RDC-Rwanda-Ouganda: Quand Paul Kagame ouvre la boîte de Pandore

Dans son obsession pour s’émanciper de son ancien patron l’ougandais Yoweri Museveni qui l’a aidé à conquérir le Rwanda sur lequel il règne depuis un quart de siècle, l’ancien officier de l’armée régulière de l’Ouganda jusqu’en 1990 qui est devenu aujourd’hui un dictateur sanguinaire au Rwanda, vient ces derniers temps de pousser le bouchon plus loin en rêvant non seulement de faire tomber Museveni du pouvoir en Ouganda mais également de le faire remplacer par des rwando-ougandais qu’il choisirait lui-même. Paul Kagame vient d’ouvrir sans le savoir une boîte de Pandore d’où pourraient sortir les maux qui vont le terrasser à mort.

Aventure commune au Zaïre

Après la conquête du Rwanda en 1994 par les armées de Museveni et de Kagame avec la bénédiction et le soutien diplomatique des puissances anglo-saxonnes, celles-ci ne tarderont pas à faire jouer au nouveau Rwanda le rôle qui lui est destiné : servir de tremplin pour conquérir le grand Zaïre et en chasser le maréchal président Mobutu. Ceci fut accompli dans une campagne militaire qui dura à peine six mois (novembre 1996-mai 1997). Le tandem Kagame-Museveni installa alors à Kinshasa Mzee Laurent Désiré Kabila comme président de la République Démocratique du Congo, convaincus qu’il resterait leur homme de main et qu’ils le manipuleraient à volonté d’autant que ce qui fut présenté comme “Armée congolaise“ était commandée par des officiers tutsi rwandais dont James Kabarebe qui en devint Chef d’État-major.

Mais dès 1998, Laurent Désiré Kabila montra des signes de volonté de s’émanciper de ses maîtres ougandais et rwandais et même il eut le culot de leur demander de retirer leurs troupes de la RDC. Blessés, Kagame et Museveni (instruits par leurs commanditaires anglo-saxons) monteront une opération punitive en août 1998 avec pour objectif de renverser le récalcitrant Laurent Désiré Kabila. Non seulement l’opération échoua dans son objectif de renverser LD Kabila mais aussi il se transformera en une guerre africaine dans laquelle les armées de Kagame et de Museveni s’enliseront pendant plusieurs années.

Affrontements à Kisangani

C’est pendant cette période d’enlisement que les armées du Rwanda et de l’Ouganda se sont affrontées dans la ville de Kisangani en 2000 suite aux disputes lors du partage du butin de guerre. Le bilan tant humain que matériel fut très lourd et surtout des centaines de civils congolais innocents et non armés furent tués et leurs biens détruits par des bombardements aveugles des deux armées d’occupation.

Le président de la RDC, Laurent Désiré Kabila, désormais émancipé de Kagame et de Museveni et en plus envahi par leurs armées qui se battent sur le sol congolais en tuant des citoyens congolais et en détruisant ses infrastructures, porta plainte contre le Rwanda et l’Ouganda devant la Cour Internationale de Justice sise à La Haye.

Entretemps, en janvier 2002, Laurent Désiré Kabila fut assassiné dans son cabinet de travail à Kinshasa par un de ses gardes du corps parmi ceux lui laissés par James Kabarebe. Le défunt-président fut aussitôt remplacé à la tête de l’Etat par un jeune homme quasi illettré de 29 ans qui fut présenté comme son fils et au nom de Joseph Kabila. Le tout nouveau président, conseillé par certains milieux libéraux belges pour ne pas subir le sort de son “père” et donc pour avoir la chance de durer, courtisa les envahisseurs mais surtout il céda à toutes les caprices du tutsi Paul Kagame du Rwanda.

