtout quand elle ajoute qu’au retour, dans la morgue, le crâne de son mari était fracassé par un objet contondant, signe qu’il avait été achevé dans les locaux de la police.

 

Adeline Mukangemanyi a affirmé qu’elle a vu les assassins de son mari, qu’elle peut les identifier. Il s’agit entre autres d’un tutsi du clan des Bagogwe commis pour exécuter la sale besogne.

 

Un contentieux non liquidé

 

L’acquittement de Diane et Adeline Rwigara ne signifie pas la fin du conflit qui les oppose au clan Kagame. Loin de là. Outre cette image de la mise à mort atroce d’Assinapol Rwigara qui ne peut que hanter les membres de sa famille, dans la foulée leur hôtel a été détruit à coup de pelleteuses et leur usine de cigarettes et d’autres biens meubles et immeubles ont été vendus aux enchères. Les protestations d’Anne Rwigara, un des enfants qui était en liberté, n’y ont rien fait. Les dés étaient pipés. Après une de ces ventes, prise de colère et d’amertume, Anne s’est adressée à tous les fossoyeurs en présence : « vous avez bon nous dépouiller de nos biens mais sachez que vous ne pourrez pas espérer en jouir impunément ». Une sorte de déclaration de guerre. Maintenant que la famille est libre, tout compte fait, elle planche sans aucun doute sur les voies recouvrer ses biens aux mains des usurpateurs soutenus par les services publics, notamment le fisc, le cadastre, la justice et les services de sécurité, instrumentalisés à cet effet par Paul Kagame et son système.

 

Le poignet de Paul Kagame chancelle

 

De bonne source, nous apprenons que l’affaire Rwigara a provoqué un schisme parmi les rescapés du génocide, tant militaires que civils. Les motifs d’adhésion à l’une ou l’autre camp ne manquent pas. Les forces qui penchent du côté de Diane Rwigara ont des provenances diverses. Il suffit de recenser les familles actuellement en désarroi. L’avocat Toyi a été assassiné par des policiers, sur commande de la clique Kagame, dit-on. Le docteur Gasakure, cardiologue, médecin personnel de Paul Kagame, a été fusillé alors qu’il était en garde à vue à une des stations de police, sous prétexte qu’il voulait s’enfuir alors qu’il avait les menottes au poing ! Le général Rusagara, le major Byabagamba, ex-commandant de la garde présidentielle de Paul Kagame, le général Rugigana Ngabo, petit-frère du général Kayumba Nyamwasa,… tous croupissent en prison avec de lourdes peines après un simulacre de procès.

 

La liste peut s’allonger car des disparitions et des assassinats parmi les rescapés du génocide se comptent par centaines. Ajoutez à cela la fronde des autres rescapés du génocide qui ont pu échapper à la sentence kagaméenne. Tout ce monde a des familles, des amis, … qui souffrent en silence et ne souhaitent qu’en découdre avec Paul Kagame si l’occasion venait à se présenter. Il est triste de constater que les disparitions et les assassinats réguliers des Hutus ne comptent pas. En effet, les Hutu, réduits en citoyens de seconde zone, ne peuvent pas élever la voix et ils subissent leur sort en silence.

 

Suivons attentivement le déroulement et la fin du match : qui en sortira gagnant ?

 

Gaspard Musabyimana
11/12/2018

 

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