Précarité des généraux de Kagame

Je réfléchissais à la dernière décision de Kagame de limoger le général Patrick Nyamvumba lorsque je suis tombé sur un article que j’ai écrit le 9 février 2012, intitulé KAGAME: “UN GÉNÉRAL SANS GÉNÉRAUX”. Je disais:

 

Les récentes «arrestations» par le général Paul Kagame de ses généraux et colonels notoires (Ibingira, Rutatina, Munyuza, et al.) ont laissé les Rwandais et la communauté internationale spéculer sur ce que l’errant général Kagame était en train de manigancer. Vous vous souvenez peut-être que l’année dernière, nous avons essayé de donner un sens à son remaniement enténébré dans lequel Karenzi Karake, Rutatina et Munyuza, des officiers qu’il déteste, méprise et dont il se méfie, devaient diriger des organisations et des départements clés de la sécurité (Agence de la sécurité nationale, Direction des renseignements militaires, et renseignements externes).. Nous avons eu raison. Les mouvements, l’attitude, le comportement et les actions du général Kagame sont plus des actes de désespoir qu’une stratégie cohérente. Il peut se vanter de s’élever et de ne jamais tomber, mais c’est un général sans vrais généraux.

 

Les dix malheurs qui peuvent arriver aux généraux du général Paul Kagame:

 

  1. Subir des promotions et des déploiements sans substance:

 

Le plus grand signal de danger pour un général au Rwanda est quand il est nommé ministre de la Défense ou Directeur général du Service de sécurité nationale (NSS). Les lieutenants-généraux Kayumba Nyamwasa et Marcel Gatsinzi étaient dans ces postes. Actuellement, James Kabarebe occupe le poste prestigieux de ministre de la Défense, et sera bientôt à la retraite après un service militaire actif. Le général Kagame est en réalité son propre ministre de la Défense et chef du renseignement. Il ne déléguerait jamais ces fonctions à personne.

 

  1. Etre banni dans une mission diplomatique:

 

Le lieutenant-général Kayumba Nyamwasa a été banni en Inde en tant qu’ambassadeur à un moment où Kagame cherchait toutes les voies pour le marginaliser ou le tuer.

 

            3. «Agatebe» (être écarté de force):

 

Les généraux seront humiliés par des accusations scandaleuses (général Muhire, corruption; général Karenzi, immoralité sexuelle; Rwigamba, corruption, etc.). Sans le soutien de l’Etat, les officiers sont appauvris et n’ont d’autre issue qu’ implorer la magnanimité du général Kagame.

 

  1. Etre criminalisé:

 

Le général Kagame a criminalisé ses généraux. Depuis les assassinats des présidents Habyarimana, Ntaryamira, Laurent Kabila, les massacres de Kibeho et de la République démocratique du Congo, les assassinats de ses anciens camarades dans l’APR, Seth Sendashonga, Lizinde, la tentative d’assassinat de Kayumba et bien d’autres, le général Kagame a transformé de bons officiers en des criminels. Maintenant, ils sont pris au piège avec lui en tant que co-criminels.

 

  1. Etre envoyé en République démocratique du Congo – RDC – pour des errances commerciales:

 

Avec un appétit pour la richesse minières de la RDC, le général Kagame a envoyé ses généraux piller pour son compte. Lorsque leurs actions deviennent publiques, il les renie et les arrête. Le receleur en chef devient responsable de l’application des lois et de la discipline, procureur et juge.

 

  1. Subir le chantage:

 

Le général Kagame utilise des généraux pour s’entre-espionner, alors qu’ils se disputent son oreille, son attention et ses faveurs. Il garde des dossiers sur eux et, au moment opportun, les fait chanter en silence et leur oblige une loyauté aveugle.

 

  1. Implorer le pardon:

 

Comme à l’époque stalinienne, les officiers civils et militaires (FPR et RDF) de Kagame demandent aux généraux tombés en disgrâce d’implorer l’absolution des péchés qu’ils n’ont pas commis et de se soustraire des mauvaises influences. Inyumba, Tito Rutaremara, James Kabarebe, Kayonga, et al ont essayé cela sur Nyamwasa, Karegeya et bien d’autres.

