L’assassinat de l’ambassadeur d’Italie en RDC : un objectif doublement « payant » pour le régime dictatorial rwandais de Paul Kagame

Circonstances

 

En fin de matinée du lundi 22 février 201, la nouvelle de la mort de l’Ambassadeur d’Italie en RDC, Monsieur Luca Attanasio de son garde du corps italien et de son chauffeur congolais, s’est très vite répandue dans la presse. Les premières dépêches disaient que ce diplomate venait de tomber dans une embuscade tendue sur la route Goma-Rutshuru  à une quinzaine de kilomètres du chef-lieu de la Province du Nord Kivu, Goma. Le diplomate, qui y séjournait depuis samedi 20 février 2021, devait le lundi se rendre à Rutshuru, une ville située à 60 km au Nord de Goma pour une mission humanitaire dans le cadre du PAM (Programme Alimentaire Mondial) qui appuie les populations de cette zone ravagée par la  guerre depuis 1996.

 

C’est ainsi que le convoi dans lequel il se trouvait était aux couleurs des Nations Unies dont le PAM est l’une ses agences internationalement reconnues et reconnaissables par ses emblèmes.

 

Ainsi donc aussi incroyable que cela puisse paraître, le convoi du diplomate italien est tombé dans une embuscade tendue à un endroit situé à cent mètres de la position d’un bataillon de l’armée congolaise FARDC (Trois antennes), à deux kilomètres des positions de deux bataillons de l’armée rwandaise déployés sur la frontière (douane de Kabuhanga-Kibumba), et à un kilomètre d’un poste des gardiens congolais du parc des Virunga estimé à un peloton. Curieusement ce sont ces éléments du peloton des gardiens du parc qui sont intervenus pour faire fuir les assaillants, récupérer les blessés et les morts du convoi.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Echos et réactions

 

Dès que la nouvelle de l’assassinat de ce diplomate italien fut annoncée, dans une cacophonie indescriptible, les autorités de la RDC à tous les niveaux vont rivaliser de zèle dans le but de marquer des points dans la course pour gagner les faveurs du dictateur du Rwanda Paul Kagame (en fait de ses lobbies à travers le monde) en faisant des déclarations qu’elles jugeaient qu’elles pouvaient faire plaisir à Kagame. Chaque autorité congolaise interrogée à chaud sur cet assassinat s’empressait d’affirmer que c’était le fait des rebelles hutu rwandais des FDLR. Les plus clairvoyants disaient qu’elles n’avaient pas d’éléments pouvant indiquer quels étaient les auteurs de ce crime, mais se réservaient une porte de sortie honorable face à Kagame, en ajoutant qu’elles pensaient qu’il s’agissait des hutu rwandais des FDLR.

 

Au niveau local, la palme revient au Gouverneur de la Province du Nord Kivu où l’attentat a eu lieu, Monsieur Carly Nzanzu Kasivita qui, avant même le retour des éléments de ses services qui s’étaient rendus au lieu du crime, déclara qu’il n’avait pas de toute qu’il s’agissait des hutu rwandais des FDLR ou hutu congolais des Nyatura. Ainsi ce congolais d’ethnie Nande traditionnellement rivale des autres congolais d’ethnie hutu de Rutshuru faisait d’une pierre deux coups : il professait ce qui doit plaire au dictateur de Kigali Paul Kagame et en même temps trouvait l’occasion d’accabler l’ethnie qui est en rivalité avec  les Nande, son ethnie, pour les questions des terres dans la province du Nord Kivu dont il est Gouverneur. Au même moment, son ministre provincial chargé de la sécurité et donc concerné au premier chef par cette affaire, le hutu Jean Bosco Sebishyimbo déclarait sur les radios internationales qu’à ce stade ses services n’avaient pas encore identifié les coupables de cet assassinat. Le gouverneur nande Nzanzu Kasivita a poussé le ridicule plus loin en affirmant avoir la preuve que les assaillants étaient bien les hutu des FDLR car, disait-il, ils parlaient Kinyarwanda. Évoquer la langue comme élément constitutif du crime ne suffit pas dans une région où depuis la ville de Goma, les 2/3 de la population parlent et/ou entendent le kinyarwanda sans toutefois être nécessairement Rwandais.

 

La cacophonie ne s’est pas arrêtée là.  Au niveau central à Kinshasa, la cacophonie semble avoir été érigée en méthode de communication. Le ministère de l’Intérieur, à travers son directeur de cabinet, déclara, sans hésiter, que l’attentat était le fait des hutu rwandais des FDLR, alors qu’au même moment la Présidence disait avoir instruit les services concernés d’ouvrir des enquêtes.

 

Avec cette cacophone, Kinshasa sauve les meubles à peu de frais : son Maître, le dictateur Paul Kagame, ne pourra pas dire qu’il n’a pas cité les hutu du FDLR comme c’est de consigne, mais en même temps berner son opinion interne et quelques étrangers, que dans ce pays les procédures appropriées sont suivies quand une affaire éclate, alors que c’est la loi de la jungle (celle du plus fort et le plus riche créé et installé par le dictateur rwandais Paul Kagame) qui y est appliquée.