L’un des gestes allant dans le sens de faire allégeance à Paul Kagame du Rwanda fut la décision de Joseph Kabila de retirer la plainte qu’avait déposé LD Kabila à la Haye contre le Rwanda pour les tueries et destructions commises à Kisangani par les armées du Rwanda et de l’Ouganda. Donc, seul l’Ouganda restera poursuivi par la Cour Internationale de Justice mais pas le Rwanda.

Dédommagements et réparations demandées à l’Ouganda

Dans cette affaire toujours en cours, l’Ouganda est sommé de verser quelques dix milliards de dollars à la RDC comme dommages et intérêts suite aux destructions de Kisangani quand son armée s’est affrontée à celle du Rwanda. A la fin de son deuxième mandat et après deux ans de glissement astucieux, Joseph Kabila, après 17 ans de règne sur la RDC, céda la présidence à l’un des leaders de l’opposition jugé moins radical, à savoir Félix Tshisekedi, et ceci après les élections très attendues mais non moins controversées du 30 décembre 2018.

Report des audiences de commun accord entre l’Ouganda et la RDC: novembre 2019

Dans ses relations avec ses puissants et encombrants voisins de l’Est qu’est le Rwanda de Kagame et l’Ouganda de Museveni, le nouveau président de la RDC, Félix Tshisekedi, suivra les pas de son prédécesseur mais ne ratera aucune occasion pour s’en démarquer mais en douceur. C’est ainsi que lors de sa visite en Ouganda alors que les audiences devant la CIJ de La Haye sur l’affaire de Kisangani étaient prévues en novembre 2019, de commun accord entre l’Ouganda et la RDC, un report de ces audiences fut demandé à cette Cour et accordé.

Objections de l’Ouganda

Entretemps, selon certaines sources judiciaires et diplomatiques, l’Ouganda demanderait que dans cette affaire, il soit jugé avec le pays dont l’armée s’est affrontée à la sienne à Kisangani, affrontements ayant occasionné les dommages dont le seul Ouganda est accusé ou alors que la RDC retire aussi sa plainte comme il l’a fait en 2000 en faveur du Rwanda.

Plainte de l’Ouganda contre le Rwanda de Paul Kagame.

Bien plus, l’Ouganda peaufinerait un lourd dossier à soumettre au Rwanda pour arrangement à l’amiable sinon devant les Cours et tribunaux. L’Ouganda rappellerait en effet au régime du FPR de Paul Kagame que celui-ci s’était engagé à payer une dette de guerre à l’Ouganda qui l’a aidé à conquérir le pouvoir lors d’une guerre de près de 4 ans. La facture de guerre que l’Ouganda entendrait soumettre au régime Kagame détaille les postes pour lesquels il devra payer et les chiffres en dollars.

Ainsi:

  • Le nombre des militaires tutsi qui faisaient partie de l’armée régulière de l’Ouganda, la NRA, et qui ont déserté en 1990 emportant leurs armements et équipements est connu et ses effets inventoriés. Le prix à payer est donné en dollars américains.
  • Pendant la guerre de conquête du Rwanda par ces militaires tutsi de l’armée ougandaise (octobre 1990-juillet 1994), ils avaient comme base-arrière le territoire ougandais. Les installations et les infrastructures qui étaient mises à leur disposition ou qu’ils ont squattées sont répertoriées et le prix à payer également exprimé en dollars américains.
  • Les dégâts causés sur la population frontalière par les bombardements ou ripostes des deux belligérants tout comme les destructions des biens matériels de ces zones survenues pendant cette guerre sont aussi recensés et le prix à payer exprimé aussi en dollars américains.

Bref, la facture est salée, comme risque de l’être les répercussions politiques et diplomatiques de ce contentieux entre l’Ouganda et le Rwanda (en fait entre Museveni et Kagame). Mais dans toute cette histoire, ce sera Paul Kagame qui aura ouvert cette boîte de Pandore. A suivre donc.

 

Emmanuel Neretse.
Bruxelles, le 25/11/2019

 

 

 

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