Djibouti. Retour sur un édito fondateur d’une idéologie radicale

« La mémoire sera toujours l’objet d’une manipulation de la part des pouvoirs mais c’est à nous qu’il appartient de la restituer aux gens qui en ont besoin », écrit le professeur M’Bokolo, admirateur de Cheikh Anta DIOP, avant de poursuivre plus loin : « Chez un historien, il y a beaucoup de ressenti, comme on dit, de surprise, d’étonnement. Il faut toujours essayer de tenir la bride à ces sentiments, expliquer, structurer les choses, même quand c’est tout à fait atroce. Comment, qui, pourquoi ? Les généralisations du genre « ‘‘Les Blancs ou les Belges nous ont fait ça’’ n’éclairent pas l’histoire. Il y a un travail de tri, de raffinement. Il y a tellement d’atrocités, qu’on en devient, non pas cynique, mais on parvient à mettre de la distance, à aborder les événements froidement ».

 

Je le dis et redis, je ne suis pas en quête d’une revanche ni d’une justice qui ne soit que pitié. Ni d’accuser ou de pardonner qui que ce soit et pour quelque motif que ce soit, ni à chercher à blâmer ou à prendre à partie pour qui que ce soit. Ni inciter à la haine et à juger quiconque, ni violer les droits d’autrui et/ou l’attaquer en ayant recours à des informations inventées de toutes pièces pour le diffamer, le dénigrer voire le diaboliser. Mais, je relate un fait avéré, l’existence de cet édito, car j’en suis en quête de la mémoire des victimes. Comment faire entendre la voix des victimes ? Tel est mon ultime combat…

 

Dans cette courte analyse, je m’intéresse à un édito rédigé par un impitoyable prédateur tribal et culturel, et paru le 20/10/1990 dans l’organe de propagande du régime tribalo-claniste – la Nation – .

 

A noter que j’ai pu me procurer l’abject édito  » Les pyromanes finissent toujours par se brûler les doigts » dont j’avais appris l’existence et qui « dormait » dans une note de masses inexploitées.

 

Cet édito avait tout changé. Il a joué un rôle capital dans l’encadrement idéologique.

Il a été traduit dans toutes les langues nationales du pays et a été publié dans le torchon la Nation.

 

Les tenants et les aboutissants voire les coupables de cette guerre idéologique criminelle et politique sont connus chez la victime… Elle ne put que murmurer ces noms : « Le président de la république », « Le responsable de la sécurité intérieure » et « Le Directeur de la Presse et de l’Audiovisuel », le porte-voix de la dictature.

 

Cet abject édito qui avait défrayé la chronique à l’époque, accusait toute une communauté entière d’un crime lâche et ignoble (l’attentat du café de Paris) sans la moindre preuve, sans le moindre prétexte.

 

L’ineffable se permet de balancer des accusations gratuites, graves et injustifiées sans absolument apporter le moindre soupçon de preuve pire sans en apporter le moindre indice ! Comble de l’ironie, il a même été lu et commenté par deux infâmes personnages serviles, qui se reconnaîtront, à la Radio et Télévision de Djibouti, commentaires plus tard plagiés par les speakers tristement célèbres de la radio « Mille collines » au Rwanda.

 

« Des ennemis, en tout cas » écrit-il. Qui sont « ces ennemis intérieurs » ? Quel scénario imaginaire ! Quelle rêverie diurne ! Quel fantasme figurant la réalisation d’un désir !

Quelle violence verbale à l’égard de cette communauté !

 

Quels péchés collectifs ont-ils commis pour être persécutés ! Quelle malédiction commune doivent-ils expier en subissant l’injure raciale du gouvernement tribal et d’une certaine opposition tribale !

 

Tous les minables trublions qui veulent exister politiquement s’en prennent dans leurs phases de « pipolisation » aux Gadabursi qu’ils accablent de tous les maux du pays.

 

Une généralisation incroyable que se permet cet abominable personnage lorsqu’il prétend qu’une communauté entière est composée des ennemis. Ceci est votre interprétation des ragots que je qualifierai d’une pure imagination mensongère. Pire, vous utilisez un qualificatif désobligeant associé au nom donné au comportement et aux mœurs de cette communauté. Pratiquant l’injure, l’anathème, le mensonge, l’amalgame, le procès d’intention et la chasse aux sorcières. Quelle hypocrisie ! Quelle lâcheté !

 

Dire ces propos dans un pays démocratique, vous êtes passible de la correctionnelle !

Cela s’appelle de l’incitation à la haine ! Je condamne vigoureusement cette indifférence méprisante à l’égard de cette communauté !

 

Faut-il les rappeler que Robert Brasillach, qui était le meilleur poète de sa génération (poète, romancier, spécialiste de Corneille et d’André Chénier), est mort le 6 février 1945, à 35 ans, fusillé, et De Gaulle refusa de le gracier (la grâce fut demandée par des intellectuels renommés, parmi lesquels Paul Valéry, Albert Camus et François Mauriac pour ne citer qu’eux) car sa plume avait banalisé le mal et fourni la haine idéologique aux propagandistes fascistes ! Il n’est jamais trop tard de faire pénitence et de demander pardon pour avoir cautionné cet abject édito des années 90 !

