Rwanda-Mapping Report : le régime du FPR/APR dévoile sa stratégie de défense

Le rapport produit par les experts des Nations Unies sur les crimes au Zaïre et en RDC entre 1993 et 2003 fut publié en 2010 sous l’appellation de “Mapping Report”. Comme ce rapport mettait clairement en cause l’armée du régime de Paul Kagame, ses puissants lobbies qui par ailleurs l’ont créé et l’ont placé à la tête du Rwanda et de la région, ont vite fait de le mettre au frigo dans les soutes de l’ONU à New York.  Pendant une décennie l’armée monoethnique de Paul Kagame se croyait donc à l’abri des accusations de crimes de guerre et contre l’humanité voire de génocide que l’accusait ce maudit rapport selon eux, mais qu’ils ont réussi à mettre au frigo.

 

Seulement voilà : depuis quelques temps, ce rapport est rappelé à la mémoire de la communauté internationale, et souvent par des personnalités ou des entités qui n’ont rien à voir avec la rivalité hutu-tutsi du Rwanda, mais qui considèrent que l’impunité ne doit pas continuer pas à constituer le droit et la coutume dans la région des grands Lacs.

 

Sentant que ce Mapping Report pourrait un jour être ressorti des tiroirs de l’ONU où il fut consigné et qu’un Tribunal International sur les crimes commis en RDC durant la période d’invasion et d’occupation par  les soldats de Paul Kagame, les stratèges du FPR commencent à élaborer des stratégies de défense au cas où l’impunité dont bénéficie le régime du FPR ne serait plus garantie. Et cette éventualité est prise au sérieux par les plus clairvoyants d’entre eux.

 

C’est ainsi que l’un des médias du régime FPR qui publie des avis autorisés  à savoir “thenewtimes.com” en version anglaise soit “igihe.com” en version Kinyarwanda, vient de dévoiler quelle serait la ligne de défense du régime et de l’armée tutsi du FPR si jamais les crimes révélés dans Mapping Report venaient à être déférés devant la Justice internationale. Pour ne pas altérer leur propos, nous les reproduisons in extenso car ils sont d’une extrême gravité :

Double genocide conspiracy in the DRC: Why has Dr. Denis Mukwege gone quiet?

“I would also like to point out that the Mapping Report’ brandished by Dr. Denis Mukwege, overlook one important fact: that when the Rwandan army invaded Congo, it was no longer the Rwandan Patriotic Army (RPA) with majority of Tutsi, but a reformed, inclusive national army.

Already by January 1995, 1,011 troops, including 81 officers from the defeated ex-FAR were officially integrated into the new national army with their former ranks and occupied commanding positions such as deputy chief of staff of the army, commandants of different brigades and battalions.

Most of these new recruits formed the main contingent in the DRC expedition of 1997 in order to have a sensitising role in addition to that of repatriation of their own relatives. They were sent to DRC to free their relatives who had been taken hostage by genocide perpetrators on the run and indeed to save them from a ravaging cholera pandemic. These are the people whom the mapping report accused of killing their own family members”.

Cette ligne de défense du régime du FPR dans ce dossier de Mapping Report est d’un cynisme diabolique doublé d’un grand mépris des victimes congolaises  et hutu rwandais.

 

En clair et en résumé le régime FPR/APR dit ceci :

– Les soldats tutsi de l’APR de Paul Kagame qui ont envahi le Zaïre en 1996 ne pourraient pas être accusés d’y avoir commis des crimes de guerre.

– Si jamais il s’avérait qu’ils en auraient commis, ceci serait le fait de militaires hutu de l’ancienne armée (FAR) que le FPR avait envoyés pour rapatrier leurs ‘‘congénères’’ hutu.

– Dans ce cas, il ne serait pas question de parler de “génocide des hutu” car les hutu intégrés dans l’APR et envoyés au Zaïre ne sauraient massacrer d’autres hutu.

 

Sans revenir et sans nous attarder sur la rhétorique et sur la communication du régime FPR, nous voudrions seulement souligner l’embarras et le fardeau qu’il compte faire endosser aux pauvres hutu de service que sont les officiers-trophées des FAR qui se sont rendus à l’ennemi en 1994. Ils ont tous été longuement médiatisés et sont montés en grade et ont occupé “virtuellement” des hautes fonctions mais tous ont reconnus ou témoignent qu’ils ne savaient rien des opérations de l’APR que ce soit au Rwanda et encore moins au Zaïre. Mais voilà que maintenant, ce sont eux qui devront répondre des crimes que l’armée de Paul Kagame a commis au Zaïre et en RDC tel que relevé par le Mapping Report qui risque d’être sorti des tiroirs de l’ONU.

 

Qui sont ces boucs émissaires inconscients hutu sur lesquels le FPR compte mettre sur le dos les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité voire de génocide commis en RDC depuis 1996 ?

