Droit de réponse : Quand le Figaro contribue à la ‘damnatio memoria’ des Gadaboursi

Objet : Droit de réponse à votre article « La Somalie est-elle au bord de la guerre civile ? » parue de votre édition en ligne du lundi 22/02/2021.

 

Droit de réponse : Quand le Figaro contribue à la ‘damnatio memoria’ des Gadaboursi.

 

C’est avec stupéfaction et indignation que nous autres intellectuels et spécialistes de la Corne de l’Afrique, ont pris connaissance, dans votre édition en ligne du lundi 22 février 2021, d’un article qui traite de savoir si « La Somalie est-elle au bord de la guerre civile ? » et qui colporte des fausses informations dont notamment une carte erronée et particulièrement offensante à l’endroit des Gadaboursi.

 

La Somalie n’en déplaise à certains prophètes de malheur et prêcheurs de l’insécurité et de la peur qui veulent la maintenir sous le joug colonial, alors qu’elle est à l’autre rive, et cette fameuse guerre civile si chèrement annoncée est bel et bien loin donc de ce qui est affirmé.

 

Il aurait été intéressant que le journal le Figaro se dote des spécialistes de la Corne afin d’éviter des erreurs aussi flagrantes que dommageables à sa réputation pour ne pas dire à sa crédibilité.

 

Les archives nationales ne sont-elles pas disponibles pour fournir des détails et de replonger le Figaro dans l’histoire de la Corne et de ses premiers traités ? Mais bon, avançons !

 

À cet égard, nous souhaitons exercer notre droit de réponse conformément aux dispositions de l’article 6 de la loi N° 2004 – 575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique (LCEN).

 

En effet, il y a lieu de s’interroger pourquoi la première carte utilisée dans cet article, supposée illustrer les différents clans en Somalie, a sciemment omis de mentionner les Gadaboursi, la seule tribu somali à avoir signé un Traité avec la France le 25 Mars 1885 à Zeila alors que d’autres sous clans sont si manifestement cités ? N’est-ce pas là un parti pris du Figaro ?

 

La question à se poser serait plutôt de savoir pourquoi le journaliste Mr Tanguy Berthemet n’a pas respecté l’un des principes éthiques fondamentaux du journalisme qui est de fournir des informations exactes et dignes de crédit dans le respect de la déontologie journalistique. Ne fait-il pas preuve de mauvais goût, d’un manque d’éthique journalistique et d’une ignorance crasse ? Car il est connu de tous les chercheurs et les spécialistes de la Corne de l’Afrique, que les Gadaboursi sont ceux qui ont le plus versé leur sang pour la libération de la France et qui ont fourni la quasi-totalité des troupes du Bataillon Somali de la Côte Française des Somalis de l’époque durant les deux guerres mondiales (cf Historique du bataillon de tirailleurs somalis pendant la guerre rédigé par le Colonel Bouet).

 

Source : Le Figaro

Plus grave, la carte utilisée attribue le pays des Gadaboursi aux Toumal. Quand on sait que les Toumal sont considérés comme une caste volontairement marginalisée, socialement blâmée et ostracisée, et politiquement bannie dans la société somali, il y a lieu de s’interroger si Mr Tanguy Berthemet, auteur de l’article, a délibérément voulu traité les Gadaboursi de caste ? Ou a-t-il été payé ou utilisé pour les désigner de caste ? Car il n’est pas innocent d’écrire une telle bévue énormissime, qui est à la limite de l’insulte et qui porte atteinte à l’existence des Gadaboursi en colportant autant de contre-vérités que de faussetés. D’autant plus que l’article est signé, dans le Figaro, par un journaliste qui se veut un spécialiste des questions internationales et africaines !

 

Par cette légèreté déontologique, le Figaro contribue à sa manière à la « damnatio memoria » des Gadaboursi, qui sont, par ailleurs et pour votre information, les cibles de la répression du régime de Djibouti et l’autoproclamé Somaliland, qui veulent se débarrasser de cette tribu parce qu’elle a justement une plus belle histoire.

 

Aussi, nous les Gadaboursi, vous demandons solennellement de rectifier la carte, de publier intégralement notre droit de réponse dans les trois à huit jours qui suivent la réception de ce courrier. À défaut, nous nous réservons le droit d’intenter une action en Justice pour diffamation et demander des dommages et intérêts en réparation des insultes proférées aux Gadaboursi.

 

En comptant sur votre diligence, je vous prie de croire, Monsieur le Directeur de la Rédaction, à nos salutations distinguées.

 

Pour l’association France Corne de l’Afrique,
Mohamed Qayaad

 

 

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