Les pratiques homosexuelles ancestrales en Afrique

D’une manière générale, un homosexuel est quelqu’un ou quelqu’une qui est attiré par les relations sexuelles, avec une personne de même sexe. Appliquée aux femmes, l’homosexualité prend le nom de lesbianisme ou saphisme. Les deux termes font référence à la poétesse grecque Sappho, de l’île de Lesbos qui donne lesbienne. En scrutant ses textes, l’on constate que Sappho a instruit de jeunes femmes. Elle insistait sur la beauté des femmes et proclamait son amour des jeunes filles. Attirance sexuelle entre deux femmes, le lesbianisme est connu également sous le nom de tribadisme[1].
 
L’origine de l’homosexualité est d’essence pédagogique. Dans la Grèce antique, le maître pouvait entretenir, d’une façon réglementée, des relations amoureuses voire sexuelles avec son élève. Ainsi ce dernier pouvait atteindre le niveau de connaissance de son formateur.
 
Dans la Rome antique, les esclaves de guerre et autres membres des classes sociales au bas de l’échelle étaient objet de sodomie par des détenteurs du pouvoir.
 
En Afrique, l’homosexualité existe depuis des temps immémoriaux, du moins sous forme de rituel notamment pour marquer le passage de l’enfance à l’âge adulte. Les rites homosexuels ont disparu avec la colonisation et la christianisation qui les ont réprimés sans merci jusqu’à les pousser dans la clandestinité puis vers leur décadence.
 
Sujet tabou, les études sur l’homosexualité en Afrique noire sont plutôt rares. Le sociologue camerounais Charles Gueboguo[2] est un avant-gardiste en la matière. Il a retracé la réalité historique et contemporaine de ce phénomène dans plusieurs sociétés africaines. Ses recherches font ressortir que traditionnellement, l’homosexualité jouait un rôle social voire jouissif dans bon nombre de pays de cette partie du monde.
 
Ainsi, chez les Kivaï (Côte d’Ivoire), on sodomisait rituellement les jeunes hommes pour les rendre plus vigoureux.
 
Les hommes du groupe ethnique Quimbandas en Angola s’habillaient en femmes pour se livrer aux relations sexuelles avec des individus du même sexe. Toujours dans ce pays, les rapports anaux étaient fréquents chez les Wawihé. Des relations sexuelles lesbiennes étaient également pratiquées chez les femmes Azande du Sud-Ouest du Soudan par le biais des pénis taillés dans les tubercules comme la patate douce, le manioc ou la banane. Chez les Nkundo, dans la région située entre le lac Léopold II et le Kasaï dans la République Démocratique du Congo (RDC), les relations homosexuelles s’opéraient pour la jouissance mais également dans le but d’obtenir l’élargissement progressif de l’organe sexuel, en employant des bourgeons de plantes, en forme de pénis, de plus en plus gros.
 
Chez les femmes haoussa du Nord du Nigeria; les femmes s’introduisaient mutuellement un pénis en bois d’ébène lors des relations homosexuelles. Quant à l’homosexualité masculine, elle se pratiquait entre des hommes d’un même rang social. A Mombassa au Kenya et sur la Côte Est africaine en général, l’homosexualité y est fort appréciée.
 
Chez les Bafia du Cameroun, les rapports anaux étaient pratiqués par des adolescents qui pénétraient les plus jeunes.
 
Parmi certaines tribus sud-africaines, l’homosexualité était très répandue entre mâles aussi bien que les rapports sexuels entre femmes. C’est notamment le cas chez les Ovambos (Hottentots) et chez les Hereros.
 
Chez les Pangwé, groupe ethnique Fang du Gabon, du Cameroun ou de Guinée Equatoriale, l’homosexualité était pratiquée à des fins magico-sociales. Par exemple, le plus riche pénétrait analement le plus pauvre pour lui transmettre la richesse. La pénétration anale servait, chez les Siwans de Libye, à transmettre l’art de la guerre lors des cérémonies initiatiques.
 
