La république de Djibouti est une dictature selon le magazine «The Economist »

En Afrique, au lendemain des indépendances, le désir d’une démocratie universelle paraissait à portée de mains, et par contagion, pensait-on, avec les chutes successives des dictatures en Amérique latine, les africains s’attribueraient les outils nécessaires. Lorsqu’on écoute nos aînés de cette époque, l’on trouve dans leurs récits et la  manière émouvante dont ils les racontent, la certitude d’être en train de participer à quelque chose d’important, de spectaculaire mais pas forcément celle de vivre une réelle rupture. Comme si ces indépendances ont été percées comme des ballons de baudruche en plein vol.

 

Au point que la préoccupation de François Mitterrand, soucieux uniquement de se défaire de ce chromo de la françafrique, ce courroie de transmission, qui applique à la lettre la doctrine de la « souveraineté limitée » des africains, lance son couplet développement/démocratie dans son discours lors du 16ème sommet France-Afrique de la Baule en juin 1990 : « Il ne peut y avoir de démocratie sans développement et, inversement, de développement sans démocratie ». Ce à quoi lui a répondu ironiquement, pour ne pas dire cyniquement, le roi Hassan 2 du Maroc : « Laissez-nous le temps de l’apprentissage !».

 

Ainsi, au début des années 90, se mit en place un processus en plusieurs étapes de démocratisation de l’Afrique, que l’on pensait irréversible, dont la première fut appelée la théorie de « la transitologie » avec comme moyen le multipartisme graduel et dont la conception de « la consolidologie » serait le point final. C’est fut d’ailleurs le cas à Djibouti où une loi adoptée par référendum le 4 septembre 1992, en même temps que la Constitution, limitait à 4 les partis pour une période de 10 ans. Djibouti, rejoignant le multipartisme intégral en septembre 2002. Que reste-t-il aujourd’hui ? Rien, ou presque !

 

Le magazine hebdomadaire britannique « The Economist » a rendu public, en janvier 2020, un rapport des pays par indice de démocratie et a permis de distinguer 4 groupes de pays : les démocraties pleines, les démocraties imparfaites, les régimes hybrides et enfin, les régimes autoritaires.

 

Dans ce classement, la république de Djibouti se place au 146ème rang sur 166 pays et obtient un score général de 2,87 sur 10. Oui, nous sommes bel et bien sous une dictature confirme ce magazine ! Pire, à l’aube de l’élection présidentielle de 2021 où le 5ème mandat se profile à l’horizon, Djibouti reçoit la note catastrophique de 0,42 sur 10 sur le seul critère « Processus électoraux et pluralisme ». Ce dernier score prédit, à qui veut l’entendre, et comme nous en avions eu toujours l’habitude, un énième tripatouillage électoral à venir : le tripatouillage est désormais vu et su. Il l’est même su et vu de façon chiffrée et concrète grâce à ce rapport ! Ce magazine est en plein dans le mille : les Djiboutiens vivent sous une dictature. Les boulons du non-dit ont sauté.

 

En fait, si nous nous référons à une analyse psycho-anthropologique de la dictature, il n’est pas trop difficile de composer un portrait d’ensemble. En effet, trois (3) types de dictateurs se dégagent même s’il ne faut pas oublier aussi les grandes ressemblances : refus du pluralisme, élections truquées, leur propension sanguinaire, leur déraison…

 

Il y a d’abord, le dictateur éclairé théorisé au 18ème siècle par des philosophes déçus des souverains européens de cette époque. Lui est plus dans l’autorité pour servir le pays. Il invite à une organisation rigoureuse de la gestion du pays. Tout est sous contrôle. Sa principale volonté est de réformer et de moderniser les institutions. Il dirige son pays d’une main de fer dans un gant de velours. Sa philosophie du pouvoir est réformiste.

 

Ensuite, il y a le dictateur militaire, entouré de ses collègues généraux, le régime prenant l’appellation de junte militaire. Sa capacité à recourir à la violence pour convaincre est sans limite. Il convainc par la force des armes : n’ayant que très peu d’idées, il a tout le temps recours aux armes pour faire valoir ses idées. Terrifier pour régner est sa pratique. Sa philosophie du pouvoir est souvent, pour lui, idéologique et dogmatique.

 

Et enfin, le dictateur argentier, lui, est plus dans le cynisme. Il ne vit que pour l’argent. Ne respire que pour l’argent. Il est entrepreneur, promoteur et commerçant. Le dictateur argentier, tel l’oncle Picsou prenant son bain matinal de pièces d’or, voit le pays comme une manne céleste. Il gère le pays comme un « boutiquier » cherchant à faire un maximum de profit. Le pouvoir, il le garde non seulement pour amasser de l’argent mais surtout pour protéger sa fortune acquise à coup de prédations. Aucun principe moral ne l’arrête. Sa philosophie du pouvoir est quant à elle la théorie de « la recherche de rente » selon les principes économiques de « L’individu et l’État dans l’économie ».

 

N’est-ce pas E. Macron, bousculé par les manifestations, qui donne une excellente définition de ce qu’est une dictature, le 24 janvier dernier, dans l’avion qui le ramène d’Israël, en s’exprimant de sa voix nasillarde et devant des journalistes en ces termes : « Mais allez en dictature ! Une dictature, c’est un régime où une personne ou un clan décident des lois. Une dictature, c’est un régime où on ne change pas les dirigeants, jamais !»

 

Oui, nous ne changeons jamais nos dirigeants ! Mais, il faut avoir un seul souci. Un seul. Celui de déloger toute dictature. Quelle que soit sa forme.

 

Kadar Abdi Ibrahim

 

 

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