Le MoDeL n’est ni au Canada ni à Bruxelles ni en Turquie mais présent à Djibouti !

Suite à l’interview du Président de la République de Djibouti, Ismael Omar Guelleh, dans le journal Jeune Afrique, le secrétaire général du MoDeL et défenseur des droits humains, Kadar Abdi Ibrahim, lui adresse une réponse cinglante, alliant humour et subtilité.

 

 

Le MoDeL n’est ni au Canada ni à Bruxelles ni en Turquie mais présent à Djibouti !

Lorsque vous parlez, et ce n’est pas la première fois, des élections législatives de 2013, vous revenez tout le temps et à chaque fois sur le MoDeL. L’analyse psychologique de cette attitude dans chacune de vos interviews dans votre journal préféré, le choix de l’assemblage des mots et la sémantique utilisée montrent trois sentiments qu’il convient de mettre en lumière.

 

 

Tout d’abord, vous associez constamment votre échec à la participation du MoDeL. Ainsi en est-il très souvent, confirmant, par la même occasion, l’écrasante victoire de la défunte USN grâce à cette mobilisation citoyenne drainée en partie par le MoDeL. Cela atteste, dans une certaine mesure, sans fanfaronner et en toute modestie, ce que tout citoyen djiboutien nous concède : le MoDeL est bel et bien un parti capable de mobiliser à tout moment n’importe où, et considéré comme une force d’appoint pour et par toute l’opposition.

 

 

D’autre part, vous donnez le sentiment de larmoyer constamment sur votre échec de 2013. Nous comprenons votre douleur si noire et si profonde face à cette défaite ! C’est la pire que vous ayez essuyée depuis 1999. Elle vous hante à jamais. Parce que la campagne vous a mis à nu ! Les applaudissements même cirscontanciels et circonstanciés se sont tus et ont bifurqué de votre camps, vous dépossédant ainsi d’une masse de fidèles. Cela a été d’autant très facile car, pendant plus de 20ans, votre système a ennobli la corruption, mythifié le tribalisme, poétisé l’injustice et émoussé les attentes. 50ans après, les mots écrits par la politologue germano-américaine Hannah Arendt, dans son livre « Essai sur la révolution » illustrent particulièrement, aujourd’hui encore, ce basculement et cette mobilisation djiboutienne en 2013 pour un changement radical : « Plus les défauts d’un système sont criants, plus il sera facile pour un mouvement d’en appeler au peuple et de l’organiser, mais aussi de le transformer en masses ».

 

 

Et enfin, vous montrez, dans ce monologue, une sorte de déférence craintive vis-à-vis du MoDeL en prenant la posture d’une victime. Nous comprenons aussi ce sentiment car l’on ne parle souvent que de deux : celui que l’on aime ou celui que l’on craint. L’adage dit « Qui cogne le premier, cogne le mieux ». Et comme tout le monde le sait, nous avons été les premiers, en 2013, a décoché le coup de poing, parce que vous parlez dans vos interviews de  « l’effet de surprise » que cela a été pour vous. Un coup parfait d’une précision chirurgicale que vous n’avez encore pas digéré apparemment. Les arrestations arbitraires, les licenciements, les confiscations de nos passeports et les expulsions n’ont été, pour vous, que la réponse d’un système titubant, grimaçant de douleur, après avoir reçu un coup au milieu du ring. Pourtant, nous ne nous posons jamais en victimes car il y a suffisamment de bonnes âmes bien intentionnées dans le MoDeL et je n’en doute point dans notre pays du nord au sud.

 

 

Détrompez-vous ! le MoDeL, n’est ni au Canada, ni à Paris, ni à Bruxelles. Encore moins en Turquie. Détrompez-vous, le MoDeL c’est Ismail Ahmed Wabéri, son président. Le MoDeL c’est Saada Ahmed Houssein, sa 1ère vice-présidente. Le MoDeL, c’est Moussa Houssein Abdi, son 2ème vice-président. Le MoDeL, c’est Madina Moumin Assoweh. Le MoDeL c’est Nima Moussa Assoweh. Ces visages connus de tous et qui côtoient quotidiennement leurs compatriotes dans leurs heurs et malheurs. Mais pas que ! Le MoDeL est surtout comme le stipule l’article  de son statut « l’incarnation, l’émanation et la volonté de la majorité silencieuse : celle qui survit, celle qui est éprise de justice et de liberté, celle qui veut progresser et faire progresser la société, celle qui est solidaire des personnes en difficulté, celle qui affronte l’adversité avec courage et abnégation, celle qui travaille et qui se nourrit à la sueur de son front, celle qui connaît le chômage et la misère… ».

 

 

En fin de compte, le MoDeL n’est ni pour une tribu ni pour un clan encore moins pour une communauté.

Le MoDeL est bien présent dans le paysage politique du pays. Que vous le vouliez ou non ! Le MoDeL n’a pas pour habitude de s’évaporer à la première bourrasque. Bien au contraire, depuis novembre 2012, date de sa création, c’est dans la difficulté qu’il a réussi à bien s’organiser et a pu se réaliser pleinement. Nous avons compris fort longtemps, qu’il est important de payer le prix de ses rêves puisque nous ne jouons pas dans une cour de récréation des bisbilles.

Nous sommes certains que nous avons un rôle à jouer. Une place à tenir. Pour notre population. Pour notre pays. Nous continuerons notre détermination et notre refus de la peur!

 

 

Pour conclure, je ne saurai vous rappeler, en cette fin de cycle que vous vivez, ce proverbe africain qui résonne comme un clairon la différence entre votre système et le MoDeL : « On entend l’arbre qui s’abat mais on n’entend pas la forêt qui pousse ».

 

 

Kadar Abdi Ibrahim

 

 

InterviewIOG

 

 

 

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