En Afrique noire, la cour royale était le terrain propice pour des relations homosexuelles. Au Rwanda ancien, l’homosexualité était mal vue et était rare, voire inexistante à proprement parler. Cela est d’autant plus vrai qu’aucun mot ne traduit ce phénomène dans la langue rwandaise. La relative facilité d’avoir des relations hétérosexuelles (entre cousins et cousines, entre un homme et ses belles-sœurs, partenariats sexuels divers,…) peut en donner l’explication.
 


 

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Cependant, les premiers anthropologues et missionnaires occidentaux ayant observé la société rwandaise traditionnelle affirment avoir constaté des cas d’homosexualité à la cour royale ou chez de jeunes nobles lorsqu’ils se trouvaient dans les compagnies militaires à la cour. Ces relations sexuelles entre jeunes hommes étaient plutôt attribuées au manque de contacts hétérosexuels. La pédérastie était également autrefois courante à la cour royale, et près des résidences des grands chefs, ainsi que dans les agglomérations de jeunes gens de la cour.
 
En Ouganda, le roi (le kabaka) Mwanga, dès sa tendre enfance, a été impliqué dans des relations homosexuelles. Et de ce fait, il refusa d’adhérer à la religion chrétienne car le christianisme n’admettait pas ce genre de pratiques sexuelles. Il entretenait plus de trois cents jeunes nobles à sa cour. Ceux qui, parmi eux, suivaient un enseignement chrétien, n’obtempéraient plus aux avances du roi pour des relations sexuelles anales. Ils étaient assassinés. Ainsi, en 1886, une trentaine de jeunes furent brulés vifs, dont le célèbre Charles Lwanga, considéré comme leur meneur, qui reçut un traitement cruel en isolement et fut ensuite assassiné.
 
A la cour royale, chez les Mossi du Burkina-Faso, les plus beaux garçons étaient choisis et revêtus en femmes pour des rapports sexuels avec les chefs. Au Kenya, dans les tribus massaïs et chez les Meru, les hommes s’habillaient en femmes pour des relations sexuelles avec d’autres hommes. La même situation se retrouvait dans le royaume des Ashanti de Côte-d’Ivoire où les esclaves étaient objet de plaisir sexuel homosexuel.
 
Chez les Nyakyusa (appelés aussi Sokile, Ngonde ou Nkonde), un groupe ethnique bantou à cheval sur la Tanzanie et le Malawi comme les Azandé (RDC, Sud Soudan, République centrafricaine), l’homosexualité était monnaie courante notamment chez les femmes des polygames pour leurs jouissances. Avec plus d’une dizaine de femmes qu’il fallait fréquenter, le polygame, souvent âgé, était dans l’impossibilité de les satisfaire sexuellement, les rapports conjugaux n’ayant lieu d’ailleurs que rarement. Les femmes faisaient alors recours aux pénis taillés dans des tubercules de manioc, de patates douces ou de bananes noués au tour du bassin pour faciliter la pénétration vaginale. Les pratiques homosexuelles étaient également rencontrées chez des garçons entre eux, surtout des bergers, ou entre un garçon et un célibataire adulte. Mais cette homosexualité était passagère et était pratiquée pour pallier au manque de plaisir hétérosexuel. Elle consistait, la plupart du temps, en une pénétration anale ou en une éjaculation entre les cuisses du garçon.
 
Boris Rachewiltz écrit que les pratiques homosexuelles étaient répandues notamment chez les Lango (Ouganda), les Thonga (Mozambique), les Ouolof (Sénégal), les Zandé (République démocratique du Congo, au Soudan du Sud et en République centrafricaine) ainsi que chez les Foulans (Nigéria). Les femmes Mboundou (Gabon) et Nama (Namibie) recouraient à un pénis artificiel pour des masturbations mutuelles. Il en est de même des femmes Zandé qui utilisaient un pénis en bois attaché aux hanches pour jouer la pénétration vaginale de la partenaire. Cet auteur rapporte le cas spécial des Bobo (Mali et du Burkina Faso). Des femmes stériles avec une certaine richesse s’offraient de jeunes filles contre versement de dot comme dans un mariage normal. Des fois, les jeunes mariées pouvaient s’accoupler également avec des hommes au service de ces matronnes, mais sans aucun autre droit même pas sur les enfants qui pouvaient naître de ces relations.
 