 

Une première catégorie est constituée d’officiers qui ont rejoint le FPR dès sa victoire. Ils étaient en fait sur les starting-blocks car de mèche avec l’ennemi pendant la guerre :

 

  1. Marcel Gatsinzi

Cet officier méthodique, calculateur et discret, avait été G3 à l’EM des FAR (chargé des opérations) pendant plus de 10 ans sans discontinuer. Ce n’est qu’après la formation du gouvernement de coalition en 1992 que certains ont compris qu’il y avait anguille sous roche. En effet, au Conseil des ministres quand il s’est agi de nommer des officiers aux grades supérieurs ou à certaines fonctions, le parti PL, qui avait trois ministres dans ce gouvernement, défendait mordicus le nom de Marcel Gatsinzi. La suite, on la connaît. C’est lui qui fut Chef d’Etat Major ai après le 06 avril et en juillet 1994, il sera parmi les premiers à rejoindre le FPR. Son grade de Général de Brigade lui sera  non seulement reconnu, mais il sera sans tarder avancé au grade de Général Major puis de Général Full. Comme fonctions, il sera Chef d’EM Adjoint de l’Armée, et Ministre de la Défense entre autres. Mais en âme et conscience, il ne peut pas affirmer qu’il connaissait ce que faisait l’armée de Paul Kagame en RDC. Maintenant que le régime du FPR veut lui en rendre responsable des crimes que les soldats de Kagame y ont commis selon Mapping Report, espérons qu’il osera dire quels ordres il donnait et quels rapports il recevait.

 

  1. Habyarimana Emmanuel alias Mukaru

Cet officier a vite fait de rejoindre le FPR après sa victoire d’autant plus qu’il avait été incarcéré en octobre 1990 pour “intelligence avec le même ennemi” mais par la suite réhabilite et réintégré dans l’armée. Il gravira vite les échelons dans l’APR passant de Major à Colonel avant d’être Général de Brigade. Durant la période documentée dans le Mapping Report, il occupait des fonctions le rendant responsable de ce qui se passait sur les fronts où étaient envoyés les militaires. En effet, il fut Secrétaire Général du Ministère de la Défense donc numéro 2 à Kagame avant de devenir, en 2000, Ministre de la défense en titre. Aujourd’hui en exil et se déclarant opposant au régime du FPR de Paul Kagame, il déclare qu’il n’était pas associé ni informé sur ce qui se passait en RDC. Maintenant que ses anciens patrons l’accusent d’avoir été en RDC pour rapatrier ses ‘‘congénères’’ hutu tenus en otage par d’autres hutu, espérons qu’il trouvera des moyens de défense face à ces lourdes accusations relevées dans Mapping Report et que le FPR compte mettre sur le dos des officiers hutu des ex-FAR qui se sont rendus à lui et au premier rang Emmanuel Habyarimana dit “Mukaru”.

 

  1. Ndengeyinka Balthazar

Voilà un autre officier des FAR qui a volé au secours de la victoire du FPR en 1994 mais qui, aujourd’hui, est dans l’œil du cyclone du Mapping Report selon sa lecture par le FPR. En effet, lors de l’invasion du Zaïre en 1996, le “Colonel” Ndengeyinka commandait les unités de l’OUEST du Rwanda frontalier de la RDC. C’est donc dire que ce sont ses unités qui étaient en première ligne ou qui ont frayé la route à ceux qui devaient envahir le Zaïre. Actuellement en exil, il clame qu’il ne savait rien sur les opérations militaires en RDC mais maintenant que le même FPR affirme clairement que ce sont les militaires hutu, sous le commandement des officiers hutu qui furent envoyés en RDC pour rapatrier leurs ‘‘congénères’’ hutu tenus en otage, il devra trouver une autre parade pour échapper à cette accusation de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité tel que les recense le Mapping Report.

 

  1. Murasira Albert

L’actuel Ministre de la Défense du FPR est aussi un officier ex-FAR. Mais il ne  saurait être pris en compte dans cette analyse car étant un tutsi Mugogwe et donc non concerné par la défense du FPR contre le Mapping Report consistant à dire que ce sont des officiers hutu qui furent envoyés en RDC et donc qui auraient commis ces crimes de guerre ou de crimes contre l’humanité avérés.

 

Une deuxième catégorie comprend les officiers qui se sont rendus au FPR après une décennie d’errance dans les jungles de la RDC, fatigués moralement et physiquement. Les plus connus sont : Rwarakabije Paul, Ngendahimana Jérôme, Murenzi Evariste, tous bombardés “généraux”.

 

Mais on voit mal comment ils pourront justifier le fait d’avoir passé dix ans en jouant au cache-cache avec l’armée du FPR qui, comme veut le faire croire le régime, était composée et commandée par les hutu qui voulaient rapatrier les leurs ‘‘congères’’ et non les tuer comme hélas ! ils l’ont constaté, même s’ils n’oseraient pas le dire.

 

En conclusion, nous pouvons dire que le régime du FPR de Paul Kagame constate que certains dossiers mis sous le boisseau peuvent ressurgir d’un moment à l’autre. Pour s’en sortir, le régime compte utiliser les hutu de service comme il l’a toujours fait et réussi que ce soit en 1990 pour justifier l’invasion, ou lors des négociations d’Arusha qui ont accouché d’un Accord léonin en sa faveur. Et voilà que maintenant il trouve encore une astuce pour imputer les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité voire de génocide commis en RDC et recensés par le Mapping Report, aux pauvres hutu et donc qui se seraient ”génocides”!

 

Koko “ Uwigize agatebo ayora ivu”!

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

 

 

 

 

 

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