 

Cette paisible communauté djiboutienne a été humiliée, offensée, effacée, ostracisée et mise au ban de son propre pays.

 

Pire, elle a été vouée aux gémonies, souvent par « la plume de la dictature » qui ignorait tout d’elle ! Il a utilisé – parfois sans le vouloir – ses préjugés et en faisait des généralités ! Il a usé largement des émotions pour maximiser l’efficacité de ses messages, le raisonnement et la vérité pouvant être ignorés, voire niés. Du coup, cette dernière est qualifiée « d’ingrate », « d’une organisation terroriste ». Sa « djiboutianité » est systématiquement mise en doute par les naturalisés sur le tard, cette propagande de haine et de préjugés, de nationalisme exacerbé, largement relayée par cet édito, s’inscrivait en profondeur dans l’inconscient collectif. Cet amalgame fumeux, cette déformation inacceptable, cette confusion des genres doivent cesser !

 

Bref, un sursaut de mentalité archaïque qui vise à diaboliser l’autre (ladite communauté est bien « ingrate », chose sur laquelle l’inénarrable insiste bien). Soyons sérieux ! Revenons à la raison !

 

Le plus insoutenable n’est pas dans l’horreur des récits de ce qu’ils ont vécu. Il est dans leur incapacité à comprendre ce qui a été, le voisin devenu tortionnaire, l’ami métamorphosé en bourreau. Qu’est-ce qui fait qu’au lieu d’être gardien de son voisin, de son compatriote, il en devient le bourreau ? Là est vraiment la racine de toute violence.

 

Cet édito répandit une propagande virulente contre une communauté, dans un souffle chargé chaque fois d’un peu plus de haine, d’excitation au meurtre.

 

L’auteur de l’édito est accusé d’avoir créé une atmosphère hostile qui prépara le terrain aux tortures. Il rappela à la communauté internationale le danger de répandre des messages de haine dans les organes du régime tribalo claniste et les dommages qui s’ensuivent. Pis, il portait une responsabilité directe dans l’incitation à la violence.

 

Le tarzan héroïque, le Zorro intrépide avait donc besoin du secours des naturalisés sur le tard oops des Djiboutiens de sa communauté !

 

Il fut l’un des planificateurs voire justificateurs de cette tragédie qui a fait plus de 300 torturés en 1990. L’un de « ceux qui ne reconnaissent jamais alors que le petit peuple pâtit ».

 

Des gens sont désignés, puis torturés. Des appels à la délation, à la dénonciation de ladite communauté qui sont terribles.

 

Cet édito est par contre systématiquement incendiaire, exhortant les cousins à « casser les ingrats » Gadaboursi. A plusieurs reprises, l’infâme auteur appelle à terroriser l’« ennemi ».

 

Tous, surtout, s’en prenant aux ennemis et aux traîtres avec une virulence que rien ne saurait freiner. Les Gadaboursi sont moqués, vilipendés, jetés dans le même sac. Ils sont collectivement responsables. Chose inacceptable et condamnable !

 

Certains furent torturés, d’autres furent laissés seuls en cellule au secret pendant longtemps et ils ne recevaient que des rations de famine. Pis, ils furent suspendus par les mains et battus jusqu’à ce qu’ils acceptent de signer les aveux qu’on leur demandait. C’est sur la base de tels « aveux » arrachés par la torture aux accusés, que ladite communauté fut déclarée « organisation criminelle ».

 

Aujourd’hui encore, les noms des victimes n’apparaissent sur aucun monument, le nombre de victimes demeure l’objet de contestations, les archives concernant l’événement peu accessibles, les témoins rares. La négation de ces crimes continue d’être niée de façon offensive par les tribucrates, les « mercenaires de la plume » du régime alors que la dictature locale passe sous silence cette tragédie – que l’on qualifierait de génocide systématique et programmé – en exprimant jamais des condoléances à des victimes qui n’auraient officiellement pas de bourreaux.

 

Près de vous en pensée dans ces moments terribles et à tous ceux qui sont éprouvés dans leur chair, leur âme, leur affection.

 

Encore une fois, je voudrais rendre hommage à cet égard à deux personnes qui ont fait un travail extraordinaire et qui sont intervenus en faveur des victimes, il s’agît de M. Saad Ahmed Cheick Moussa, (paix à son âme) brillant magistrat de sa génération, qui a reconnu l’innocence des personnes arrêtées initialement dans le cadre de cette enquête et Me Aref Mohamed Aref pour avoir dit en pleine audience, je le cite: « Je ne défends pas une tribu, mais je défends des hommes ». Ces hommes dont certains les ont diffamés, dénigrés, diabolisés et déshumanisés dans les médias contrôlés par l’abominable dictature locale.

 

D’où le fameux « Vous n’aurez pas ma haine » car cela ferait trop plaisir à ceux qui cherchent à nous diviser et/ou à ceux qui tentent de nous dresser les uns contre les autres en nous persuadant que « ceux d’en face » veulent nous anéantir.

 

C’est beau, c’est grand, c’est noble.

 

Mohamed Qayaad

 

 

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