En Afrique du Nord (Algérie, Maroc), une sorte de prostitution de jeunes garçons a été observée le siècle dernier. En Afrique du Sud, des jeunes garçons entre 7 et 12 ans servaient de domestiques et de femmes aux mineurs qui se livraient ainsi à la pédérastie après leur travail dans les galeries et les tranchées. C’était le cas dans les mines situées dans les régions des Xhosa et Hereros.
 
Après ce survol historique de l’homosexualité emprunté à Charles Gueboguo et à Boris Rachewiltz, voyons la terminologie de ce terme dans différentes cultures africaines.
 
L’éponji
 
En Angola le mot « éponji » désignait des relations sexuelles entre deux partenaires de même sexe.
 
Le gaglo
 
L’expression désignait, dans le royaume du Dahomey (Bénin) comme chez les Bafia du Cameroun, une forme d’homosexualité pratiquée par de jeunes adolescents. Dès que les enfants étaient pubères, l’éducation était séparée. Les garçons allaient jouer seuls loin des filles. Pour satisfaire leur désir sexuel, ils formaient des couples, le plus âgé pénétrant analement le plus jeune et cela jusqu’à l’âge adulte voire pour toute la vie.
 
Le kutsire
 
Terme hottentot de l’Afrique australe, utilisé au sein du groupe ethnique Khoi Khoi, le kutsire signifie littéralement « soupe de lait ». Il sert à désigner un jeune homme de plus de 18 ans qui reste accroché au jupon de sa mère. C’est une exhortation pour le concerné à l’autonomie et à fonder son propre foyer.
 
Enfin, entre le 16 et le 18è siècle, les explorateurs ont relevé que chez les Khoi Khoi, le kutsire pouvait désigner un homme ou un garçon qui se prêtait passivement à une pénétration anale dans une relation d’homosexualité.
 
Le kuzunda
 
Chez les Wawihé de l’Angola, le kuzunda est une sorte de masturbation mutuelle entre deux partenaires mâles au cours de laquelle les glands de leurs pénis sont frottés l’un contre l’autre.
 
Le quimbanda
 
Décrit par les premiers explorateurs dans la région de l’Angola depuis le 17è siècle, les Quimbandas sont comme des sorciers exerçant une force magique sur leur entourage. Ils étaient habillés en femmes et pratiquaient une sorte d’homosexualité en se livrant entre eux à des rapports sexuels anaux. Le quimbanda est aussi trouvable dans bon nombre de villes du Brésil où il est considéré comme une religion d’origine africaine.
 
Le sekreta
 
Au Madagascar, dans la tribu des Sekalaves, les Sekreta étaient, au 19è siècle, de jeunes garçons habillés en femmes et qui se livraient à une prostitution en couchant avec d’autres hommes pour de l’argent. Comme alternative à la pénétration anale, les Sekreta pouvaient proposer à leurs clients une corne de vache emplie de graisses et placée entre leurs cuisses et dans laquelle le partenaire enfonçait son pénis avec des mouvements de va-et-vient jusqu’à l’éjaculation. Dans les Iles Comores, ils étaient connus sous le nom de Sekatses.
 
Le shoga
 
Mot swahili d’origine arabe, il signifie, dans la région de Zanzibar, un jeune homme qui se met à la disposition d’un partenaire plus âgé dans une relation sexuelle. Le shoga se prête à un rôle passif pour une pénétration anale et est payé ou récompensé pour ses prestations.
 