 

A  Kigali-même, le cynisme et la volonté de surfer sur l’émotion par la dictature de Paul Kagame est à son comble. D’emblée, le Rwanda a désigné le coupable idéal qu’est la rébellion hutu des FDLR. Tous les médias du régime rivalisent de formules et de précisions abracadabrantesques pour faire admettre que ce sont leurs ennemis héréditaires que sont les hutu des FDLR qui auraient assassiné le diplomate italien près de Goma en RDC. Le régime dictatorial de Paul Kagame est d’autant plus serein dans ses affirmations qu’il dispose de pauvres réfugiés hutu ramassés en RDC et qui, après leur passage au centre de lavage de cerveau de Mutobo (à Busogo, commune Mukingo-Ruhengeri, Région du Nord) sont conditionnés d’aller s’auto-accuser, en échange de leur laisser la vie sauve, d’avoir fait le coup, alors qu’ils n’auront même pas entendu cette information le jour où l’embuscade fut tendue à Kibumba le 22 février 2021, lieu où ils n’ont jamais mis les pieds.

 

En Occident, c’est tout naturellement que l’Italie exige une enquête. L’Italie a demandé mercredi à l’ONU l’ouverture d’une enquête et des « réponses claires » après ce drame. « Nous avons formellement demandé au PAM et à l’ONU l’ouverture d’une enquête pour faire la lumière sur ce qu’il s’est passé, les raisons justifiant le dispositif de sécurité mis en place et à qui incombe la responsabilité de ces décisions », a déclaré Luigi Di Maio, ministre des Affaires étrangères devant les députés italiens.

Si jamais ces enquêtes pointaient du doigt le vrai commanditaire, le dictateur de Kigali, enfant chéri et gâté de l’Occident, seront-elles rendues publiques et suivies d’effets ou subiraient-elles le sort du Mapping Report de 2010 ? “That is the question !”

 

Toujours en Occident, l’assassinat du diplomate italien semble émouvoir même les plus coriaces car habitués à assister aux crimes de l’enfant gâté de l’Occident, le dictateur Paul Kagame sans état d’âme. C’est ainsi que son inconditionnelle admiratrice la belge Colette Braeckman en parle en versant des larmes de crocodile, ce à quoi elle ne nous avait pas habitué quand il s’agissait des victimes de l’occupation de l’Est de la RDC par l’armée tutsi de Paul Kagame.

 

Mais elle verse ces larmes de crocodile après avoir semé le doute pour noyer le poisson, tout en désignant le bouc émissaire idéal que sont pour elle les hutu des FDLR ou congolais de Nyatura.

 

Comment cette affaire va-t-elle être exploitée ?

 

D’ores et déjà, le dictateur du Rwanda Paul Kagame compte en profiter pour proposer ses services et envoyer ses troupes “ ouvertement“ et comble d’ironie, contre payement, à l’Est de la RDC pour dit-il “traquer ces assassins” de l’ambassadeur italien que seul lui et Tshisekedi ont identifiés. Du coup, son obligé, le mal élu Felix Tshisekedi, serait soulagé car les troupes de Kagame qui occupent le Kivu mais hors de tout cadre légal, commencent à agacer même les plus pro-tutsi des Congolais surtout que cette occupation est devenue un secret de polichinelle (Rapport des experts de l’ONU).

 

Comme toujours en pareille situation, la Belgique officielle consentante est associée à cette cynique supercherie et sous prétexte d’éradiquer les groupes armées sévissant à l’Est de la RDC dont les hutu des FDLR, elle fera le lobbying pour que les troupes de Kagame (qui y sont déjà) y soient envoyées sous mandat international.

 

Les suites que va réserver  la Communauté Internationale a cette initiative sont facilement prévisibles. L’Union Européenne, sous la houlette du “clan Michel” et du lobby appelé “ Amis du Rwanda”, va appuyer cette demande et l’on sait que sa voix est prépondérante en ce qui concerne la marche des affaires en Afrique Centrale.

 

Comme par hasard, l’Union Africaine est présidée cette année par le même Félix Tshisekedi de la RDC qui doit tout à Kagame et donc qui doit lui renvoyer l’ascenseur pour légaliser et officialiser l’occupation de l’Est de la RDC par les armées du même dictateur Paul Kagame.

 

Dernière étape, au siège de l’ONU à New York, sur demande et insistance de l’UE, l’UA, la RDC, la Belgique et, comble d’ironie, l’Italie, le Conseil de Sécurité n’hésitera pas à  adopter une résolution autorisant Paul Kagame à envoyer ses troupes en RDC (mais en réalité qui y sont déjà), sous prétexte d’y éradiquer les groupes armées dont leurs ennemis héréditaires que sont les hutu des FDLR.

 

Conclusion

 

Voilà comment le sang d’un innocent diplomate de l’Occident devait être versé pour faire aboutir un plan cynique et diabolique d’un dictateur sanguinaire et autocrate du Rwanda créé et soutenu par ces mêmes puissances occidentales pendant trois décennies. Comment faire échouer ce plan macabre ? Le dénoncer en l’étalant à l’opinion publique comme nous le faisons, est l’une des armes la plus accessible aux faibles en armes mais pas en esprit comme ceux de l’Evangile selon Saint Matthieu, chapitre 5 verset 3 à 20 : “les Béatitudes”.

 

Emmanuel Neretse

 

 

 

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