 

  1. Etre envoyé dans des expéditions militaires:

 

Le général Kagame a toujours été le général qui mène depuis la base arrière. Il ne se soucie pas de qui part à la guerre, et de leur survie ou non. Il a fait en sorte que ses généraux se comportent comme des automates qui doivent s’engager dans ses guerres futiles au Congo, des guerres sans but, des guerres de pillage et des guerres très coûteuses en termes humains. Alors que les généraux de Kagame sont à 99,99% tutsi les hommes de troupe sont pour la plupart hutu.

 

  1. Etre démobilisé de l’armée:

 

Le général Kagame considère les Forces de défense rwandaises comme son armée personnelle. Souvent, après avoir battu à coup de poing ses officiers, il les chasse de «son armée».

 

  1. Etre exécuté:

 

En fin de compte, si un général ne peut pas se plier à la manière de Kagame, il doit être tué. Les cas de Nyamwasa et Karegeya illustrent ce point. Kagame utilise des réunions avec des officiers pour marteler ce point à ses généraux et autres officiers.

 

Napoléon a dit une fois qu’une armée marche avec son estomac. Il a probablement trop insisté sur la partie de l’estomac et oublié qu’une armée et ses généraux en tant que dirigeants, doivent avoir un objectif national et une conscience qui défend un peuple, et non les intérêts commerciaux et personnels d’un dictateur. Le général Kagame a détruit les généraux rwandais. Il est devenu un général sans généraux. Et les généraux sont devenus une espèce en voie de disparition. Seuls eux-mêmes et les citoyens rwandais les sauveront de l’extinction”.

C’était il y a huit ans. Les victimes changent et s’entassent, mais l’auteur principal reste le même. Le lien entre le parti, l’armée et le renseignement subit périodiquement plusieurs mutations, permutations et combinaisons mortelles, mais son essence reste la même.

 

L’armée rwandaise, conçue par des réfugiés tutsi et née en Ouganda, qui a pénétré au Rwanda par Kagitumba dans la matinée du 1er octobre 1990, est devenue de plus en plus un outil pour le régime despotique de Kagame. L’ascension et la chute finale du général Nyamvumba, comme tant d’autres avant lui, ne devraient surprendre personne connaissant le scénario chorégraphique de Kagame. Il s’inscrit dans le cadre de la vie précaire des services militaires et des renseignements dirigés et dominés par des tutsi.

 

Après sa révocation du poste plus puissant de chef des Forces de défense au poste de ministre de la Sécurité intérieure, l’humiliation publique et la réprimande lors de la torture annuelle que Kagame a ironiquement baptisée «umwiherero» (retraite), c’était une question de temps pour que le général soit confronté à une sortie déshonorante. Il rejoint maintenant les rangs gonflés de plusieurs autres généraux sur “agatebe” (au repos forcé), en prison, en exil ou sur une liste d’attente pour être traité de manière appropriée lorsque le moment opportun se présentera.

 

De plus en plus assiégés de l’intérieur et de l’extérieur, Kagame et son épouse réorganisent les Forces de défense rwandaises (RDF), les services de renseignement et le parti (FPR) pour imprimer davantage l’empreinte familiale du régime.

 

Il y a des courants sous-jacents dans ce réalignement militaire organisé par la famille Kagame:

 

1. “Désougandisation”: le général Nyamvumba est le dernier parmi les officiers de Kagame venus d’Ouganda et qui jusqu’à récemment constituaient l’épine dorsale de l’armée. Les querelles de Kagame avec l’Ouganda lui ont laissé une aversion compulsive pour tout ce qui sent l’Ouganda.

 

2. “Burundisation”: sous l’influence croissante de son épouse Jeanette Kagame, Kagame a désormais placé les services militaires et de renseignement sous le commandement de ses anciennes escortes et assistants militaires ayant grandi au Burundi. Le secrétaire général du FPR est également un Tutsi du Burundi. Les officiers tutsi nés et élevés au Burundi à l’époque des présidents Micombro, Bagaza et Buyoya partagent avec Kagame un complexe de supériorité et un profond mépris pour la communauté Hutu qu’ils considèrent comme une masse de vaincus qui doit être maintenue en marge des structures du pouvoir dans un asservissement honteux.

3. “Tutsification”: avec un relent d’usure intra-ethnique: Craignant les Tutsis mêmes qui l’ont placé et maintenu au pouvoir, il approfondit simultanément le contrôle exclusif de l’armée et du renseignement par les officiers tutsi, tout en menant une guerre d’usure contre tout Tutsi réel ou imaginaire concurrent pour le pouvoir.