Le chibados
 
Considéré comme une secte de sorciers, les chibados étaient des hommes habillés en femmes et qui se mariaient entre eux. Ils ont été décrits notamment par les premiers missionnaires qui ont foulé l’Afrique noire entre le 16 et le 18è siècle. Ils les ont localisés notamment chez les Bakongo en République Démocratique du Congo (RDC) et chez les Dongo en Angola.
 
L’okutunduka
 
Chez les Hereros de l’Afrique du Sud, le terme okutunduka est une pratique sexuelle de pénétration anale. Elle signifie littéralement « monter les garçons ».
 
L’omututa
 
Chez les Wawihé de l’Angola, l’omututa désignait la relation sexuelle anale ou la masturbation entre les partenaires de même sexe.
 
Le nsanga
 
Sorte de prostitués rencontrés chez les Zande (ou Azande), peuples de la République démocratique du Congo, du Sud Soudan et de la République Centrafricaine. Les Nsanga étaient des garçons qui s’habillaient en femmes, enduisaient leur corps d’huile pour faire le joli et ainsi attirer des hommes pour des relations homosexuelles.
 
Le ko’o
 
Ce rite était exécuté par les femmes Bassa du Cameroun et consistait en des attouchements dans une cérémonie dite de « célébration du clitoris et de la puissance féminine ». Il suggère une homosexualité féminine.
 
Le mevungu
 
Proche du ko’o, le mevungu est un rite des Beti du Cameroun, lui aussi destiné à célébrer le clitoris et la puissance féminine.
 
Il était exécuté nuitamment au cours d’une danse dans la case de la femme qui s’était proposée d’accueillir le groupe. Tout était centré sur le vagin et le clitoris de l’officiante. Celle-ci était une femme d’un certain âge, ayant atteint la ménopause, censée n’avoir plus de rapports sexuels avec les hommes et reconnue par ses paires pour les bonnes mensurations de ses organes génitaux dont la longueur exorbitante de son clitoris. Les participantes étaient également regroupées par catégories, considération faite du développement grandiose de leurs organes génitaux.
 
Au milieu des chants entonnés et des discours d’une grande obscénité, une ficelle était attachée au clitoris de la célébrante au bout duquel était attaché un fruit sauvage. Les autres femmes venaient se frotter dessus pour acquérir le pouvoir et la force de la célébrante. Elles frottaient de la cendre sur ses organes sexuels, elles parlaient à son clitoris pour lui demander d’exaucer leurs vœux, etc. Bref le mevungu était une sorte de culte au clitoris. Les femmes s’adonnaient à son attouchement, lui faisaient des massages, procédaient à son étirement allant jusqu’à le nourrir avec une bouillie pour qu’il atteigne les mensurations du pénis en exécutant des danses qui suggéraient le coït et les femmes ménopausées jouaient le rôle masculin.
 
Le mevungu était exécuté en dehors de la présence des hommes et dans le secret le plus absolu.
 
Le kulamba
 
Lors des relations sexuelles lesbiennes, les femmes de Zanzibar (Tanzanie) se lèchent mutuellement le sexe. Une sorte de cunnilingus.
 
Le kusagana
 
Dans les relations sexuelles de caractère lesbien, les femmes de Zanzibar se frottaient les parties génitales l’une contre l’autre.
 
Le nsagaji
 
Terme bantou utilisé dans les régions de Zanzibar et de Mombassa (Tanzanie) pour désigner une femme lesbienne.
 
Gaspard Musabyimana
 


 
Notes
 
[1] http://fr.wikipedia.org/wiki/Lesbianisme, consulté le 28/11/2019.

[2] – Charles Gueboguo, La question homosexuelle en Afrique. Le cas du Cameroun, Paris, L’Harmattan, 2006.

– Charles Gueboguo, Sida et homosexualité(s) en Afrique. Analyses des communications de prévention, Paris, L’Harmattan, 2009.

 

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