 

4. “Déhutisation”: à de rares occasions, symboliques et esthétiques, les éléments Hutus sont autorisés à entrer dans les échelons supérieurs plutôt impénétrables des militaires dominés par les Tutsi. La doctrine fondamentale de l’armée rwandaise est de considérer les Hutu comme l’ennemi qui doit être maîtrisé, combattu, submergé ou décimé n’importe où, n’importe quand et par tous les moyens nécessaires.

 

5. L’internationalisation comme stratagème de relations publiques et d’affaires: Kagame a déployé des militaires pour extorquer des devises dans les missions de maintien de la paix des Nations Unies, avec peu d’avantages pour les officiers et les hommes de troupe. Les missions de maintien de la paix du Rwanda sont également un stratagème dans les relations publiques de Kagame, un outil pour faire chanter la communauté internationale dans la culpabilité et le silence, ainsi qu’un instrument pour récompenser la loyauté, tout en empochant la majeure partie des recettes à des fins criminelles et à des fins personnelles.

 

6. Divide et impera, divide ut regnes : L’armée est utilisée pour appliquer les maximes non écrites de Kagame de diviser pour régner, diviser et régner au sein de la société rwandaise et au niveau régional. L’armée elle-même est victime de son népotisme, de divisions intestines qui minent sa professionnalisation.

 

7. Stress toxique et trouble de stress post-traumatique : en près de quatre décennies, depuis le triangle de Luwero et le nord de l’Ouganda, jusqu’aux massacres du Rwanda et de la République démocratique du Congo, les officiers et les hommes des forces armées rwandaises ont autant de traumatismes qu’ils en ont infligés eux-mêmes. Kagame lui-même est une victime qui est dans le déni, qui à son tour a infligé plus de traumatismes que n’importe lequel des dirigeants du Rwanda (ou même des dirigeants africains) dans toute l’histoire du Rwanda, de la région des Grands Lacs et de l’Afrique.

 

La plupart des officiers et des hommes de troupe ont commencé leur voyage fatidique comme des enfants nés et élevés dans des camps de réfugiés, recrutés comme kadogos (enfants soldats) dans l’Armée de résistance nationale de l’Ouganda, puis dans l’Armée patriotique rwandaise du FPR.

 

Une réponse au stress toxique peut survenir lorsqu’un enfant fait face à une adversité forte, fréquente et / ou prolongée – comme la violence physique ou émotionnelle, la négligence chronique, la toxicomanie ou la maladie mentale, une exposition à la violence et / ou les charges accumulées de difficultés économiques familiales. —Sans un soutien adéquat des adultes.

 

Le trouble de stress post-traumatique (TSPT) est un trouble psychiatrique qui peut survenir chez des personnes qui ont vécu ou été témoins d’un événement traumatisant tel qu’une catastrophe naturelle, un accident grave, un acte terroriste, une guerre / combat, un viol ou une autre agression personnelle violente.

 

Il existe un traumatisme omniprésent et non traité dans les forces armées rwandaises et la société rwandaise. Kagame est un tyran absolu redouté qui ressemble plus à un monarque conquérant qu’à un homme d’État moderne prêt à rencontrer son peuple dans sa quête de guérison du stress toxique et des traumatismes. Il souffre d’un traumatisme pour lequel il ne cherchera pas d’aide. Il déchaîne un traumatisme insupportable à ce qu’il appelle «mon armée», alors qu’il administre encore plus de traumatismes à tous les citoyens rwandais et africains dans un environnement régional tout aussi traumatisé.

 

Même Philippe II de Macédoine, Jules César de Rome et Napoléon de France, à qui “divide et impera et divide ut regnes” sont attribués, ont à un certain moment gouverné des royaumes et des empires qui ont finalement pris fin.

 

Le général Kagame joue des jeux dangereux et risqués pendant que le Rwanda et la région des Grands Lacs brûlent. Il ne cessera de sacrifier ses généraux et le peuple rwandais.

 

Cependant, l’écriture est sur le mur. La fin de son règne viendra.

 

Washington D.C., le 29 avril 2020.

Dr. Theogene Rudasingwa
Président ISHAKWE-Rwanda Freedom Movement
Washington DC
USA
Contact: ngombwa@gmail.com

 

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